Chez les fournisseurs de solutions autonomes de gestion du SaaS, l’Europe suscite les convoitises. Le dernier Magic Quadrant dédié à ce se dénote la tendance. Ils sont, selon Gartner, beaucoup à avoir adapté leurs stratégies de mise sur le marché à cette plaque géographique.

Et la « spécialisation » va continuer à s’accroître dans un horizon de 12 à 18 mois. En toile de fond, notamment, les réglementations – DORA, NIS 2, CRA, TIBER-EU… – qui impliquent visibilité et analyse de risque sur les patrimoines applicatifs. Sous 12 à 18 mois devraient aussi apparaître davantage d’offres managées.

Peu de fournisseurs en ont pour le moment. L’opportunité semble grande face au manque de compétences. Encore faut-il que les acheteurs ne soient pas réticents à « ajouter un autre outil ».

Gartner avait déjà pointé ce phénomène l’an dernier : les solutions dédiées à la gestion du SaaS n’apparaissent pas comme un choix évident face au SAM (gestion des actifs logiciels). On leur substitue parfois aussi des solutions de sécurité (SSE, CASB, SSPM) capables d’identifier le trafic vers les SaaS. Dans tous les cas, le marché reste peu mature.

La stabilité de la plupart des fournisseurs restant incertaine, on préférera ne pas contractualiser sur plus de 2 ans. Trois « acteurs de niche » devenus « leaders » D’une année à l’autre, les critères fonctionnels à satisfaire pour figurer au Magic Quadrant de la gestion du SaaS ont peu évolué. Il s’agissait toujours, entre autres, de permettre la découverte des usages via au moins trois méthodes parmi : Extensions de navigateur Agents Systèmes de gestion financière ou des dépenses SSO/IdP OAuth Outils de gestion des terminaux Messageries électroniques Connexions API directes Une option a été ajoutée à la liste : les outils de sécurité, au sens large (SIEM, EDR, SASE…).

Il fallait sinon toujours assurer un minimum d’orchestration de workflows sans code pour l’automatisation de tâches courantes (onboarding employé, redistribution des licences…), permettre la gestion des dépenses sur au moins 20 SaaS et proposer un système de délégation de responsabilité aux métiers. Lire aussi : DevSecOps : la « plate-forme », une notion relative Les intégrations ITSM sont demeurées facultatives. Comme les catalogues et les formulaires de demandes d’applications, le scoring de risque, la gouvernance des identités et l’extensibilité par API.

Les 5 fournisseurs classés « leaders » l’an dernier le sont restés. Nommément, BetterCloud, Flexera, Torii, Zluri et Zylo. Ils sont rejoints par un ex-«challenger» (1Password) et trois ex-«acteurs de niche» (Calero, CloudEagle.ai, ServiceNow).

16 fournisseurs… dont 2 français Dans la structure du Magic Quadrant, les « challengers » sont des fournisseurs plus avancés sur l’axe dit « exécution » que sur celui dit « vision ». Le premier traduit la capacité à répondre à la demande (expérience client, tarification, qualité des produits/services…). Le second reflète les stratégies (modèle économique, innovation, déploiement géographique…).

La situation sur l’axe « exécution » : Rang Fournisseur Évolution annuelle 1 Torii + 1 2 Zylo – 1 3 Flexera = 4 ServiceNow + 4 5 1Password + 1 6 BetterCloud – 2 7 Zluri – 2 8 CloudEagle.ai + 2 9 Calero = 10 Josys + 4 11 Axonius + 2 12 Auvik – 1 13 USU – 1 14 Corma + 1 15 Matrix42 + 1 16 Avanoo nouvel entrant Sur l’axe « vision » : Rang Fournisseur Évolution annuelle 1 Zylo = 2 Torii = 3 Flexera + 1 4 BetterCloud – 1 5 CloudEagle.ai + 4 6 Calero + 1 7 1Password + 1 8 Zluri – 3 9 Axonius + 4 10 ServiceNow = 11 Josys + 1 12 Matrix42 – 1 13 Corma + 3 14 USU + 1 15 Auvik – 1 16 Avanoo nouvel entrant 11 des 16 fournisseurs classés sont nord-américains (9 basés aux États-Unis, 2 au Canada). Les 5 autres sont tous « acteurs de niche ». Parmi eux, un japonais (Josys), deux allemands (Matrix42, USU)… et deux français.

