Source : Courrier international Lecture 2 min. Publié le 18 juillet 2026 à 11h45 L’utopie d’Internet comme réseau ouvert et universel a fait long feu. Plusieurs pays ont mis au point des systèmes qui leur permettent de se couper du réseau mondial pour fonctionner en circuit (presque) fermé, des intranets nationaux.
Couverture de l’Atlas des communications Courrier international Quarante ans après sa naissance, Internet n’est plus ce grand espace d’échange universel, ouvert et interopérable. Nous sommes entrés dans l’ère du Splinternet : la fragmentation du réseau mondial en blocs souverains, incompatibles et cloisonnés. Un modèle dont les réseaux russes, chinois et iraniens sont les archétypes.Ces pays invoquent la souveraineté numérique, mais ce qui se joue réellement c’est le contrôle de l’information, la captation de données et le découplage technologique.
Un tour d’horizon issu de notre Atlas des communications. Réseau national d’information Iran92 millions d’habitantsThéocratieTaux de pénétration d’Internet en 2025 : 85 % L’Iran développe depuis plusieurs décennies un intranet géant (parfois qualifié d’“Internet halal”). Ce système vise à isoler l’écosystème numérique du pays, permettant aux services locaux de fonctionner même si l’État décide de couper l’accès à l’Internet mondial pour contrôler l’information, comme il l’a fait en janvier 2026, pendant les grandes manifestations antirégime, puis entre fin février et mai de cette même année, durant le conflit avec les États-Unis et Israël.
Cette version parallèle et fermée d’Internet donne accès à quelques sites officiels de l’État, des applications bancaires, des services de taxi et des messageries locales telles que Bale ou Eitaa, qui fonctionnent sur des serveurs iraniens. La grande muraille numérique Chine1,4 milliard d’habitantsAutocratie à parti uniqueTaux de pénétration d’Internet en 2025 : 92 % Bien que techniquement connectée au reste du monde, la Chine opère un filtrage extrêmement puissant qui agit comme une frontière numérique. Le gouvernement a créé un écosystème d’applications de messagerie et de transactions commerciales complètement parallèle et autonome (Weixin, Baidu, Alibaba) en bloquant les services étrangers, ce qui lui permet de fermer hermétiquement l’accès au Web global tout en maintenant une économie numérique interne fonctionnelle.
Runet Russie144 millions d’habitantsAutocratieTaux de pénétration d’Internet en 2025 : 94 % À la suite de la loi sur le “Runet souverain” de 2019, la Russie s’est dotée d’une infrastructure pour couper son réseau de l’Internet mondial. Le 1er mars 2026, une nouvelle loi a conféré à Roskomnadzor (l’autorité de régulation des communications) le pouvoir de déconnecter le Runet du Web mondial et de bloquer tout site jugé menaçant. Le FSB, lui, peut demander aux opérateurs de déconnecter un utilisateur suspect.
Ces dispositions entérinent un état de fait, souligne le site spécialisé Medium. “En 2022, lorsque l’invasion de l’Ukraine a commencé, Roskomnadzor avait déjà bloqué Facebook et Instagram, et limitait l’accès à Twitter (aujourd’hui X). Des outils comme Tor et les services VPN étaient systématiquement ciblés.” Kwangmyong Corée du Nord26 millions d’habitantsDictature dynastiqueTaux de pénétration d’Internet en 2025 : 0 % Kwangmyong est l’exemple le plus extrême et le plus abouti d’un réseau totalement fermé. Inauguré en 2000, cet intranet est complètement déconnecté du Web mondial.
Il propose des sites d’État, un moteurde recherche interne et des services de messagerie inaccessibles depuis l’extérieur. Réseau national cubain Cuba11 millions d’habitantsDictatureTaux de pénétration d’Internet en 2025 : 70 % Historiquement, Cuba a mis en place un intranet sous contrôle de l’État destiné avant tout à la population locale, les touristes ayant eux accès à l’Internet mondial. Ce réseau domestique donne accès à des services spécifiques – un service de courriel en correo.cu, une encyclopédie, EcuRed et des sites du gouvernement – contrôlés par le gouvernement.
Myanmar Internet Birmanie55 millions d’habitantsDictature militaireTaux de pénétration d’Internet en 2025 : 45 % La junte au pouvoir a mis en place un intranet très restreint, utilisé notamment lorsqu’elle coupe l’accès au Web mondial. Sources : Banque mondiale, “Medium”, “Financial Times”, “Polytechnique Insights” Virginie Lepetit Moyen-Orient Corée du Nord Birmanie Europe Iran Russie Chine Asie Amériques