“Le réseau peine déjà à suivre” : les datacenters dévoreront un cinquième de l'électricité américaine d'ici 2035 Par Aymeric Geoffre-Rouland Publié le 23/07/26 à 19h39 Nos réseaux : Suivez-nous Ajoutez nous à vos favoris Google Commenter 3 © Gorodenkoff - Les data centers américains consomment aujourd'hui 40 GW. D'ici 2035, ce sera cinq fois plus. L'appétit énergétique des data centers ne connaît plus de palier.
Selon une étude publiée le 21 juillet par BloombergNEF, la capacité électrique de ces infrastructures aux États-Unis pourrait atteindre 194 gigawatts d'ici 2035, contre environ 40 GW aujourd'hui. Rapporté à la production nationale, cela représenterait 20 % de l'électricité du pays, contre 5,9 % actuellement. Pour donner l'échelle : un gigawatt équivaut à la puissance d'un réacteur nucléaire classique.
"Chaque centrale à charbon, chaque centrale à gaz, chaque ferme solaire aux États-Unis : une unité d'énergie sur cinq qu'elles produisent ira aux data centers. C'est la même énergie qui devrait alimenter les véhicules électriques, les villes."L'IA, gouffre à watts dont les prévisions s'emballentL'intelligence artificielle concentre l'essentiel de cette poussée. Près de la moitié de la capacité projetée serait dédiée à l'entraînement et à l'inférence de modèles, et les États-Unis devraient héberger 64 % des puces IA mondiales (en puissance consommée) dès 2033.Projection de la demande électrique des data centers américains par opérateur de réseau, de 2010 à 2035.
La zone PJM (en orange) concentre la plus forte croissance.© BloombergNEF via BloombergLe rythme des révisions donne le vertige : en sept mois seulement, BNEF a relevé sa prévision de 83 % par rapport à décembre 2025, elle-même supérieure de 36 % à celle d'avril 2025. La projection pour 2035 a été multipliée par 2,5 en quinze mois. L'EPRI a plus que doublé ses propres estimations de 2024, S&P Global relevait les siennes d'un tiers entre octobre et avril.En France, la dynamique est comparable : l'Arcep estimait en mai que la consommation électrique des datacenters hexagonaux pourrait être multipliée par quatre à huit d'ici 2035.Détail qui relativise ces chiffres vertigineux : la révision à la hausse provient principalement de projets entrés dans les files d'attente de raccordement pour sécuriser leur accès au réseau, pas de chantiers effectivement lancés.
La capacité en construction, elle, reste stable. L'écart entre le pipeline annoncé et ce qui sortira de terre pourrait s'avérer considérable.Le réseau craque, les ménages trinquentLa pression se concentre sur des réseaux déjà saturés. Dans la zone couverte par PJM Interconnection, du nord de la Virginie à l'Illinois, 34 % de l'électricité sera aspirée par les data centers d'ici 2035.
Au Texas, ERCOT devra y consacrer 22 % de sa capacité de production.Même en combinant raccordement au réseau et production au gaz sur site, un déficit de capacité persiste quel que soit le rythme annuel de connexion. Le record historique plafonne à 7,1 GW par an.© BloombergNEF via BloombergLe prix de gros du mégawattheure dans la zone PJM a bondi de 76 % sur un an au premier trimestre 2026, passant de 77,78 à 136,53 dollars. Le cabinet indépendant Monitoring Analytics attribue 63 % de cette hausse à la charge des centres de données, soit 9,3 milliards de dollars de surcoût répercuté sur les contribuables.
D'ici 2028, chaque foyer de la région pourrait voir sa facture grimper d'environ 70 dollars par mois.Le record historique de raccordement au réseau plafonne à 7,1 GW par an : même en le maintenant dix ans durant, BNEF anticipe un déficit de 19 GW. À l'échelle mondiale, si l'adoption agressive de l'IA se poursuit, les data centers pourraient générer 1 935 TWh de nouvelle demande d'ici 2033, un volume comparable à la consommation annuelle de l'Inde. Suivez toute l'actualité des Numériques sur Google Actualités et sur la chaîne WhatsApp des Numériques Envie de faire encore plus d'économies ?
Découvrez nos codes promo sélectionnés pour vous.