D’une part, Avanoo, nouvel entrant dans le Magic Quadrant de la gestion du SaaS. De l’autre, Corma, qui avait fait son entrée l’an dernier. 1Password, fonctionnellement exhaustif...

Né en 2005, 1Password a lancé son offre de gestion du SaaS en 2021. Gartner en apprécie les capacités de découverte des usages, alimentées par un écosystème d'intégrations exhaustif. Il la juge également efficace sur l'optimisation des dépenses et le suivi de l'usage de l'IA.

Ainsi que l'automatisation sans code. Bons points aussi pour le catalogue d'applications et la gestion des contrats/portefeuilles. 1Password se distingue par ailleurs sur la cadence des mises à jour fonctionnelles.

Il est de ceux qui ont accéléré sur la région EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique), via l'augmentation de ses effectifs sur place. ... mais pas sur l'IA Malgré un volume de production de contenus en hausse et des partenariats de sponsoring, 1Password manque encore de notoriété sur ce marché. Il utilise moins l'IA/ML que ses concurrents, ce qui accroît l'effort nécessaire pour exploiter sa solution. Celle-ci, note Gartner, n'est vendue comme autonome que depuis peu (elle était auparavant distribuée dans le cadre d'une plate-forme de gestion unifiée des accès).

La transition, en cours, peut poser des difficultés d'alignement sur les besoins, estime le cabinet américain. Lire aussi : iPaaS : la différence se fait désormais sur les exigences non fonctionnelles BetterCloud : l'expérience d'un « ancien »... Né en 2011, BetterCloud a lancé son offre de gestion du Saas en 2016.

Relativement « ancien » par rapport à la moyenne du marché, il sait d'autant mieux appréhender les besoins. Son acquisition par CoreStack (mars 2026) ouvre des perspectives dans le cadre d'un nouvel ensemble en bonne santé financière et disposant d'une clientèle diversifiée (objectif : fournir un « OS de gouvernance agentique »...). Contrairement à 1Password, BetterCloud ne manque pas de notoriété sur ce segment, entre sa conférence annuelle, son rapport State of SaaS et plus globalement son volume de production de contenus. ... qui reste toutefois centré sur les États-Unis L'activité de BetterCloud reste centrée sur les USA.

Outre l'absence d'options de résidence des données, le support est aligné sur cette plaque géographique (9 heures - 20 heures EST du lundi au vendredi ; chatbot le reste du temps). Quant à la tarification, elle reste « relativement élevée » par rapport à la concurrence. Et sur la gestion des dépenses, les capacités de suivi de la facturation à l'usage sont « légères » (pas de contrôle de la consommation de tokens, en particulier).

Calero et son approche englobante... Né en 1995, Calero a lancé son offre de gestion du SaaS en 2021. Son historique lui a permis de développer des présences régionales adaptées doublées d'un grand réseau de partenaires.

Il a aussi l'avantage d'une approche qui englobe SaaS, télécoms et mobilité, déployée auprès des grandes entreprises avec un focus sur la gestion financière (contrôle des renouvellements, automatisation des opérations, gouvernance de portefeuille...). ... qui dilue l'aspect gestion du SaaS L'approche globale de Calero a pour revers de « diluer » la communication sur la partie SaaS : peu de retours clients et peu de cas d'étude spécifiques. Comme chez 1Password, l'usage de l'IA/ML est moins développé que la moyenne. Et le sentiment client s'avère parfois négatif sur l'implémentation comme sur le support.

Lire aussi : Bases de données cloud : l'abondance de l'offre devient un défi CloudEagle.ai, avancé sur l'automatisation agentique... Né en 2021, CloudEagle.ai a lancé son offre de gestion du SaaS la même année. Lui utilise au contraire l'IA de manière exhaustive, de la comparaison de prix à la gouvernance.

Il donne aussi dans l'automatisation agentique (onboarding employé, récupération de licences, renouvellements...).Et propose un suivi financier « robuste » de son usage (facturation à l'usage / au token). Gartner salue aussi sa cadence de release et l'adéquation de sa roadmap avec le besoin client. ... mais lui aussi peu développé au-delà des USA Même s'il a accru son effectif, CloudEagle.ai reste un « petit » acteur sur ce marché. Sa notoriété demeure plus globalement limitée.

Et son activité reste centrée sur les USA. Au-delà des options d'hébergement et des labels de conformité, elle est peu adaptée aux autres régions géographiques. Maturité et présence globale pour Flexera...

