Un sondage révèle un fossé béant : 71 % des Géorgiens soutiennent l’adhésion à l’UE, que le gouvernement du Rêve géorgien a pourtant suspendue fin 2024. La défiance envers les institutions explose, et la Russie reste l’acteur le moins digne de confiance (79 % de défiance), devant la Chine (60 %). À rebours de l’opinion, Tbilissi se rapproche de Pékin ; Washington multiplie les mesures de pression contre les influences russe et chinoise.

Par Aidana Sachs, Eurasianet De nouvelles données de sondage révèlent un fossé béant entre la classe dirigeante de la Géorgie et la population sur l’orientation future du pays. Les citoyens restent fermement attachés à l’intégration aux institutions politiques et économiques occidentales, tandis que le gouvernement dominé par le Rêve géorgien s’obstine à ramener la Géorgie dans l’orbite géopolitique de la Russie. « Le peuple reste tourné vers l’Ouest quand le gouvernement ramène le pays dans l’orbite de Moscou. » Lire aussi : La Géorgie entre appétits impériaux et routes commerciales Un fossé entre gouvernants et gouvernés Une enquête menée sous l’égide du programme EU NEIGHBOURS East, financé par l’Union européenne, montre que le soutien à l’adhésion à l’Union européenne demeure élevé, malgré une entreprise massive et prolongée des médias contrôlés par le gouvernement pour dégrader l’image de l’UE.

Dans le même temps, la confiance envers presque toutes les institutions nationales s’effondre. Au total, 71 % des Géorgiens soutiennent, fortement ou plutôt, l’entrée dans l’Union : le soutien « fort » a légèrement reculé, de 42 % l’an dernier à 41 %, et le soutien « plutôt favorable » de 32 % à 30 %. Seuls 11 % y sont opposés, le reste se déclarant partagé ou indécis.

Or, en dépit d’une disposition constitutionnelle imposant au gouvernement de rechercher l’adhésion, le Rêve géorgien a suspendu le processus fin 2024, déclenchant des manifestations qui se poursuivent. Les inquiétudes de l’opinion à l’égard de la législation controversée montent rapidement : 56 % estiment que les lois récentes restreignant l’action des organisations de la société civile et des médias indépendants nuisent aux perspectives européennes de la Géorgie, contre 50 % en 2025. La défiance gagne les institutions Ce sont les partis politiques qui ressortent le plus mal du sondage.

Le gouvernement s’en tire à peine mieux, et les systèmes judiciaire et électoral recueillent chacun environ 60 % de défiance. Sur la scène internationale, la Russie est l’acteur le moins digne de confiance, loin derrière la Chine. Acteur / institution Confiance Défiance Partis politiques 21 % 70 % Gouvernement 41 % 54 % Système judiciaire et électoral — ≈ 60 % Russie 12 % 79 % Chine 26 % 60 % Plus de 1 000 citoyens ont participé à l’enquête.

Dans le détail, 21 % seulement font confiance aux partis politiques, contre 70 % qui s’en défient ; le gouvernement recueille 41 % de confiance pour 54 % de défiance. Lire aussi : Vidéo — Géorgie : le pivot de l’Europe L’opinion se méfie de Moscou et de Pékin Sur le plan international, la Russie arrive en dernière position : 12 % seulement des sondés lui font confiance, quand 79 % s’en méfient. La Chine, elle, recueille 26 % de confiance et 60 % de défiance.

Mais tandis que les Géorgiens ordinaires restent circonspects à l’égard de Pékin, le Rêve géorgien s’emploie à resserrer ses liens avec la Chine : Tbilissi et Pékin ont récemment élevé leur relation au rang de « partenariat stratégique global ». Lire aussi : Nouvelle donne dans le Caucase Le Premier ministre Irakli Kobakhidze est allé plus loin encore, qualifiant la Chine de « seule superpuissance pacifique au monde ». « La Chine est la seule superpuissance pacifique au monde. » — Irakli Kobakhidze, Premier ministre géorgien.

Washington hausse le ton Le pivot géopolitique du gouvernement géorgien, qui s’éloigne de l’Occident, continue de susciter la colère des législateurs américains. La Chambre des représentants a récemment approuvé un projet de loi visant les influences russe et chinoise en Géorgie — nouveau signe que Washington perd patience face à la direction prise par le pays sous le Rêve géorgien. Ce texte, intitulé Countering China’s Control of the Caucasus Act, imposerait au département d’État de remettre un rapport classifié évaluant « la pénétration des éléments et relais du renseignement russe et chinois en Géorgie », ainsi que « l’intersection potentielle de l’influence et de la coopération russo-chinoises » dans le pays.

Le républicain Joe Wilson, de Caroline du Sud, plus farouche critique du Rêve géorgien au Congrès, l’a déposé en février. Il s’agit apparemment de maintenir la pression sur Tbilissi après l’enlisement au Sénat du MEGOBARI Act, qui aurait sanctionné des responsables géorgiens, malgré un vote massif à la Chambre. Le Congrès avance sur d’autres fronts.

Début juin, la commission des forces armées de la Chambre a approuvé deux amendements relatifs à la Géorgie dans le projet de loi annuel de programmation de la défense (National Defense Authorization Act) : l’un sur les personnes considérées comme des prisonniers politiques, l’autre sur les opérations de renseignement russes et chinoises dans le pays. Lire aussi : Coopération stratégique entre la Géorgie et l’Arménie : une nouvelle ère ? L’ombre de la flotte fantôme russe La Géorgie fait par ailleurs l’objet d’un regain d’attention sur la question de savoir si le gouvernement aide la Russie à contourner les sanctions.

L’ambassade du Royaume-Uni à Tbilissi a récemment indiqué qu’un navire de la flotte fantôme russe, nouvellement inscrit sur la liste britannique des sanctions, avait accosté dans un port géorgien plus tôt cette année. L’Agence géorgienne des transports maritimes a répliqué que le navire avait fait escale au port de Kulevi en février 2026 et « n’était pas soumis à des sanctions » à cette date. L’explication n’a toutefois pas clos le débat.

Le port de Kulevi est de longue date un point de friction dans les discussions occidentales sur les sanctions, et la Géorgie n’avait échappé à des mesures plus dures qu’après s’être engagée à ne pas aider la Russie à les contourner. Ce dernier épisode laisse penser que le Rêve géorgien pourrait ne pas tenir cet engagement. « Ce dernier épisode laisse penser que le Rêve géorgien pourrait ne pas tenir son engagement. » Source : Aidana Sachs, « As Georgians back West, their leaders lean East – polling data », Eurasianet, 24 juin 2026 (traduit de l’anglais ; article publié sous licence Creative Commons).