« Rejoignez Æther Infrastructures, la première IA Gigafactory qui tente d’être en carbone négatif […] » Fin janvier 2026, Alain Wilmouth, président-directeur général de 2CRSi, avait glissé cet appel en réponse à un post LinkedIn de Julie Galland. L’intéressée évoquait la mobilisation du CEA – dont elle est directrice de la recherche technologique – pour la conception de datacenters « plus sobres en énergie ». Æther Infrastructures existait alors depuis juin 2025, mais évoluait encore essentiellement sous les radars.
Le consortium allait être mis en lumière mi-février 2026 lors du sommet Choose France. Pour son compte, 2CRSi avait annoncé l’ouverture d’une « négociation exclusive » destinée à acquérir un site industriel dans le Grand Est. Ce site « pourrait progressivement évoluer d’une puissance électrique initiale de 40 MW à un maximum de 300 MW », nous affirmait-on.
Il allait s’inscrire dans une « feuille de route plus large visant à structurer, à terme, un réseau de sites interconnectés, notamment en Allemagne et au Luxembourg ». Il était question – sans échéance calendaire officielle – d’installer des serveurs à « plus de 130 kW par baie » et d’y intégrer « les prochaines générations de processeurs » (on nous citait Vera Rubin et AMD Instinct). Tout en facilitant l’accès « bare metal » aux « acteurs technologiques européens émergents, telles que [sic] SiPearl, Axelera, Vsora ou encore Vates ».
2CRSi se disait à la fois initiateur industriel et coordinateur technique du projet. Cotée en Bourse, la PME alsacienne conceptrice et fabricante de serveurs avait pris soin de préciser qu'une structure distincte, « regroupant des partenaires spécialisés » assurerait le portage financier, immobilier et énergétique. Il n'y aurait ainsi pas d'impact sur son bilan...
La composition et le calendrier d'Æther se précisent Il y a encore quelques semaines, on promettait, chez 2CRSi, un démarrage « dès fin 2026 ». Désormais, on parle de 2027. Mais aussi de deux sites, dans la région de Strasbourg.
Le premier (FR-SXB1) a déjà les installations et les autorisations administratives requises. Une acquisition définitive est visée pour fin octobre 2026 au plus tard. Le deuxième (SXB-2) devrait démarrer « quelques mois plus tard, sous réserve d'une finalisation de l'acquisition définitive du site avant la fin décembre 2026 ».
L'objectif final a été relevé à plus de 400 MW. Les démarches sont portées par une SAS au capital de 1 M€ créée en avril 2026 : Æther Infrastructures. Basée à Sarreguemines (Moselle), elle a pour président... la holding d'Alain Wilmouth.
Dans ce contexte, le consortium Æther s'officialise candidat au futur appel d'offres de la Commission européenne sur les AI Gigafactories. En parallèle, il détaille sa composition. On recense 13 membres fondateurs.
Dans l'ordre alphabétique : 2CRSi Axelera AI (Pays-Bas ; puces accélératrices) Dassault Systèmes Demathieu Bard (entreprise de la construction ; siège social en Moselle) Électricité de Strasbourg Equans (énergie et services ; groupe Bouygues) Haffner Energy (carburants renouvelables ; siège social dans la Marne) Nhood (opérateur prestataire en immobilier mixte ; siège social dans le Nord) OUTSCALE (filiale cloud de Dassault Systèmes) Projex (conseil et ingénierie en bâtiment ; siège social dans le Nord) SiPearl (processeurs ; siège social dans les Yvelines) Socomec (équipements électriques ; siège social dans le Bas-Rhin) Viridien (services géoscientifiques ; siège social dans l'Essonne) Quoique non membres d'Æther, AMD et NVIDIA figurent sur ce schéma que communique Demathieu Bard. Déjà plus de 6 mois de retard pour l'appel d'offres SiPearl, évoqué à Choose France, est donc bien de la partie. Au contraire de VSORA, qui a rallié un consortium concurrent : AION.
Celui-ci, structuré il y a environ un an, fédère une trentaine d'organisations. Il estime que son projet d'AI Gigafactory pourrait nécessiter 10 milliards d'euros d'investissements. Il cible une première tranche de l'ordre de 100 MW.
Sans préciser, en l'état, où cette capacité sera implantée. La Commission européenne a promis 20 Md€ de financements pour 5 projets d'AI Gigafactories. Dont environ 8 Md€ de subventions publiques, à 50-50 entre l'UE et les États membres qui accueilleront ces infrastructures.
Son AMI, clos en juin 2025, avait engendré près de 80 expression d'intérêt, pour 60 sites dans 16 pays. Il était alors question de lancer l'appel d'offres au 4e trimestre 2025. Cela n'a toujours pas été fait.
Désormais, l'AO est prévu « dans le courant de l'été ». En toile de fond, semble-t-il, des doutes sur la disponibilité effective des subventions. Seuls deux projets pourraient en recevoir une au titre du budget de l'UE pour 2021-2027.
Les autres pourraient devoir attendre le prochain cadre financier pluriannuel (2028-2034). La situation aurait eu un certain effet dissuasif : il ne resterait plus qu'une dizaine de consortiums en lice. Illustration générée par IA