Un « grand datacenter », c’est à partir de quelle puissance électrique ? Dans son Responsible Data Center Development Act, adopté début juin, le Parlement de l’État de New York avait fixé le seuil à 20 MW. La gouverneure en a décidé autrement.
Elle a signé, cette semaine, un décret qui repousse la limite à 50 MW. Un moratoire d’un an… maximum Le décret impose, entre autres, un moratoire temporaire sur ces « grands datacenters ». Dans cet intervalle, le Département de la préservation de l’environnement n’examinera pas les demandes d’autorisation relatives à des constructions ou à des extensions… à moins qu’elles n’aient été déclarées complètes avant la signature du décret*.
Lire aussi : Mistral AI investit 1,2 milliard € dans un datacenter IA Le Parlement avait voté une durée fixe d’un an. Le décret en fait une durée maximale : le moratoire pourra prendre fin par avant. La condition : l’élaboration, par le Département des services publics, d’une « déclaration générique d’impact sur l’environnement ».
Elle doit garantir que les datacenters soient soumis à des normes uniformes. Pas de classe de services distincte pour les grands datacenters Le Parlement avait soutenu l’idée d’un rapport plus exhaustif à la charge du Département de la préservation environnementale. Il aurait dû être produit sous 18 mois, avec au moins 120 jours de consultation publique.
Il devait inclure des indicateurs et des projections sur, notamment : Nombre de datacenters implantés dans l’État Occupation des sols Consommation d’eau et d’électricité Pollution et production de déchets électroniques Impact sur les communautés défavorisées (dont les nations indigènes implantées dans un rayon de 10 miles) Financements publics obtenus Autre élément non repris dans le décret : l’obligation, pour les compagnies de distribution d’eau, de gaz et d’électricité ainsi que pour les municipalités, de créer un classe de services distincte pour les grands datacenters. La démarche devait favoriser l’isolation – et l’attribution – des coûts qu’ils engendrent. La gouverneure n’a pas non plus repris la disposition qui imposait aux datacenters de 5 MW et plus un ratio minimal d’énergies renouvelables (2/3 pour la période 2025-2029, en particulier).
Les datacenters, appelés à subventionner le prix de l’énergie Le Parlement avait voté l’exemption des datacenters associés à la recherche publique. Le décret la confirme. Il l’élargit même.
En l’occurrence, aux installations principalement utilisées à des fins de fabrication, d’enseignement ou de fourniture de soins médicaux. Autre nouveauté du décret : il ouvre la voie à un « cadre d'investissement communautaire ». L'Empire State Development (agence de développement économique) a 60 jours pour l'élaborer.
Il est censé aider les collectivités locales à obtenir des retombées économiques. Parmi les orientations envisagées, la création d'un fonds d'investissement alimenté par des contributions des promoteurs ou des exploitants de datacenters. Ses ressources pourront aider à « maintenir un coût abordable de l'énergie » et à améliorer des services publics (on nous cite la garde d'enfants et les programmes d'enseignement de la maternelle à la fin du secondaire).
Il est également question de mécanismes garantissant aux organisations syndicales une place à la table des négociations. À l'instar de la Région Île-de-France, qui a récemment adopté une stratégie d'encadrement des implantations de datacenters, l'État de New York estime que ce n'est pas aux contribuables d'assumer le coût des améliorations du réseau électrique. Dans cet esprit, le décret propose de créer un « fonds d'accélération du réseau électrique de l'État ».
Abondé par les datacenters, il financerait la modernisation de ce réseau et l'acquisition de nouvelles capacités de production d'énergie propre. La gouverneure dit prévoir également une loi supprimant les exonérations de taxe sur les ventes pour les datacenters hyperscale. Un premier moratoire avorté dans le Maine À mai 2026, les demandes de raccordement en attente dans l'État de New York avoisinaient 12 GW.
Dont plus de 8 GW enregistrés en 2025. Lire aussi : Course à l'IA : la bulle controversée, la pénurie avérée Au-delà de la compromission de ses objectifs en matière d'énergie propre, l'État constate l'inadéquation de son cadre réglementaire, tout particulièrement pour faire face aux besoins des datacenters en matière de prélèvement et de traitement de l'eau. Le Parlement du Maine - voisin de l'État de New York - avait été le premier aux États-Unis à voter un moratoire sur les datacenters.
C'était au mois d'avril. Il devait s'appliquer jusqu'en octobre 2027, pour les installations de plus de 20 MW. La gouverneure démocrate a cependant mis son veto, faute d'avoir obtenu une exemption pour un site en cours de construction présenté comme « largement soutenu [par sa] région d'accueil ». * Le moratoire ne s'applique pas aux autorisations que délivrent les collectivités locales.
Illustration générée par IA