Conflits vous emmène à la découverte de six îles qui pèsent sur le destin du monde, bien au-delà de leur taille. De la Baltique à la mer de Chine, de l’Atlantique à l’océan Indien, une même leçon : la géographie commande. Une île peut valoir une alliance, une guerre, un empire.

Voici pourquoi. Il y a des points sur la carte dont l’importance n’a aucun rapport avec la superficie. Un caillou de la Baltique peut faire trembler une alliance de trente nations.

Un atoll de l’océan Indien peut commander le destin militaire d’un continent. Une île de la mer de Chine peut tenir entre ses mains la prospérité de l’humanité entière. La géographie, que les périodes de paix font oublier, finit toujours par rappeler sa loi : ce qui compte, ce n’est pas ce qu’un territoire contient, mais l’endroit où il se trouve.

Les îles incarnent cette vérité mieux que tout autre lieu. Parce qu’elles sont des positions isolées, identifiables, souvent verrouillant un détroit, une mer ou une route, elles concentrent les convoitises et révèlent, à l’état pur, la logique de la puissance. Les empires l’ont toujours su : qui tient l’île tient la mer, et qui tient la mer tient le commerce, les flottes et, parfois, le monde.

Ce qui compte, ce n’est pas ce qu’un territoire contient, mais l’endroit où il se trouve. À l’heure où la guerre est revenue sur le continent européen, où la rivalité sino-américaine structure le siècle et où des puissances moyennes se taillent des empires maritimes discrets, cette grammaire insulaire de la stratégie n’a rien perdu de son actualité. Elle l’a même retrouvée.

C’est pourquoi nous avons choisi, pour cette série d’été, de raconter six îles qui, chacune à sa manière, changent le monde. Nous commencerons par Gotland, sentinelle suédoise au centre de la Baltique, devenue l’un des points les plus sensibles de la confrontation entre l’OTAN et Moscou. Nous gagnerons ensuite l’océan Indien avec Diego Garcia, base américaine majeure dont les habitants furent expulsés, et dont la souveraineté vient de basculer dans un troublant marché entre Londres et Port-Louis.

Puis Socotra, joyau naturel yéménite que les Émirats arabes unis conquièrent en silence, à la croisée de deux mers. Cap ensuite sur l’Atlantique avec les Açores, escale stratégique des forces occidentales depuis 1943, de nouveau courtisée par les grandes puissances. Nous rejoindrons enfin la mer de Chine avec Taïwan, l’île-monde où se cristallisent les semi-conducteurs, la dissuasion et l’avenir de l’ordre international.

Et nous refermerons la série en Méditerranée avec Chypre, dernière capitale divisée du monde, dont la fracture ouverte en 1974 illustre une géographie qui sépare au lieu d’unir. Six îles, six leçons de géographie stratégique. Six manières de comprendre que, sur l’échiquier des nations, la place que l’on occupe compte souvent davantage que la force que l’on possède.

Bonne lecture, et bel été. Premier épisode : Gotland, l’île qui fait trembler l’OTAN.