Contre la spéculation, une solution oubliée Depuis quelques années, l’inflation a fait son retour, alimentée par une succession de crises : pandémie, guerre en Ukraine, fermeture du détroit d’Ormuz. Face à la flambée des prix, la « science économique » explique que les embrasements répondent aux lois du marché — lequel ne se trompe jamais… Il fut un temps, toutefois, où les pouvoirs publics n’hésitaient pas à faire usage d’un extincteur très efficace.

Il y a toujours des dents en or à arracher sur un champ de bataille. Et pour éviter d’être surpris les deux mains dans la bouche du cadavre, le plus sûr reste encore d’enfiler un uniforme de brancardier. M. Patrick Pouyanné le sait bien. Une flambée des prix des carburants ?

Le patron de TotalEnergies décrète leur plafonnement dans les 3 300 stations-service du groupe. « Ce sont des décisions fortes, généreuses, solidaires », explique-t-il à Sud Ouest (5 mai 2026). Leurs coûts seront compensés par l’« engouement populaire ».

Mais, en réalité, à travers ce blocage du prix du litre d’essence et de gazole, la multinationale poursuit un double objectif. D’une part, désamorcer les accusations de « profits de guerre » qui la visent régulièrement : chaque rupture des chaînes d’approvisionnement se traduit par des marges colossales dégagées par les compagnies pétrolières qui en tirent avantage, pour augmenter encore plus leurs prix ; au début de la guerre en Ukraine, en 2022, elles étaient parvenues à tripler leurs profits par rapport à la moyenne des années précédentes, alors que partout dans le monde le pouvoir d’achat décrochait ; c’est une loi d’airain, une inflation spéculative aggrave l’inflation conjoncturelle. D’autre part, prévenir la taxation de ces superprofits par les pouvoirs publics.

« En cas de surtaxe sur nos raffineries [là où TotalEnergies réalise l’essentiel de ses marges], nous ne pourrons pas maintenir le plafonnement dans nos stations en France », menace M. Pouyanné dans le même entretien à Sud Ouest. Le 3 avril dernier, les ministres des finances autrichien, allemand, portugais, italien et espagnol réclamaient à la Commission européenne la création d’une taxe à l’échelle communautaire sur les bénéfices exceptionnels des entreprises énergétiques en temps de guerre. Une initiative ignorée par le gouvernement français, qui néanmoins « ne s’interdit rien », a assuré sa porte-parole (…) En cliquant sur « S’inscrire », je reconnais avoir pris connaissance de la politique de confidentialité du Monde diplomatique et des droits dont je dispose sur mes données personnelles.