Des réservoirs de stockage sur le champ pétrolier d’Airankol, exploité par Caspiy Neft, dans la région d’Atyraou, au Kazakhstan, le 20 avril 2026. PHOTO PAVEL MIKHEYEV/REUTERS Les anciennes RSS d’Asie Centrale. COURRIER INTERNATIONAL La guerre en Ukraine se lit désormais à la pompe.

À Bichkek, la capitale kirghize, des automobilistes cherchent de l’IA-95 et de l’IA-98. À Tachkent, Uzbekistan Airways réduit certains vols sur plusieurs liaisons entre l’Ouzbékistan et la Russie en raison de “la pénurie et de la hausse des prix du kérosène”, rapporte Daryo.uz. Au Kazakhstan, les conducteurs russes traversent les frontières pour remplir leur réservoir. “Voilà pourquoi nous sommes venus au Kazakhstan.

Juste pour faire le plein”, racontent certains sur les réseaux sociaux, cités par Current Time, chaîne russophone de Radio Free Europe/Radio Liberty. Ce n’est pas une simple crise d’approvisionnement, mais un effet domino. Ou, comme le résume l’expert kazakh Oljas Baïdildinov, cité par Bes.media : “La Russie est une grande batterie externe pour l’Asie centrale.” “Le moindre problème se traduit par des pertes économiques pour les voisins”, renchérit le service russophone de la BBC.

À lire aussi : Guerre. La Russie confrontée à une “crise de l’essence” Ajouter aux favoris La chaîne britannique remonte jusqu’à l’attaque du 24 juin contre l’usine de traitement de gaz d’Orenbourg, située dans le sud de la Russie, dans l’Oural, l’un des plus grands complexes gaziers et chimiques du monde. Cette usine traite également le gaz brut du gisement kazakh de Karachaganak.

Quand Orenbourg réduit ses volumes, Karachaganak doit ralentir à son tour, car gaz, pétrole et condensat y sont extraits ensemble. La production quotidienne de pétrole et de condensat a ainsi chuté d’environ un quart, passant “d’environ 34 000 à 25 000 tonnes par jour”. Un plein deux fois moins cher qu’en Russie C’est le cœur de la fragilité régionale. “Le vrai problème pour le Kazakhstan, c’est qu’il dépend toujours d’abord de l’exportation de pétrole”, observe l’expert en sécurité énergétique John Roberts auprès de la BBC Russie.

Or une grande partie de ce pétrole sort par la Russie, via le port de Novorossiïsk, sur la mer Noire, déjà visé par des drones ukrainiens, ou par des routes que Moscou peut fermer, comme l’oléoduc Droujba, qui achemine le pétrole kazakh vers l’Allemagne. Plus au sud, la dépendance est encore plus directe. Le Kirghizistan achète à la Russie plus de 90 % de son essence et de son diesel. “Les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes peuvent laisser le pays sans essence”, alerte Kloop, média kirghiz indépendant critique du pouvoir.

Le recours à la Chine paraît possible, mais “l’essence chinoise coûtera plus cher”. Comme l’annonce l’agence de presse kazakhe Kazinfom, “Astana examine la demande officielle du Kirghizistan pour des livraisons d’essence”. Bichkek, qui craint une pénurie, a sollicité plusieurs pays pour acheter du carburant, dont la Russie, le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Azerbaïdjan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan, relève Bloomberg.

L’agence américaine y voit un signe que la pénurie russe “commence à faire tache d’huile en Asie centrale”. L’Ouzbékistan voit ses prix de l’AI-92 grimper de 11,8 % depuis début juin, tandis que le Kazakhstan durcit ses contrôles aux frontières pour éviter l’aspiration du carburant vers l’étranger. À lire aussi : Guerre.

Les drones ukrainiens déclenchent une tempête sur le marché russe du carburant Ajouter aux favoris En deux jours, au moins 61 tentatives de sortie illégale de carburant ont été déjouées, ce qui représente environ 4 000 litres de carburant, rapporte Kazakhstan Today le 4 juillet, “et 593 depuis janvier”, soit en tout plus de 40 000 litres de carburant. Officiellement, les stocks kazakhs couvriraient le marché intérieur, mais l’écart de prix avec Moscou nourrit déjà le trafic. D’après Vot Tak, média indépendant russophone, un litre d’AI-95 coûte autour de 298 à 314 tenges à Aktioubé ou Kostanaï, soit environ 0,56 à 0,59 euro.

En Russie, selon l’agence de statistiques Rosstat, le même carburant atteint en moyenne 74 roubles (0,85 euro) le litre, voire dépasse parfois les 100 roubles (1,15 euro). Autrement dit, faire son plein au Kazakhstan peut revenir presque deux fois moins cher qu’en Russie. “Panique autour de l’essence” “Autour de nous, ça ne parle que d’essence”, confie Dmitri, habitant de Tcheliabinsk, grande ville russe de l’Oural, parti quelques jours plus tôt à Kostanaï, dans le nord du Kazakhstan, dans les pages de Vot Tak. Il dit avoir voulu “se reposer de la panique” autour de l’essence et faire le plein “tranquillement”.

Derrière ces trajets individuels, les experts redoutent surtout “un tourisme énergétique”. “Si la contrebande s’intensifie, avec des frontières aussi vastes, cela peut évidemment avoir des conséquences”, prévient Oljas Baïdildinov, cité par Bes.media. À lire aussi : Analyse. L’Asie centrale, nouveau carrefour énergétique face au blocus du détroit d’Ormuz Ajouter aux favoris L’économiste kazakh Anouar Nourtazine, interrogé par Aktobe Times, y voit seulement les “premiers effets” d’une crise qui pourrait s’aggraver “d’ici la fin de l’automne” si les frappes ukrainiennes se poursuivent.

Si le diesel manque, ce qui entraînera une hausse du prix des produits agricoles, et rendra les récoltes plus coûteuses en Russie, observe Bes.media, le Kazakhstan pourrait en importer les coûts avec ses produits alimentaires et ses matières premières. Aruzhan Yeraliyeva Kazakhstan Kirghizistan Europe Russie Asie Pétrole Sur le même sujet Article réservé aux abonnésEntretien. Giovanni Pigni, journaliste indépendant : “En Russie, il y a une forme d’apathie et de résignation” Écouter l’article Ajouter aux favoris Article réservé aux abonnésRussie.

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