Des partisans du parti Iabloko rassemblés devant la Cour suprême de la Fédération de Russie, à Moscou, le 10 août 2026. PHOTO IGOR IVANKO/AFP “L’audience aura duré plus de huit heures, et pourtant la foule ne s’est pas dispersée”, rapporte le jeune média Sota Vision, qui a comptabilisé “au moins 575 personnes” venues exprimer leur soutien à Iabloko (“Pomme”) et à son leader, Nikolaï Rybakov, devant la Cour suprême. Présent sur place, le collectif de journalistes indépendants Bereg présente ce rassemblement comme “l’une des actions les plus importantes [menées] ces dernières années en Russie”.
Preuve que la décision était attendue, l’agence officielle Tass avait elle-même assuré une retransmission en direct de cette audience. “Pour la première fois dans l’histoire de la Russie moderne, une liste de partis déjà enregistrés a été retirée des élections à la Douma d’État par une décision de la Cour suprême”, réagissait en fin de journée Novaïa Gazeta, média de référence du journalisme russe, sous pression des autorités. “Si Novaïa Gazeta n’avait pas été privée par les autorités russes du droit d’être publiée quotidiennement sous forme imprimée”, le journal précise qu’il aurait fait le choix de publier une une inspirée de l’Apothéose de la guerre, célèbre tableau du peintre Vassili Verechtchaguine : un amoncellement non pas de crânes, mais de pommes, au-dessus desquelles volent des corbeaux. Symbole d’un système politique venu à bout de la dernière formation assumant son opposition à la guerre en Ukraine. Accusations en série L’exclusion de Iabloko des élections législatives, le 20 septembre, est en première page de Kommersant, l’un des principaux quotidiens du pays, qui rappelle l’origine de l’affaire : officiellement, une plainte a été déposée par Rodina, une formation nationaliste loyale au Kremlin. “La principale raison invoquée était la violation des droits d’auteur durant la campagne électorale”, rappelle Kommersant – Rodina pointe, entre autres, l’utilisation prétendument illégale des paroles d’une chanson soviétique des années 1960 et d’images du film oscarisé Guerre et Paix, de Sergueï Bondartchouk.
Édition du 11 août 2026 du quotidien russe “Kommersant”. Kommersant D’autres accusations sont portées contre le parti : financements en provenance de l’étranger, “propagande et justification de l’idéologie LGBT” – il existe, selon l’État russe, un “mouvement international LGBT”, considéré comme “extrémiste” –, et appel à la violation de l’intégrité territoriale de la Fédération de Russie. Ce dernier grief répond à la position pacifiste revendiquée par le parti et à son soutien répété à un cessez-le-feu en Ukraine.
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Autre média établi à l’étranger, The Bell observe que cette mise à l’index intervient alors que Iabloko “s’est attiré une popularité inattendue sur les réseaux sociaux et, selon certains sondages, se rapprochait du seuil d’éligibilité”. En effet, la presse indépendante prête attention aux vidéos diffusées par de jeunes Russes brandissant des pommes en signe de ralliement à Iabloko, “l’un des rares moyens légaux d’exprimer sa conviction antiguerre”, écrit le site Veter. Le média en exil The Moscow Times souligne que la star de TikTok Dania Milokhine, qui cumule 18,6 millions d’abonnés, a lui aussi mis en scène son soutien au parti.
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Mais pour le spécialiste des processus électoraux Stanislav Andreïtchouk, interrogé par le site Agentstvo, la décision de la Cour suprême peut être “la première étape vers une interdiction du parti”. Elle apparaît en tout cas comme un “aveu de faiblesse”, estime l’éditorialiste Andreï Kolesnikov. En agissant de cette manière, les autorités se rassurent en créant l’illusion du contrôle, écrit-il dans Novaïa Gazeta.
Seulement, “on peut manipuler les procédures officielles, même l’humeur des masses, mais on ne peut pas étouffer le désir de liberté”. Étienne Bouche Liberté d'expression Justice Sur le même sujet Article réservé aux abonnésVu de Moscou. “Terroristes ou réformateurs ?” Deux cents ans après, les décembristes continuent de diviser la Russie Ajouter aux favoris Article réservé aux abonnésThéâtre. Le triomphe des “Kholopy”, miroir de la Russie contemporaine Écouter l’article Ajouter aux favoris Cinéma.
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