Le vice-Premier ministre jordanien et ministre des Affaires étrangères, Ayman Safadi, et le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, le 14 juillet 2026 à Washington. Photo BRENDAN SMIALOWSKI/AFP Depuis la reprise des hostilités entre les États-Unis et l’Iran, la Jordanie a été la cible de nombreux bombardements. Mais pourquoi le royaume hachémite est-il visé par les Gardiens de la révolution ?

Explications. Quelles ont été les pertes humaines et quels sites ont été touchés ? Des tirs de missiles sur la base aérienne Muwaffaq Salti, près de la commune d’Azraq, en Jordanie, ont tué deux soldats américains le vendredi 17 juillet, tandis qu’un autre a été porté disparu.

On a appris dimanche qu’une dépouille non identifiée avait été retrouvée sur les lieux de l’attaque ; en parallèle, un autre soldat a trouvé la mort en Irak dans une attaque de drone. Ce sont les premières pertes humaines des États-Unis depuis le cessez-le-feu annoncé en avril, précise The Wall Street Journal. Le bilan du conflit atteint 18 morts du côté américain, précise Axios.

Selon The New York Times, l’attaque du 17 juillet était la quatrième en cinq jours en Jordanie. Des dizaines de blessés sont à déplorer. Outre la base d’Azraq, la base aérienne Roi Fayçal, qui abrite également des forces états-uniennes, a aussi été attaquée par l’Iran, indique le Wall Street Journal, de même qu’une autre base aérienne “dans l’est de la Jordanie”, où des hélicoptères de Washington ont été endommagés, d’après le New York Times.

L’Iran affirme que des missiles ont endommagé des appareils militaires américains à l’aéroport d’Aqaba. L’agence de presse iranienne Tasnim a aussi affirmé sur X que “20 entrepôts utilisés par les forces américaines” avaient été pris pour cibles, “avec l’aide de la population et de l’armée de Jordanie”, où la présence militaire des États-Unis est controversée. Pourquoi la Jordanie se retrouve-t-elle au cœur du conflit ?

Le pays a “gagné en importance” dans la guerre, explique le New York Times : “le Pentagone a déplacé un certain nombre de soldats de Bahreïn, des Émirats arabes unis et du Qatar vers des lieux plus sûrs en Jordanie et en Israël”. Et ce “alors que d’autres alliés de Washington dans la région restreignaient l’accueil de ses troupes et le survol de leur territoire”. “La Jordanie entretient depuis longtemps des liens étroits avec les États-Unis en matière de défense, rappelle le Wall Street Journal. N’ayant pas de pétrole à exporter, elle est aussi un bénéficiaire majeur de l’aide économique et militaire de Washington.” Cette coopération, sur laquelle la Jordanie préférait rester discrète, “devient désormais trop importante pour rester dans l’ombre”.

Le journal des affaires ajoute que les faibles ressources militaires d’Amman ne lui permettent pas d’agiter la menace de représailles, comme le fait Israël. Le ministère des Affaires étrangères jordanien a tout de même convoqué le chargé d’affaires iranien à Amman pour lui signifier “en des termes fermes” l’indignation du pays concernant les attaques iraniennes et les déclarations provocatrices de responsables iraniens, rapporte le quotidien national Jordan Times. Quelles sont les implications à l’échelle régionale ?

D’après l’agence iranienne Tasnim, citée par le quotidien qatari Arabi21, la base aérienne d’Azraq est essentielle aux opérations régionales de l’US Air Force. Il ne s’agit donc pas seulement d’une opération contre une installation militaire mais d’“une attaque contre la coalition régionale des États-Unis”, explique David Deptula, qui a servi comme lieutenant général dans l’US Air Force. “Téhéran tente d’imposer aux pays accueillant des forces états-uniennes un coût politique qui surpasse les bénéfices en matière de sécurité”, a-t-il déclaré au New York Times. Plus largement, “il semble que la stratégie actuelle de l’Iran vise à imposer de lourdes pertes aux États-Unis et à leurs alliés, ainsi qu’à étendre le conflit à de nouveaux pays”, écrit le quotidien libanais Al-Akhbar, proche du Hezbollah, allié de l’Iran. “Cela indique que les récentes frappes américaines n’ont pas seulement échoué à desserrer l’emprise de Téhéran sur le détroit d’Ormuz, elles ont aussi incité l’Iran à étendre le champ de bataille et à intensifier ses frappes.” Bachir El-Khoury et Gabriel Hassan Moyen-Orient Guerre en Iran États-Unis Iran Amériques Sur le même sujet Article réservé aux abonnésReportage. “Une folle envie de danser” : la ville turque de Van, défouloir d’Iraniens qui veulent décompresser Écouter l’article Ajouter aux favoris Article réservé aux abonnésAnalyse.

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