Dessin de Sondron, Belgique. Australie Prédire le comportement du feu Combiner science occidentale et expertises aborigènes… C’est le cœur de la méthode australienne de prévention et de lutte contre les feux de brousse, toujours plus puissants, qui embrasent l’île-continent, résume un article du bureau de la BBC à Sydney.

Une méthode qui a été forgée après les feux du Black Summer (l’“Été noir”) de 2019-2020, lesquels ont ravagé une superficie équivalente à celle du Royaume-Uni. C’est ainsi qu’un centre de recherche sur les feux de brousse a été créé à Canberra. “Son équipe étudie comment des technologies telles que les satellites, les drones et l’intelligence artificielle peuvent être utilisées pour mieux détecter les incendies”, explique le site de la BBC. Les images satellitaires, par exemple, permettent de détecter la teneur en humidité des sols ou d’indiquer les zones susceptibles de contenir d’importantes quantités de combustible, comme les feuilles mortes, les arbustes ou les fragments d’écorce.

À lire aussi : Le chiffre du jour. “Alerte rouge” : en Australie, des températures records et un risque d’incendie catastrophique Ajouter aux favoris Mais ces données, aussi précises soient-elles, “sont inutiles tant qu’elles ne se traduisent pas sur le terrain”. Et c’est là que le savoir et l’expérience accumulés sur la terre australienne depuis des milliers d’années permettent d’agir avec précision. “En utilisant les connaissances écologiques aborigènes – la couleur et le parfum d’une plante ou l’ombre portée par les arbres, par exemple” –, on peut prédire le comportement d’un feu avant même qu’il soit attisé. Autre apport fondamental des savoirs aborigènes : combattre le feu par le feu.

C’est le sens du “brûlage culturel, une pratique ancestrale visant à gérer l’environnement tout en maintenant un lien spirituel profond avec la terre”, détaille la BBC. Il s’agit d’allumer des “feux contrôlés”, soit de petits incendies maîtrisés qui créent un paysage fragmenté afin que le combustible ne s’accumule pas dans une seule zone. “Les feux de brousse ont toujours fait partie du paysage australien, confirme The Guardian Australia. Les aborigènes ont utilisé le feu pendant des milliers d’années pour gérer leur environnement.” Et aujourd’hui, la menace des feux de forêt fait désormais partie du quotidien de tous les Australiens : un peu partout, des panneaux routiers permanents indiquent le risque d’incendie du jour.

En amont de la saison des feux, des campagnes sont aussi menées pour nettoyer les gouttières, élaguer les arbres, dégager les espaces autour des maisons de tout matériau inflammable et vérifier qu’il existe une source d’approvisionnement en eau fiable au cas où la maison devrait être défendue. À force d’expériences, les autorités ont pu mettre au point un système d’alerte à quatre niveaux, précise un article de l’édition australienne de Conversation. Chaque niveau, de “modéré” à “catastrophique”, est associé à des messages clairs et à des recommandations sur les mesures à prendre avant et pendant les journées à risque.

Pour autant, “le défi le plus difficile – inciter les gens à suivre ces conseils – reste un travail de longue haleine”. États-Unis Une “zone zéro” autour des maisons “Les incendies ont détruit près de 60 000 maisons et autres bâtiments à travers la Californie au cours de la dernière décennie”, rappelle le San Francisco Chronicle. “Et depuis près de six ans”, le Golden State “s’employait à édicter des règles pour mieux protéger les maisons” en créant un périmètre “tampon” de 1,50 mètre baptisé “zone zéro”. Finalement, “après des années de vifs débats”, reprend le Los Angeles Times, ces règles ont été publiées en avril dernier.

Il s’agit d’un compromis, autorisant généralement les arbres et la pelouse (bien taillés) sauf dans une “zone de sécurité” à moins de 30 centimètres de la maison. Indonésie Haro sur l’agro-industrie “L’Indonésie pourrait se diriger vers sa pire saison d’incendies de forêt depuis plusieurs années”, alerte le Jakarta Post. Depuis janvier, déjà 107 000 hectares de terres et de forêts sont partis en fumée, soit une superficie près de deux fois plus grande que Jakarta.

Un bilan qui devrait s’alourdir avec l’arrivée d’un épisode El Niño “Godzilla”, particulièrement intense, annonciateur d’une longue période de sécheresse. Mais cette année, les incendies suivent un schéma différent, observe l’édition indonésienne de The Conversation. S’ils continuent de frapper les foyers historiques de Sumatra ou Kalimantan, ils gagnent aussi des régions jusque-là relativement épargnées, comme la Papouasie du Sud.

Pour le média, cette évolution serait directement liée au développement de concessions agro-industrielles dans le cadre d’un vaste Projet stratégique national (PSN) porté par le gouvernement. Si le changement climatique accroît le risque et l’intensité des feux, “la cause profonde est la transformation des paysages résultant de la déforestation, du défrichage [et] des changements d’affectation des sols”, explique The Conversation, rendant les territoires de plus en plus vulnérables aux incendies. À lire aussi : Une du jour.

