Des drapeaux flottent sur les tombes de soldats russes tués en Ukraine, au cimetière de Lemechovo, près de Moscou, le 23 février 2026. PHOTO RAMIL SITDIKOV/REUTERS Lorsque son mari a été tué en Ukraine, Valeria a reçu un message de la clinique où le militaire avait fait conserver son sperme. L’établissement s’apprêtait à le détruire. “Ma première réaction a été une crise d’hystérie, confie-t-elle à Verstka, média russe en exil.

C’est tout ce qui me reste de lui, quelques cellules encore vivantes.” Elle saisit alors la justice, et son procès dure déjà depuis un an, malgré un consentement signé par son époux. Comme elle, des épouses et compagnes de militaires russes engagent désormais des procédures judiciaires pour pouvoir concevoir un enfant grâce au matériel génétique laissé avant leur départ au front. En deux ans, constate le média, de tels recours ont été déposés dans au moins huit régions russes.

À lire aussi : Natalité. Devenir père après sa mort ? En Ukraine aussi, les soldats congèlent leur sperme Ajouter aux favoris “Comment peut-il être présent, puisqu’il est porté disparu ? s’indigne une habitante de Samara, dont le compagnon avait déposé son sperme la veille de son départ sur le front, citée par Verstka.

Je passe mes journées à le chercher. C’est ma dernière chance d’avoir un enfant.” La législation russe les enferme dans une impasse. Pour lancer une fécondation in vitro, ou FIV, les deux futurs parents doivent signer leur accord à plusieurs étapes du traitement.

Mais aucun texte ne précise ce qu’il advient lorsque l’homme meurt ou disparaît après avoir fait congeler son sperme ou des embryons. “Ils font la guerre là-bas, et moi je débarque avec mes paperasses. Qui va aller lui faire signer des documents sur le front ?” déplore dans les colonnes du site Natalia, dont le mari combat toujours, après le refus d’une clinique moscovite de réaliser une FIV sans un consentement écrit. À lire aussi : Enquête.

Aux Pays-Bas, des gynécologues réalisaient des PMA frauduleuses avec leur propre sperme Ajouter aux favoris Une loi attendue Faute de règle commune, les tribunaux tranchent donc au cas par cas. À Saratov, dans l’ouest de la Russie, une veuve s’est vu interdire le transfert d’un embryon, la justice estimant que le droit d’en disposer ne se transmet pas au conjoint survivant. Quelques centaines de kilomètres plus au nord-est, à Oufa, un autre juge a au contraire considéré qu’en “déposant son matériel pendant la mobilisation, le soldat ne pouvait pas ne pas penser à la mort”.

Le cas le plus retentissant est celui de Maria Sokolova, 44 ans, compagne d’un lieutenant-colonel tué dans la région de Louhansk. Bien que le couple ne soit pas marié, la justice l’a autorisée à utiliser son matériel génétique, et elle serait la première plaignante à être tombée enceinte après un tel procès, selon son avocate. D’après la presse locale, “dans un seul institut d’Ekaterinbourg seraient conservés près de cent échantillons de sperme de soldats” envoyés en Ukraine.

Les litiges portent également sur le statut des enfants nés plus de trois cents jours après la mort du père, qui doivent alors faire reconnaître leur filiation devant le tribunal pour “toucher une pension de réversion”. À lire aussi : Société. Pourquoi des centaines d’enfants peuvent-ils être conçus à partir d’un seul donneur de sperme ?

Ajouter aux favoris La Douma (chambre basse du Parlement russe) tente désormais de combler ce vide. Adopté en première lecture en mai, un texte prévoit une FIV gratuite pour les épouses et veuves de soldats, à condition qu’elles ne se soient pas remariées, et de reconnaître la paternité après la mort si le militaire a laissé un accord notarié. Il pourrait entrer en vigueur le 1er décembre.

En attendant, la FIV peut revenir très cher : Verstka cite le cas d’une femme dont les deux tentatives ont coûté 747 000 roubles (8 300 euros). Une autre femme raconte de son côté que son mari s’est engagé volontairement “pour avoir de quoi payer la FIV”. Courrier international Vie de famille Guerre en Ukraine Europe Santé Sur le même sujet Article réservé aux abonnésReportage.

Sous les drones, la Crimée vit une saison touristique sans estivants ni carburant Écouter l’article Ajouter aux favoris Biologie. Première mondiale : un patient produit du sperme à partir d’un tissu testiculaire cryoconservé Écouter l’article Ajouter aux favoris Vidéo. En Russie, le business des vidéos IA qui ressuscitent les soldats morts Écouter l’article Ajouter aux favoris Rapport. “Plus sanglante que Stalingrad”, la guerre en Ukraine aurait fait 2 millions de victimes Écouter l’article Ajouter aux favoris Nos services HORS-SÉRIE Que faire quand la température atteint les 50 °C ?

Quand la mer monte inexorablement ? Que faire au quotidien dans un monde bouleversé par le dérèglement climatique ? Des rues de Kigali à celles de Singapour, des clubs de foot d’Argentine aux appartements de Delhi, des champs du nord de la Chine aux prairies italiennes, les citoyens s’organisent, s’entraident et cherchent des solutions pour s’adapter.

Je découvre → Jeu de société « Haïku » Tentez de remporter un exemplaire du jeu de société « Haïku » proposé par Philibert. Je tente ma chance → Sooner Remportez 3 mois d’abonnement offert à Sooner, et visionnez le film « My Sunshine » de Hiroshi Okuyama. Je reçois mon code de streaming → Éditions Grand Angle Tentez de remporter la BD « Mudlarks - Charles Dickens, apprenti écrivain » de Philippe Charlot & Manu Cassier, proposé par les éditions Grand Angle.

Je reçois ma bande dessinée →