Par Jean-Jacques Netter, envoyé spécial de Conflits à Pékin Au salon Auto China 2026 de Pékin, 2 000 sociétés de 21 pays ont exposé 1 451 véhicules, dont 181 nouveaux modèles, confirmant la centralité du marché chinois. En 2025, les Chinois ont acheté près de 30 millions de voitures, deux fois plus que les Américains, générant des économies d’échelle qui écrasent les coûts de fabrication. Les marques chinoises représentent désormais 6 % du marché européen et visent 14 % en 2030, plaçant les constructeurs occidentaux sur la défensive.
Pour essayer de comprendre ce qui se passe sur le marché automobile en Chine, il fallait aller au salon « Auto China 2026 » de Pékin. Le salon accueillait 2 000 sociétés, provenant de 21 pays, avec 1 451 véhicules exposés, dont 181 nouveaux modèles et 71 « concept cars ». En 2025, les Chinois ont acheté près de 30 millions de voitures, soit deux fois plus que les Américains.
Ces volumes de production engendrent des économies d’échelle considérables, ce qui réduit les coûts de fabrication de façon importante. Les marques chinoises représentent désormais 6 % du marché européen. Tous les groupes chinois intensifient leur offensive en Europe.
Pour se développer le plus vite possible, ils sont prêts à ne pas gagner beaucoup d’argent à court terme pour investir sur l’avenir. Ils rémunèrent largement leurs distributeurs et offrent des garanties plus longues. La Chine est même prête à lancer une grande offensive dans le sport automobile.
Il s’agit pour les constructeurs chinois de se fabriquer une notoriété mondiale grâce à la Formule 1. En Chine, les voitures électriques sont déjà moins chères que les voitures thermiques Les exposants chinois ne présentent pas simplement des modèles, mais des systèmes. La voiture d’aujourd’hui, ce n’est plus simplement un modèle, mais un modèle plus des systèmes, comme une voiture conduite par un système d’intelligence artificielle.
Tout cela aboutit au fait qu’en Chine, les voitures électriques sont déjà moins chères que les voitures thermiques. Chez les grands constructeurs (BYD, Chery, Geely), on voit une présentation de leurs capacités dans le domaine électrique et dans les systèmes intelligents. Une centaine de marques se livrent une guerre des prix.
Pour être rentables, ils doivent trouver des débouchés à l’exportation, avec l’Europe comme priorité. Ce n’est plus simplement un modèle, mais un modèle plus des systèmes, comme une voiture conduite par un système d’intelligence artificielle. Huawei, à l’origine producteur de téléphones, est devenu un constructeur automobile vendant sous la marque Aito.
XPeng s’est spécialisé dans les robots taxis. Des permis de réaliser des essais à Guangzhou ont déjà été obtenus. La société espère vendre 10 000 robots taxis en 2027.
Les véhicules sans chauffeur sont le premier domaine d’application de l’IA physique. Parallèlement, la production de robots humanoïdes a été lancée. La société espère en vendre 10 000 en 2027.
XPeng s’est allié avec Volkswagen. Lire aussi : La Chine à l’assaut de la voiture autonome BYD, premier constructeur mondial de véhicules électriques devant Tesla, a dévoilé son modèle N9, très inspiré par Ferrari, vendu sur la base de 40 000 USD. La société a lancé sa nouvelle marque premium, Denza, qui mise sur la technologie et la vitesse de recharge électrique pour convaincre ses clients.
Deux modèles ont été récemment présentés dans le cadre de l’Opéra de Paris : la Z9GT et la D9 DM-i, par Stella Li, accompagnée de son époux Wang Chuanfu, qui forment le tandem le plus puissant de l’automobile mondiale aujourd’hui. Les voitures Denza sont équipées de lidars, caméras et radars pour la conduite autonome. Cette année, BYD devrait ouvrir son usine en Hongrie.
BYD compte exporter 1,5 million de voitures en 2026 alors que sa prévision était de 1,3 million en janvier dernier. On pourrait même voir BYD arriver en Formule 1 pour se fabriquer une notoriété mondiale. La société, dont les résultats ont baissé de 53 % sur un an au premier trimestre, espère réaliser la moitié de ses ventes hors de Chine en 2030.
Sur les hybrides rechargeables, les écarts de prix peuvent atteindre 30 %. BYD avait toutefois fait un départ raté il y a trois ans. Lire aussi : Record pour BYD Geely a connu une croissance rapide avec le lancement de Zeekr et possède également des participations dans d’autres marques, comme Volvo, Manganese Bronze, le fabricant des taxis londoniens, et Proton en Malaisie, qui possède la marque anglaise Lotus.
Il contrôle également 50 % de Smart, racheté à Mercedes. Les voitures qui étaient fabriquées en France sont désormais produites en Chine. Il possède également 9,69 % du capital de Mercedes.
Le groupe est aussi allié avec Renault au Brésil et en Corée. La marque vient de faire son entrée en France. Le groupe de Hangzhou mise sur le premium abordable pour réussir son implantation en Europe.