L’Indonésie se transforme-t-elle en “république bananière” ? Ajouter aux favoris Une analyse qui rejoint les conclusions d’une récente étude du Forum indonésien pour l’environnement (Walhi), citée par le Jakarta Post, selon laquelle au moins 74 % des points chauds détectés à travers Kalimantan se situent à l’intérieur de concessions industrielles. Pour The Conversation, “Les incendies de forêts et de terres ne sont pas seulement un problème technique consistant à éteindre les flammes, mais relèvent avant tout de la politique et de la gouvernance.” Espagne Miser sur l’innovation “Depuis le début de l’année, l’Espagne a connu 29 incendies majeurs qui ont ravagé environ 114 796 hectares de forêt.

Parmi ces incendies, 17 se sont déclarés durant les vingt-quatre premiers jours de juillet”, notait la version espagnole de Wired le 24 juillet. De fait, l’Espagne se situe parmi les pays européens les plus confrontés aux incendies récurrents, ce qui l’incite à développer de nouvelles solutions technologiques pour aider à prévenir ou à combattre les incendies. Par exemple, un liquide biodégradable utilisé pour combattre le feu à la place de l’eau, et dont l’efficacité et le temps d’action sont bien plus importants.

Il peut aussi être appliqué sur la végétation pour prévenir la propagation des flammes. À lire aussi : Espagne. Le “cauchemar” continue dans la région de Madrid, en proie aux incendies Ajouter aux favoris Wired décrit aussi un système de détection précoce des feux de forêt, développé avec le soutien de l’université de Cordoue et des entreprises Automatismos ITEA et Somnum Technologies, qui combine intelligence artificielle (IA), capteurs et drones autonomes pour identifier et vérifier en quelques secondes les départs de feu de moins d’un hectare.

L’objectif : réduire les délais d’intervention et faciliter une réponse rapide. Et enfin, un modèle IA d’évaluation des feux de forêt a été développé par des chercheurs espagnols grâce à un financement du ministère de la Science et de l’Innovation : à partir d’images satellite et des variables atmosphériques, il estime la distance de propagation potentielle d’un incendie, le temps nécessaire pour le maîtriser et les ressources terrestres, humaines et aériennes requises pour intervenir en cas d’urgence dans les zones à haut risque. Grèce Il faut plus d’hommes de terrain La Grèce compte elle aussi ses plaies brûlantes.

Depuis la fin juillet, de multiples incendies embrasent le pays, de la Crète au Peloponnèse, de Kefalonia à Lesbos, en passant par l’Attique et la Béotie. Et la colère gronde. “Un État qui respecte son peuple, prend soin de lui et de ses biens, et surtout des richesses naturelles du pays, veille à se préparer. En temps voulu.

Efficacement. Et surtout, de manière dissuasive. Le gouvernement Mitsotakis peut-il prétendre à cela ?

Absolument pas ! ” écrit le quotidien de centre droit Ta Nea. À lire aussi : Incendies. Dans une Grèce qui brûle, le gouvernement accusé d’être “plus dangereux que le feu” Ajouter aux favoris Malgré la création d’un ministère de la Crise climatique et de la Protection civile en 2021 et des investissements pour plus de 2,5 milliards d’euros dans un arsenal technologique, l’efficacité n’est pas au rendez-vous.

Depuis 2021, 500 000 hectares de forêt ont brûlé dans le pays, selon le système européen d’information sur les feux de forêt (Effis). Ce qui manque, ce sont les hommes… “Le service des pompiers est déconsidéré comme toujours”, tance le journal de gauche Efsyn, regrettant le manque d’embauches et une utilisation abusive de pompiers saisonniers. Cinq soldats du feu sont décédés cet été.

La Grèce compte aujourd’hui 18 800 pompiers en activité, un record… qui reste insuffisant. Union européenne Des moyens spécifiques au service de tous Soutiens aériens, terrestres et même satellitaires : lorsque l’un de ses membres est confronté à une urgence climatique, l’Union européenne (UE) sait se montrer utile, saluait la presse espagnole à la fin de juillet, alors que l’aide européenne affluait en France. Les Vingt-Sept ne sont pas tous voisins, ils ne parlent pas tous la même langue, mais tous s’accordent sur “une vérité fondamentale”, indiquait alors le site conservateur madrilène El Independiente : “Une catastrophe survenue sur un territoire européen est une catastrophe européenne.” Le fléau des incendies touche désormais presque tous les États du Vieux Continent.

Raison pour laquelle, “l’UE a consacré ces deux dernières années à mettre en place ce qu’elle qualifie de stratégie plus rigoureuse et plus intégrée de lutte contre les feux de forêt”, note Euronews. Avec quels résultats ? Tout d’abord, explique ce média paneuropéen, “l’UE agit à travers le Centre de coordination de réaction d’urgence, l’ERCC, installé à Bruxelles, qui met en relation les pays disposant d’avions, d’équipages et de matériel pour combattre les feux de forêt avec les pays qui en ont besoin, et contribue au financement du transport”.

