En étendant le périmètre d’une offre, on prend le risque de la détourner des véritables besoins des acheteurs. Gartner perçoit cette tendance chez les principaux fournisseurs de solutions SASE. Il en fait part dans le dernier Magic Quadrant dédié à ce marché, évoquant une « surplateformisation ».
Logiquement, on retrouve le constat dans un autre Magic Quadrant, publié quasiment en parallèle : celui du SSE. C’est-à-dire de la partie « sécurité » du SASE, par opposition à la partie « réseau ». Lire aussi : Le SASE, un marché sujet à « surplateformisation » Si Gartner maintient le distinguo, c’est que le sourcing de ces deux briques se fait encore majoritairement auprès de fournisseurs différents (65 % des achats en 2026, estime-t-il).
Un critère spécifique pour la protection des IA génératives Le mouvement vers des offres SSE intégrées n’est pas nouveau. Au passage, de nombreuses composantes sont devenues des commodités :. RBI (isolation du navigateur à distance) et DLP (protection contre la perte de données) en font partie.
Même chose pour les pare-feu cloud, qui « ne constituent plus un élément de différenciation ». Dans ce contexte, les fournisseurs ont commencé à embarquer des produits qui, dans la terminologie de Gartner, relèvent d’autres marchés. Par exemple, l’EPP (protection des terminaux) et le DSPM (gestion de la posture de sécurité des données).
Conséquence : il devient plus difficile de les comparer sur le cœur SSE, d’autant plus lorsque des liens fonctionnels se créent avec ces produits adjacents… et que les modèles de licence s’adaptent pour en encourager l’adoption. Il reste encore des éléments de différenciation, dont la capacité à protéger les « applications d’IA générative ». Gartner en a fait un des critères à respecter pour prétendre figurer dans ce Magic Quadrant.
Il fallait, en l’occurrence, proposer une visibilité et des contrôles de base (bloquer, autoriser, avertir) pour les données sensibles sur au moins trois services parmi ChatGPT, Claude, Copilot, DeepSeek, Gemini, Grok et Perplexity. Bien que nombre d'offreurs aient désormais une console unifiée, cet élément était facultatif. Comme, entre autres, le firewall cloud, le RBI, l'UEBA (analyse comportementale) et la gestion de posture de sécurité du SaaS.
8 fournisseurs, 3 « leaders » Des 9 fournisseurs qui figurent dans le Magic Quadrant du SASE, on en retrouve 7 dans celui du SSE. À l'exception de Cato Networks, tous ceux classés « leaders » dans le premier le sont aussi dans le second. Nommément, Netskope, Palo Alto Networks et Zscaler.
Deux acteurs présents en 2025 ne le sont plus cette année : Fortinet et Versa Networks. À l'inverse, Cisco fait son entrée dans le Magic Quadrant du SSE. La situation sur l'axe « exécution », qui traduit la capacité à répondre à la demande (expérience client, viabilité financière, qualité des produits/services...) : Rang Fournisseur Évolution annuelle 1 Palo Alto Networks + 2 2 Netskope = 3 Zscaler - 2 4 Cisco nouvel entrant 5 Skyhigh Security + 1 6 Cloudflare + 1 7 iboss + 1 8 Broadcom + 1 Sur l'axe « vision », qui reflète les stratégies (perception du marché, innovation, développement produit...) : Rang Fournisseur Évolution annuelle 1 Palo Alto Networks + 2 2 Zscaler = 3 Netskope - 2 4 Cloudflare = 5 iboss + 2 6 Cisco nouvel entrant 7 Skyhigh Security - 1 8 Broadcom = Prix élevé et tarification complexe chez Netskope Lire aussi : De l'IAM à l'IaC, des angles morts dans les solutions de sauvegarde L'an dernier, Gartner avait souligné la notoriété de Netskope, fréquemment présent sur les shortlists.
Il avait salué ses capacités techniques (positionnement sur tous les compartiments du SSE) et sa compréhension du marché (couverture de la majorité des cas d'usage). Le cabinet américain avait toutefois noté l'absence de localisation linguistique de la console, la relative lenteur de Netskope pour ajouter des fonctionnalités « avancées » et son ciblage non efficace du mid-market (organisations de 100 à 1000 employés). Cette année encore, Netskope est salué pour sa visibilité.
Il l'est aussi pour le niveau d'expérience client « au-dessus de la moyenne ». Et pour les perspectives qu'ouvre l'architecture AgentSkope. Sa tarification est en revanche complexe et les prix ont tendance à être supérieurs à la moyenne.
Le focus sur la sécurité et la gouvernance de l'IA acheteurs ne résonnera pas forcément auprès des SSE, ajoute Gartner. Plus globalement, la concurrence réduit l'écart. L'IA, vecteur de « surplateformisation » chez Palo Alto Networks L'an dernier, Gartner avait souligné la viabilité de financière de Palo Alto Networks. Ainsi que ses innovations (en particulier sur l'IA) et son intégration avec les firewalls sur site.
Le cabinet américain avait pointé une tarification complexe et élevée et une brique RBI ne couvrant efficacement qu'un moindre ensemble de cas d'usage. Il avait aussi signalé que la localisation du support, de l'interface et de la documentation technique était largement limitée à l'anglais. Cette année encore, Palo Alto Networks a droit à un bon point pour sa viabilité financière.
Gartner y ajoute la visibilité (présence fréquente sur les shortlists SSE). Et la compréhension globale du marché, que ce soit dans l'équilibre entre SSE autonome et SASE ou dans la réduction des complexités d'administration. La tarification complexe et élevée demeure.
Quant aux innovations planifiées, à l'image de la défense autonome axée sur l'OT et le legacy, elles s'alignent davantage sur les plates-formes SASE que sur le seul segment SSE. On surveillera aussi le mouvement de « plateformisation », qui exige des acheteurs qu'ils investissent dans des outils hors périmètre SSE traditionnel, comme la protection des runtimes IA et la gestion des identités non humaines. Chez Zscaler vigilance sur le packaging L'an dernier, Zscaler avait été salué pour sa visibilité, ainsi que son pricing « simplifiant l'achat pour les nouveaux clients ».
Gartner avait aussi apprécié le niveau global de compréhension du marché, additionné d'un historique de livraison anticipée Zscaler reste un des fournisseurs les plus chers, avait tempéré le cabinet américain. Il avait aussi signalé des problèmes de performance plus fréquents que chez les concurrents. Et alerté quant à la diversification sur le SecOps... et à son éventuel impact sur la stratégie SSE.
Le bon point « visibilité » vaut toujours cette année. Zscaler en a droit à un autre sur le volet IA. À la fois pour son intégration au sein de ses solutions et pour les capacités de contrôle de son usage.
Gartner y ajoute les innovations sur le front AgenticOps et le développement d'une plate-forme distincte pour la sécurité de l'IA. « Sous la moyenne » en matière d'expérience client, Zscaler a par ailleurs tendance à packager des capacités issues de segments adjacents et à exiger des add-on pour certaines fonctionnalités « avancées » du cœur SSE. Illustration © valerybrozhinsky - Adobe Stock