Le contentieux territorial entre le Koweït et l’Irak ravivé par la guerre en Iran Une reprise progressive de la circulation dans le détroit d’Ormuz devrait soulager les pays consommateurs d’hydrocarbures, mais laissera une région lézardée par les rivalités. Celle qui voit s’opposer l’Irak, l’Iran et le Koweït à propos de la délimitation de leurs eaux territoriales respectives revêt un caractère d’autant plus explosif qu’elle détermine l’accès à certains gisements pétro-gaziers. Quelques jours avant le déclenchement par Washington et Tel-Aviv de la guerre contre l’Iran, fin février dernier, le gouvernement irakien faisait connaître ses revendications sur les eaux du golfe Arabo-Persique en déposant une liste de coordonnées géographiques auprès du secrétaire général des Nations unies.
Le geste soulevait sans délai une vague de protestations, notamment de la part de l’ensemble des États membres du Conseil de coopération du golfe : Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman, Qatar. La question de l’accès de l’Irak à ces eaux convoitées a traversé le dernier siècle. Mais elle prend une dimension nouvelle dans un contexte régional très dégradé — d’autant que l’Iran est également concerné.
À l’origine de ce conflit se trouve un problème classique de géopolitique : la volonté irakienne de sortir d’un quasi-enclavement. En 1914, le Royaume-Uni établit un protectorat sur le Koweït afin d’empêcher l’Empire ottoman ainsi que son allié allemand de disposer d’un port en eau profonde à l’extrémité occidentale du Golfe, et d’être en mesure de menacer la route des Indes. L’Irak, qui a obtenu son indépendance du Royaume-Uni en 1932, se retrouvait avec une ouverture sur la mer très réduite — 60 kilomètres en comptant le Khor Abdallah — et une côte vaseuse, privé de port en eau profonde.
Bagdad dispose certes sur sa frontière avec l’Iran du port de Bassora, à 100 kilomètres de la mer, sur le Chatt Al-Arab, fleuve formé par la confluence du Tigre et de l’Euphrate, dont les eaux sont partagées avec l’Iran. L’accord d’Alger de juin 1975 a toutefois fixé la frontière sur la ligne médiane du fleuve. Afin de bénéficier d’un débouché moins vulnérable, l’Irak a également développé le port d’Oum Qasr, situé sur un bras de mer partagé avec le Koweït, derrière l’île de Boubiane.
Bagdad n’a pourtant jamais vraiment accepté cette situation : après la révolution des « Officiers libres » de 1958, il revendique sa souveraineté sur l’émirat voisin, et (…) En cliquant sur « S’inscrire », je reconnais avoir pris connaissance de la politique de confidentialité du Monde diplomatique et des droits dont je dispose sur mes données personnelles.