Geely a pour objectif de vendre 6,5 millions de voitures en 2030 contre 3,4 millions en 2026. Chery a débuté avec la marque Omoda & Jaecoo avant de lancer une marque à son nom. Il va lancer l’année prochaine l’Omoda 2, un modèle spécialement conçu pour l’Europe à 25 000 €.
La société explique qu’à l’âge de la voiture électrique, la qualité ne se mesure plus sur les pièces mécaniques, mais sur la batterie, le software, la sécurité des données. SAIC, groupe public de Shanghai, a vendu 211 000 voitures sous la marque MG. En 2025, 35 000 voitures ont été vendues en France.
Leapmotor, l’allié de Stellantis, va assembler son crossover électrique dans les ex-usines d’Opel/Stellantis de Saragosse. Il y fabriquera son modèle B10, le SUV compact électrique le moins cher du marché. Avec cet accord industriel européen, Leapmotor va pouvoir passer de 600 000 véhicules vendus dans le monde à 1 million l’année prochaine.
Dongfeng Motor Corporation est un constructeur impliqué dans des joint-ventures avec des marques étrangères comme Stellantis et produit une large gamme de véhicules. NIO, plus récent, est connu pour ses véhicules électriques et a gagné en notoriété rapidement. Les constructeurs chinois sont partis à l’assaut de tous les marchés du monde.
Ils concluent également des accords pour assembler des véhicules directement dans les pays d’Asie centrale, comme le Kazakhstan et l’Ouzbékistan. Ils envoient des kits à assembler, ce qui permet d’éviter en partie des droits de douane. CATL, le premier fabricant mondial de batteries, présente sur 1 500 m² sa nouvelle génération de batteries.
La société se trouve au cœur de la révolution en cours dans ce domaine. Elle s’apprête à produire des batteries sodium-ion en grande quantité. Le stockage par batteries se développe désormais presque aussi vite que les énergies renouvelables.
Les constructeurs européens sont à la peine La montée en puissance de la Chine pose de sérieux défis à l’industrie européenne. L’Europe pratique des droits de douane ajustés pour rétablir une concurrence qui se veut équitable. Pour ces derniers, la concurrence chinoise est très difficile à contenir sur les véhicules électriques.
Les constructeurs chinois espèrent représenter 14 % du marché européen en 2030. Volkswagen consolide ses liens avec les fabricants chinois d’écosystèmes à base d’IA. Il y aura ces systèmes sur tous les véhicules VW vendus en Chine.
Ils seront capables d’exécuter des tâches complexes dans plusieurs systèmes à la fois. Volkswagen a une joint-venture avec FAW, l’un des plus anciens constructeurs automobiles en Chine. BMW poursuit la même stratégie.
Oliver Zipse, son président, a annoncé des partenariats actifs avec Alibaba et Momenta. Porsche a présenté sa première Porsche Cayenne électrique. La société en a profité pour annoncer qu’elle sortait du capital de Bugatti.
Stellantis pourrait ouvrir les portes de ses usines au chinois Dongfeng, qui était venu à son secours en 2014 quand le constructeur français était au bord de la faillite. Des discussions ont également lieu avec XPeng et Xiaomi. Une des pistes du groupe de M. Elkann pour réduire ses coûts est de négocier des partenariats avec d’autres constructeurs.
Dongfeng, qui était venu au secours de Stellantis en 2014 quand le constructeur français était au bord de la faillite, pourrait désormais utiliser ses usines. Peugeot a annoncé son retour en Chine avec Dongfeng. La société a présenté à Pékin deux concept cars : une berline et un SUV.
C’est le retour de la marque qui avait quitté la Chine avec Carlos Tavares, son précédent patron. Ces modèles sont les premiers éléments d’une future gamme produite en Chine sur le site de Dongfeng à Wuhan, pour le marché intérieur et pour l’exportation. Le partenariat avec Dongfeng, qui possède aujourd’hui 1,56 % du capital de Stellantis, a été renforcé pour fabriquer des Peugeot et des Jeep en Chine.
Lire aussi : « La Chine a pris une avance significative » dans l’industrie automobile — Entretien avec Serge Cometti L’Asie est un marché porteur Au Vietnam, il a été vendu plus de véhicules électriques qu’en Grande-Bretagne. L’action Vinfast, cotée au Nasdaq, a progressé de 127 % sur les douze derniers mois. La progression est également très forte en Thaïlande et en Indonésie.
En Thaïlande, BYD a vendu plus de voitures que Toyota pour la première fois. Aux Philippines, le showroom de BYD à Manille ne désemplit pas. L’avenir des constructeurs automobiles européens est donc très compliqué, mais ils se battent encore.
Leur avenir ne passe pas seulement par des partenariats avec la Chine destinés à préserver leurs outils industriels en important des kits de Chine pour éviter une partie des droits de douane. Les progrès accomplis par les constructeurs japonais et coréens sont également impressionnants, surtout dans les modèles de milieu de gamme. Mais tous ceux qui cherchent à concurrencer les Chinois se heurtent au fait que les équipementiers chinois donnent en priorité accès à leurs produits les plus sophistiqués aux constructeurs chinois.
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