Né en 1987, Flexera a lancé son offre de gestion du SaaS en 2016. Son ancienneté est synonyme de présence mondiale, appuyée par un écosystème de partenaires mature et un hébergement Azure flexible. Elle s'assortit d'une grande notoriété, renforcée par divers rapports souvent repris, comme State of the Cloud.

Autres éléments distinctifs : les multiples méthodes de découverte de l'usage du SaaS (qui permet la couverture de patrimoines logiciels complexes) et le niveau d'intégration avec les solutions ITAM/SAM. ... mais support de qualité inégale En plus d'un support de qualité inégale, le paramétrage de la solution et des intégrations peut se révéler compliqué. Quantité de connecteurs sont en lecture seule et certaines gammes d'outils ne sont que partiellement couvertes (observabilité, sécurité, gestion des terminaux). Par rapport aux autres fournisseurs classés dans le Magic Quadrant, les fonctionnalités IA « avancées » (comprendre l'agentique) sont limitées.

ServiceNow a su localiser ses activités... Né en 2004, ServiceNow a lancé son offre de gestion du SaaS en 2019. Le périmètre d'activité de ServiceNow garantit un grand réseau de partenaires, des équipes et des contenus localisés et une variété de certifications.

Des workflows agentiques sont venus enrichir des aspects tels que la récupération de licences (en complément aux intégrations CMDB) et la gouvernance des coûts. Gartner recense aussi des améliorations sur la gestion du risque fournisseur et sur la scalabilité. ... mais pas accélérer son delivery La solution de gestion du SaaS s'avère plus intéressante pour qui exploite le reste de la plate-forme ServiceNow. Dans tous les cas, cela n'enlève pas la complexité d'implémentation et de prise en main.

Vigilance aussi sur la cadence de livraison de fonctionnalités : 2 fois par an (ou 4 fois sur la gestion des licences), sous la moyenne du marché. Torii, profond sur l'analyse des usages... Né en 2017, Torii a lancé son offre de gestion du SaaS la même année.

Au contraire de ServiceNow, il se distingue positivement sur la cadence de livraison, en plus d'une feuille de route bien alignée sur les besoins. Gartner apprécie aussi la profondeur de l'analyse d'usage du SaaS et le niveau d'automatisation de la gestion des licences. Ainsi que l'exploitation de la GenAI pour fluidifier la découverte d'applications et l'enrichissement de leurs profils. ... mais cher sur son plus haut niveau d'offre Sur le plus haut niveau d'offre (Enterprise), les prix publics sont au-dessus de la moyenne du marché.

Torii ne propose en outre pas d'option de résidence des données hors des États-Unis. Son delivery centralisé sur place susceptible de limiter sa compétitivité dans le reste du monde, souligne Gartner : il peut être difficile d'obtenir du support localisé. Zluri salué sur l'orchestration...

Né en 2020, Zluri a lancé son offre de gestion du SaaS la même année. Au-delà de sa cadence de livraison rapide, il se distingue sur le niveau d'automatisation et d'orchestration sans code, à renfort d'une couche data orientée identités. Gartner salue les possibilités offertes en matière de gestion du shadow AI. ... moins sur la gestion financière Zluri n'a pas de présence directe en région EMEA, ainsi qu'en Asie si on excepte l'Inde.

Comme BetterCloud, il n'est pas le plus avancé sur la gestion financière. La gestion du SaaS a plus globalement perdu du poids dans sa communication, en conséquence d'un recentrage sur la gouvernance des identités. Support « exceptionnel » chez Zylo...

Né en 2016, Zylo a lancé son offre de gestion du SaaS la même année. Gartner salue la qualité « exceptionnelle » de son support et les réussites affichées en matière de gestion des coûts (beaucoup de cas clients disponibles). Il apprécie aussi la diffusion de l'IA au sein de l'offre, du serveur MCP à l'assistant Clarity AI pour optimiser les dépenses et gérer les renouvellements.

Autres bons points : sa bibliothèque propriétaire d'applications SaaS et sa capacité à cibler différents profils d'acheteurs. ... mais attention au modèle de delivery Zylo est de ceux qui ne proposent pas de résidence des données hors des USA. Tout son effectif est sur place (pas de présence internationale en direct, donc). Attention aussi au modèle de livraison axée sur la valeur : il peut impliquer, pour le client, une augmentation d'effectif à mesure que le patrimoine SaaS s'étend.

Illustration générée par IA