Un travail de coordination actif 24 heures sur 24, complété par une réserve stratégique en avions et hélicoptères de lutte contre les incendies gérée à l’échelle de l’UE et destinée à intervenir lorsque les ressources nationales et celles mises en commun s’avèrent insuffisantes. À lire aussi : Vu de l’étranger. Feux de forêt en France : “Où sont les moyens aériens promis ?” Ajouter aux favoris “Viennent ensuite Copernicus, le service de cartographie par satellite qui produit en temps réel des cartes des zones brûlées, et l’EFFIS, le Système européen d’information sur les feux de forêt, qui prévoit le risque d’incendie jusqu’à dix jours à l’avance et suit les incendies actifs”, complète le site d’information installé à Bruxelles.

Des instruments loués par le média italien Il Foglio, européiste convaincu : “Dans ces dernières semaines, l’UE est intervenue en France et en Espagne en mobilisant des hommes, des moyens et des ressources. Exactement comme elle le ferait face à une menace militaire externe”, explique-t-il. Californie Apprendre à aimer le feu Le salut des pins de Gironde et des bouleaux de Seine-et-Marne se trouve-t-il au pied d’un séquoia de Californie ?

Le magazine américain Anthropocene rapporte les conclusions d’une étude publiée en juillet dans la revue Nature. En 2020 et 2021, des incendies ont détruit quelque 13 000 séquoias dans des parcs nationaux de la Sierra Nevada. Pour les scientifiques, il s’agissait d’une “occasion exceptionnelle” d’étudier les effets des brûlages dirigés, des feux de faible intensité déclenchés par les gestionnaires des parcs pour détruire la végétation basse et priver de combustible les futures incendies.

SAN FRANCISCO CHRONICLE 3/03/2024 : Résilience. Tels le phénix, les séquoias californiens renaissent de leurs cendres Ajouter aux favoris Combinant images satellite et faisceaux laser, les chercheurs ont établi que le risque de mortalité des séquoias due aux incendies était réduit de 77 % dans les zones brûlées intentionnellement au cours des dix dernières années. Près de 3 900 de ces arbres géants auraient pu être sauvés si toutes les zones avaient fait l’objet de brûlages dirigés, selon l’étude.

Pour aider les séquoias, “il va falloir apprendre à aimer le feu”, conclut le magazine. Chine Une surveillance constante “Mieux vaut prévenir que guérir”, avance le site hongkongais Singtao Global, en référence aux incendies qui ont frappé la France, où plus de 91 000 hectares sont déjà partis en fumée depuis le début de l’année. La comparaison est cruelle : en 2025, la Chine n’a enregistré que 226 feux de forêts ou de prairie, lesquels ont affecté moins de 5 000 hectares. “Ce succès n’est pas le fruit du hasard, se félicite Singtao.

Il repose sur un système de gouvernance strict, axé sur la prévention.” Et surtout sur un système de contrôle des sources d’incendie dit “ciel et sol”. En l’air, un “Réseau ciel” centralise les données de plusieurs satellites météo, enrichies de données apportées par des drones. Mais c’est surtout le “Réseau sol” qui fait la différence : “Il comprend de nombreux points de vidéosurveillance qui, associés à des algorithmes d’intelligence artificielle, assurent une détection continue des comportements susceptibles de provoquer des incendies.” “Cette solution chinoise mérite d’être étudiée par de nombreux pays”, conclut Singtao.

À condition, bien sûr, que leurs citoyens acceptent d’être espionnés en permanence. Inde Des leçons à tirer Le pyrocumulonimbus, ou “orage de feu”, qui s’est formé au-dessus des forêts embrasées de Gironde, en juillet, a marqué les esprits jusqu’en Inde. “Pour l’instant, aucun pyrocumulonimbus n’a été signalé en Inde, se rassure The Times of India. Mais face à l’intensification de la sécheresse et à l’inflammabilité accrue de nos forêts, la question n’est plus de savoir si un tel nuage est probable demain, mais plutôt quelles leçons l’Inde peut tirer de l’exemple français.” Les forêts denses, qui couvrent près du quart du territoire indien, sont menacées par un funeste cocktail : hausse des températures, irrégularité des moussons (les saisons des pluies) et allongement des périodes de sécheresse.

Ainsi, on estime que plus du tiers de la couverture forestière est considérée comme sujette aux “incendies récurrents de forte intensité”. Courrier international Incendies aux États-Unis Inde Incendies en Australie Espagne Indonésie Chine Grèce Sur le même sujet Article réservé aux abonnésRecherche. Un avion va voler dans les “orages de feu” pour mieux les comprendre Écouter l’article Ajouter aux favoris Article réservé aux abonnésVu de Suisse.

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Combien de câbles de communication traversent l’Atlantique ? Comment l’Iran coupe-t-il son réseau Internet ? Ce sont ces questions qui nous ont conduits à proposer cet atlas des communications.

Car Internet est une réalité physique. Je découvre → Festival de bande dessinée Formula Bula Tentez de remporter des avatanges exclusifs pour le festival Formula Bula, du 25 au 27 septembre à Paris. Je tente ma chance → Éditions Grand Angle Tentez de remporter un exemplaire de la bande dessinée « La vie extraordinaire d’Arizona Joe - Baby Boxer Banker » de Stéphane Piatzszek & Fabrice Meddour.

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