Le président américain, Donald Trump, lors d’une conférence de presse à l’occasion du dernier sommet de l’Otan, à La Haye (Pays-Bas), le 25 juin 2025. Photo BRENDAN SMIALOWSKI/AFP SOURCES : OTAN, UNION EUROPÉENNE. Fondée en 1949, au début de la guerre froide, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) est une alliance militaire intergouvernementale qui repose sur le principe de la défense mutuelle collective.

Elle est actuellement constituée de 29 États européens, de la Turquie ainsi que du Canada et des États-Unis, son principal contributeur. D’où vient le concept d’“Otan 3.0” ? L’“Otan 3.0” désigne une nouvelle phase dans l’existence de l’Alliance, les deux premières ayant été celle de la guerre froide, puis de l’après-guerre froide.

Cette appellation a été employée dès 2010 par Anders Fogh Rasmussen, son secrétaire général (2009-2014). Jugeant “faible” le risque d’une attaque militaire majeure contre l’Otan, Rasmussen énumérait alors de nouvelles menaces “plus difficiles à détecter”, du terrorisme aux cyberattaques. Radio Free Europe/Radio Liberty relevait aussi le fait que le nouveau concept stratégique forgé par l’Otan à l’époque correspondait à “la première fois dans l’histoire de l’Alliance que la Russie n’était pas considérée comme une menace”.

Mais l’idée d’une “Otan 3.0” est revenue au premier plan plus récemment, avec une autre signification, sous la pression de Washington. Pourquoi l’“Otan 3.0” revient-elle au goût du jour ? Dès son premier mandat, Donald Trump a multiplié les critiques et les menaces contre l’Otan, estimant que le fardeau de la sécurité de l’Europe pesait d’une manière disproportionnée sur les États-Unis, principal contributeur de l’Alliance.

Exigeant des alliés qu’ils augmentent leurs dépenses militaires, faisant planer la menace d’un désengagement, le président a mis à l’épreuve les principes mêmes de l’Otan, notamment lors de la crise du Groenland. C’est dans ces conditions que l’idée d’une “Otan 3.0” a refait surface, portée par le sous-secrétaire à la Défense américain, Elbridge Colby. Comme le rapportait Politico, ce dernier l’a défendue en février, soulignant que les États-Unis attendaient des Européens “un partenariat, et non une dépendance”, et que la priorité de Washington allait désormais à son propre territoire, à l’hémisphère occidental et à l’Indo-Pacifique.

Le 18 juin, le ministre de la Défense, Pete Hegseth, a annoncé un réexamen de la présence américaine sur le sol européen s’inscrivant dans la logique de l’“Otan 3.0”. Il s’agit, a-t-il dit dans des propos rapportés par la BBC, de “veiller à ce que l’Otan évolue rapidement et de manière irréversible vers un leadership [de l’Europe]” pour assurer sa sécurité. Pourquoi le sommet d’Ankara s’annonce-t-il crucial ?

Face à l’instabilité géopolitique et à la nouvelle stratégie de défense américaine, la question de la construction d’un “pilier européen” de l’Otan s’est imposée aux alliés. Ces derniers se sont engagés à accroître leurs dépenses militaires et le secrétaire général, Mark Rutte, a repris l’appellation “Otan 3.0” à son compte, note Türkiye Today, veillant “à ce qu’elle reste à l’ordre du jour” avec le sommet d’Ankara en ligne de mire. Mais les tensions avec les États-Unis restent vives, Donald Trump reprochant aux alliés européens de ne pas l’avoir soutenu dans sa guerre contre l’Iran.

Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, cité par Reuters, a affirmé au début de juin que ce sommet 2026 serait “probablement la réunion la plus importante de l’histoire de l’Otan”, certains points devant être “clarifiés et réglés” entre Washington et les autres membres de l’Alliance. Pour Defence24, le sommet d’Ankara, où le soutien à l’Ukraine occupera aussi une place centrale, pourrait être un “tournant” permettant à l’“Otan 3.0” d’être “officiellement entérinée sur le plan politique”. “Les alliés européens et le Canada sont appelés à jouer un rôle de premier plan dans la dissuasion conventionnelle et la défense du continent, tandis que les États-Unis assureraient principalement le parapluie nucléaire et fourniraient des capacités clés”, selon le média polonais. Maxime Bourdier Moyen-Orient Europe États-Unis Politique de défense Amériques Sur le même sujet États-Unis.

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