Le chef de l’armée soudanaise et dirigeant de facto du Soudan, le général Abdel Fattah Al-Burhan, lors d’un match de football à Khartoum, le 15 mai 2026. PHOTO EBRAHIM HAMID/AFP La guerre pour le pouvoir qui oppose le général Abdel-Fattah Al-Burhan [chef d’État de facto du Soudan et chef des forces armées soudanaises, ou SAF] au général Mohamed Hamdane Daglo, dit “Hemeti” [chef des Forces de soutien rapide (FSR), groupe paramilitaire], se poursuit au Soudan. Les sanctions continuent aussi de pleuvoir.
En effet, après la salve de sanctions prises par les États-Unis [début février, Washington avait sanctionné trois commandants des Forces de soutien rapide pour leurs actions contre les civils de la ville d’El-Fasher] et le Conseil de sécurité de l’ONU [fin février, le Conseil de sécurité des Nations unies a pris des mesures contre quatre généraux des Forces de soutien rapide] contre les Forces de soutien rapide (FSR) de “Hemeti”, accusées de massacres à grande échelle, c’est au tour [du gouvernement de facto de] Khartoum de subir le courroux de Washington. À lire aussi : Géopolitique. Au Soudan, le soutien présumé des Émirats aux FSR passe par la Libye d’Haftar Ajouter aux favoris L’administration Trump a décidé de serrer la vis, en procédant à la restriction de l’accès du Soudan aux financements et aux exportations américaines (exception faite des denrées alimentaires de base et d’aides humanitaires) et à l’interdiction aux transporteurs soudanais d’utiliser l’espace américain [Les États-Unis accusent l’armée soudanaise d’avoir eu recours à des armes chimiques dans sa guerre contre les forces paramilitaires].
COURRIER INTERNATIONAL Et ce n’est pas tout. Des sociétés liées à l’armée soudanaise, dirigée par Al-Burhan, ont été également sanctionnées par le département d’État américain. Washington voudrait envoyer un message fort à Khartoum qu’il ne s’y prendrait pas autrement ; tant ces sanctions sont loin de compter pour du beurre.
Les Américains veulent leur “dialogue national” À preuve, pour un pays comme le Soudan dont l’économie ou ce qu’il en reste est en crise, le gel de financements américains pourrait complexifier davantage la situation. Et Khartoum, selon toute vraisemblance, en a conscience ; d’où sa disponibilité réaffirmée à coopérer avec Washington. Obtiendra-t-il gain de cause ?
On ne saurait y répondre, pour l’instant, dans la mesure où la situation au Soudan, d’un moment à l’autre, pourrait évoluer dans un sens comme dans l’autre. La judiciarisation du conflit Outre une salve de sanctions internationales, qu’elles soient prises par Washington, l’ONU ou encore l’Union européenne, le conflit soudanais connaît aussi une série de procès et de recours devant des juridictions nationales ou internationales. Mi-juillet, le chef des Forces de soutien rapide (FSR), Mohamed Hamdane Daglo, également connu sous le nom de “Hemeti”, a été condamné à mort par contumace.
Al-Jazeera rapporte ainsi que cette sentence a été prononcée par un tribunal, siégeant dans la ville de Port-Soudan, contrôlée par l’armée soudanaise. Le tribunal a également condamné à mort quinze autres hauts responsables des FSR, en guerre contre l’armée soudanaise depuis avril 2023. Si cette condamnation est la première condamnation des principaux dirigeants des FSR depuis le début de la guerre civile, son effet concret demeure incertain, note le titre panarabe, puisque le groupe paramilitaire contrôle de facto de vastes régions de l’ouest du Soudan, et que les responsables condamnés “restent hors de portée des autorités militaires”.
Dans le même temps, indique Sudan Tribune, le 16 juillet, le gouvernement soudanais a indiqué qu’il lancera de nouvelles poursuites contre les Émirats arabes unis devant les tribunaux américains et des tribunaux internationaux. La veille, le représentant du Soudan auprès de l’ONU a demandé à la Cour pénale internationale d’élargir son enquête sur les crimes des FSR au Darfour afin d’y inclure les acteurs émiratis. Le titre soudanais indique que, outre cette plainte devant la CPI, les autorités de Khartoum entendent exploiter des voies juridiques également devant la Cour internationale de justice.
Afficher la suite Car, il faut le dire, si Washington exerce des pressions sur Khartoum, c’est parce qu’Al-Burhan rejette les propositions américaines visant à instaurer une trêve humanitaire qui, si elle était acceptée, pourrait aboutir à un cessez-le-feu et, plus tard, à un dialogue national au Soudan. En d’autres termes, les Américains ont sanctionné Khartoum parce que les autorités soudanaises les empêchent de réussir la médiation qu’ils conduisent au Soudan en vue d’un accord de paix définitif. À lire aussi : Reportage.
Soudan : portrait d’un pays en guerre par un écrivain allemand Ajouter aux favoris Que va-t-il donc se passer ? On attend de voir. Mais tout porte à croire qu’il en faudra plus pour faire plier Al-Burhan.
Car, s’il est vrai que ce dernier tend la main aux Américains, il ne semble pas, pour autant, prêt à céder à n’importe quel prix. À preuve, il refuse catégoriquement que l’armée régulière et les FSR soient mises sur un pied d’égalité. Mieux, il exige la reddition de son adversaire, “Hemeti”, et de ses troupes qu’il estime actuellement en position de faiblesse.
Cela dit, il faut craindre que les sanctions prises contre Khartoum ne contribuent à radicaliser l’armée soudanaise qui se dit si proche du but. En fait, Khartoum, même si il ne le dit pas ouvertement, n’apprécie pas la démarche des Américains qu’il trouve plus proches des FSR [le groupe paramilitaire est soutenu par les Émirats arabes unis, eux-mêmes alliés de Washington]. Des intermédiaires en eaux troubles Mais ne voulant pas se mettre à dos une puissance comme les États-Unis, il donne l’impression de jouer le jeu, tentant ainsi de dissimuler sa mauvaise foi.
Qui donc pour sauver le peuple soudanais ? Telle est la question que l’on peut se poser tant la situation, plus de trois ans après le début des hostilités, est en train de s’enliser. Peut-il d’ailleurs en être autrement quand on sait que bien des grandes puissances, au nom de leurs intérêts, pêchent en eaux troubles ?
Tant et si bien que ceux qui jouent publiquement les faiseurs de paix sont les mêmes qui, souterrainement, attisent le feu à travers la vente des armes [allusion au fait que les Émirats arabes unis, soutiens des FSR, font partie du Quartet pour la paix au Soudan, composé également des États-Unis, de l’Égypte et de l’Arabie saoudite]. À lire aussi : Révélations. Soudan : Londres a fermé les yeux sur les exactions des FSR pour ménager les Émirats Ajouter aux favoris Tant que prévaudra donc cette hypocrisie, le Soudan ne connaîtra jamais la paix.
À moins que les protagonistes de la crise, dans un sursaut inattendu, décident de revenir à la raison en acceptant de faire taire les armes pour se retrouver sous un arbre à palabres. Une telle éventualité relève certes d’une chimère, mais pas de l’impossible. Car, comme on aime à le dire, toute guerre finit autour d’une table de négociations et cela, pour peu que les uns et les autres veuillent d’une solution pacifique durable.
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Ses éditoriaux incisifs sont très ouverts sur les questions internationales. Lire la suite Nos services HORS-SÉRIE Où se trouve le cloud ? Combien de câbles de communication traversent l’Atlantique ?
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