Par le détroit d’Ormuz transite près d’un quart du pétrole mondial acheminé par mer : un goulet de quelques kilomètres que l’Iran peut menacer à sa guise. Une carte de l’AFP recense les oléoducs — existants ou en projet — censés offrir au brut du Golfe une porte de sortie terrestre, à l’écart du détroit. Mais la parade reste largement virtuelle : capacités limitées, tracés otages de la politique, échéances lointaines.

La géographie garde le dernier mot. Par le détroit d’Ormuz transite près d’un quart du pétrole mondial transporté par mer. Cette dépendance à un goulet de quelques dizaines de kilomètres, que l’Iran peut menacer à sa guise, est l’angoisse structurelle des pays producteurs du Golfe.

La crise de 2026, qui a vu le détroit largement bloqué, l’a rappelée avec brutalité. D’où l’intérêt de cette carte de l’AFP, qui recense les oléoducs — existants ou en projet — susceptibles d’offrir au brut du Golfe une porte de sortie terrestre, à l’écart du détroit maudit. Lire aussi : Ormuz : la porte du pétrole Trois portes de sortie La logique est géographique : conduire le pétrole par voie terrestre jusqu’à une façade maritime située au-delà d’Ormuz.

Trois débouchés se dessinent. Vers la mer Rouge d’abord, grâce au grand oléoduc est-ouest saoudien, qui traverse la péninsule d’Abqaïq, sur le Golfe, jusqu’à Yanbu ; en service, il permet à Riyad d’exporter sans passer par le détroit. Vers le golfe d’Oman ensuite, avec la conduite Habshan-Fujaïrah des Émirats, qui relie les champs de l’intérieur au terminal de Fujaïrah, déjà situé hors d’Ormuz, et dont une extension est attendue vers 2027.

Vers la Méditerranée enfin, par le nord : l’oléoduc Kirkouk-Ceyhan achemine le brut irakien jusqu’à la côte turque, tandis que d’anciennes routes vers le port syrien de Banias, via Haditha, sont de nouveau évoquées. Chacune de ces portes vise un point de sortie différent — Yanbu débouche sur la mer Rouge, Ceyhan et Banias sur la Méditerranée, Fujaïrah directement sur l’océan Indien —, ce qui témoigne d’une même obsession : disposer de plusieurs issues pour n’être jamais prisonnier d’une seule. Un chantier lent et incertain La carte a toutefois la vertu de distinguer trois statuts, et c’est là que réside l’essentiel : les tracés pleins, existants ; les pointillés orange, projets ou extensions ; les pointillés clairs, simples discussions au tracé non confirmé.

Or l’essentiel des solutions de contournement relève encore de ces deux dernières catégories. Le Koweït n’en est qu’aux « discussions » pour raccorder son réseau à celui de l’Arabie saoudite ; certains projets irakiens n’ont « pas de date de fin annoncée » ; d’autres extensions saoudiennes ne sont espérées qu’en 2030-2031. Autrement dit, la parade est largement virtuelle, ou à échéance lointaine.

Gazoducs Ormuz (c) AFP À cette lenteur s’ajoutent deux obstacles. Le premier est capacitaire : même additionnées, ces conduites ne pourraient absorber qu’une fraction du débit qui s’écoule par Ormuz. Le contournement soulage, il ne remplace pas.

Il déplace parfois le risque plus qu’il ne l’annule : le brut dérouté vers Yanbu doit encore emprunter la mer Rouge et Bab el-Mandeb, eux-mêmes exposés aux attaques houthistes, de sorte qu’échapper à un détroit menacé peut conduire à un autre. Lire aussi : En fuyant Ormuz, les pétroliers retrouvent les pirates somaliens « Le contournement soulage, il ne remplace pas. » Le second obstacle est politique. L’oléoduc Kirkouk-Ceyhan est l’otage d’un contentieux récurrent entre Bagdad, Erbil et Ankara ; la route syrienne dépend de la stabilité d’un pays qui sort à peine de la guerre ; et tout tracé transfrontalier suppose une confiance entre voisins que la région offre rarement.

Bâtir un tuyau, c’est aussi nouer une dépendance envers le pays qu’il traverse. Lire aussi : Détroits et canaux : quand la guerre menace les artères du commerce mondial La géographie a le dernier mot Ce que révèle finalement la carte, c’est moins une solution qu’un aveu. Si les producteurs du Golfe multiplient les études d’oléoducs de contournement, c’est qu’ils mesurent leur vulnérabilité ; mais s’ils n’en ont, pour l’heure, achevé qu’une poignée, c’est que la géographie et la politique s’y opposent.

« Ormuz demeure le maître des horloges : les pipelines peuvent réduire la dépendance, ils ne l’abolissent pas. » Ormuz demeure le maître des horloges : les pipelines peuvent réduire la dépendance, ils ne l’abolissent pas. Le détroit gardera son pouvoir de nuisance tant qu’aucun réseau terrestre ne pourra, à lui seul, prendre le relais d’une exportation qui se compte en dizaines de millions de barils par jour. La leçon vaut au-delà du Golfe : à l’ère des menaces sur les points de passage, les États cherchent partout des routes de secours — mais découvrent que contourner un détroit stratégique coûte cher, prend des années, et ne se décrète pas.

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