Lors de sa première visite en Serbie, Volodymyr Zelensky prévient : l’Ukraine aborde l’hiver avec « quasiment aucune » centrale thermique en état de marche. De nouvelles frappes nocturnes russes ont fait quatre morts, dont un enfant de trois ans, dans la région de Kiev. Kiev réclame des sanctions plus sévères et des intercepteurs Patriot ; Washington vient de durcir ses mesures contre les hydrocarbures russes.
L’Ukraine va aborder le prochain hiver avec « quasiment aucune » centrale thermique en état de marche, a mis en garde samedi Volodymyr Zelensky lors de sa première visite en Serbie, pays allié de Moscou, après de dernières frappes nocturnes russes qui ont fait quatre morts, dont un enfant, dans la région de Kiev. S’exprimant au côté de son homologue serbe, Aleksandar Vucic, lors de sa première visite officielle à Belgrade, le dirigeant ukrainien a indiqué que son pays, confronté à des salves quasi quotidiennes de drones et de missiles russes contre ses infrastructures énergétiques depuis le début de l’invasion russe en février 2022, n’a « quasiment plus aucune centrale thermique intacte », à quelques mois du prochain hiver. « Rendre la vie insupportable » « Les missiles russes visent précisément à rendre la vie des Ukrainiens insupportable », s’est inquiété M. Zelensky devant des journalistes.
Les dernières attaques de Moscou, combinées aux bombardements des localités de première ligne, ont fait au total 13 morts durant les dernières 24 heures. « Les missiles russes visent précisément à rendre la vie des Ukrainiens insupportable. » Parmi elles, « trois personnes » tuées la nuit dernière « à Pukhivka, près de Kiev, lors de frappes de drones — un grand-père, une grand-mère et leur petit-fils » qui n’avait « que trois ans », a indiqué M. Zelensky sur X. Une frappe impliquant « six missiles balistiques contre des infrastructures civiles à Kiev » a également fait « un mort », selon le président ukrainien.
Ces derniers mois, Moscou a intensifié ses attaques contre la capitale ukrainienne, tirant des salves de missiles balistiques difficiles à intercepter pour Kiev, qui riposte en tirant un nombre record de drones contre la Russie. Lire aussi : Ukraine : état des lieux des armes fournies par la France Sanctions plus sévères Après avoir rencontré M. Vucic dans le cadre d’un déplacement de deux jours en Serbie, Volodymyr Zelensky a renouvelé ses appels à des sanctions plus strictes envers Moscou, notamment pour empêcher l’acheminement de pièces de missiles vers la Russie en provenance « de presque tous les continents, y compris de la part de nos partenaires proches ». « Ces composants arrivent, puis les missiles frappent des personnes, tuant des enfants, des civils et des soldats », a-t-il déploré, insistant sur le fait qu’un meilleur accès aux missiles intercepteurs était nécessaire face à l’intensification des frappes russes à longue portée.
La Serbie, alliée de Moscou La Serbie reste l’un des seuls pays européens à ne pas sanctionner Moscou, allié de longue date de Belgrade. M. Vucic, dont le gouvernement continue de fournir une aide non militaire à l’Ukraine, a indiqué que la politique de son gouvernement n’avait pas changé. « Nous n’avons pas discuté de coopération militaire aujourd’hui ni pour le moment. Ce qui se passera lorsque la guerre sera terminée est une autre question », a-t-il déclaré. M. Zelensky, qui multiplie les voyages à l’étranger pour solliciter les soutiens, ne s’était jamais rendu en Serbie depuis son élection à la tête de l’État ukrainien en 2019.
Un haut responsable ukrainien avait déclaré jeudi à l’AFP, sous le couvert de l’anonymat, que l’objectif de Kiev était de « détacher les Serbes du camp de la Russie » et que ce déplacement de M. Zelensky était une « gifle pour les Russes ». « Ce déplacement était une gifle pour les Russes. » Le renseignement extérieur russe avait accusé en mai 2025 les entreprises d’armement serbes de vendre des munitions à l’Ukraine, via des pays tiers, « en dépit de la neutralité officielle de Belgrade ». M. Vucic avait alors promis qu’il allait ordonner que les contrats ne soient pas exécutés « quand il y a un soupçon sur le destinataire final », puis assuré que la Serbie avait arrêté toutes ses exportations d’armes, de munitions et de matériel militaire. Lire aussi : La Russie et les Balkans : du panslavisme à la diplomatie énergétique ?
Patriot et pétrole russe Or, Kiev manque cruellement de munitions plus de quatre ans après le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, malgré des frappes qui s’amplifient des deux côtés d’une ligne de front presque immobile, faisant un nombre croissant de victimes civiles. M. Zelensky s’est rendu fin juillet à Washington pour rencontrer Donald Trump afin de tenter d’obtenir des missiles Patriot, les seuls capables d’abattre les missiles russes les plus performants. D’après le Financial Times, le président américain a refusé la demande du fait de la pénurie de Patriot dans les stocks américains depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Lire aussi : L’Europe reconstruit sa défense anti-missile tous azimuts… mais avec des lacunes Récemment, M. Trump a cependant donné son accord à de nouvelles sanctions contre Moscou, longtemps bloquées par la Maison-Blanche et votées vendredi soir par le Sénat.
Ces mesures ciblent notamment le secteur des hydrocarbures russes, y compris par des droits de douane sur les pays qui en importent, comme la Chine et l’Inde. Lire aussi : Le sang et l’argent de la Russie : le coût vertigineux de la guerre en Ukraine © Agence France-Presse