Études / Observatoire géopolitique du numérique et des technologies émergentes 30 juin 2026 Souveraineté européenne des paiements (2026-2035). De la dépendance structurelle à la construction d’une doctrine des paiements européenne Souveraineté européenne des paiements (2026-2035). De la dépendance structurelle à la construction d’une doctrine des paiements européenne 2 min. de lecture Citer Partager Imprimeren PDF Ajouter aux favoris Camille Boulenguer Chercheuse à l’IRIS, directrice de l’Observatoire géopolitique du numérique et des technologies émergentes Sami Nakib Assistant de recherche à l’IRIS « Les paiements constituent une infrastructure critique du fonctionnement économique dont la continuité conditionne la fluidité des échanges commerciaux et financiers mondiaux.

Ils représentent à ce titre un point de vulnérabilité structurelle pour les économies qui en dépendent. Cette fragilité est aujourd’hui exacerbée par un double phénomène : D’une part, le marché des paiements de détail par carte se caractérise par une forte concentration autour de deux acteurs états-uniens, Visa et MasterCard, qui représentent 90 % des paiements transfrontaliers en Europe et près de 72 % de ceux de la zone euro. Cette concentration confère à ces acteurs une position duopolistique, exposant en conséquence l’économie européenne à un risque de dépendance critique.

Toute coupure, contrainte technique ou mesure coercitive unilatérale (notamment à caractère extraterritorial) affectant ces réseaux serait susceptible d’entraîner des répercussions immédiates et significatives sur l’ensemble des flux économiques européens. D’autre part, la numérisation massive de l’économie a profondément reconfiguré les chaînes de valeur, au prix d’une dépendance accrue de l’Union européenne (UE) à des infrastructures extra-européennes. Les fonctions essentielles de systèmes de paiement (cloud, interface de programmation – ou API -, dispositifs anti-fraudes, solution d’identité numérique) reposent désormais sur des acteurs numériques majoritairement états-uniens.

À cet égard, près de 70 % du marché européen du cloud est détenu par trois hyperscalers états-uniens (AWS, Microsoft et Google), contre seulement 15 % pour l’ensemble de leurs équivalents européens. À moindre échelle, la Chine déploie également des centres de données en Europe. Ces implantations s’inscrivent dans un cadre juridique permettant aux autorités chinoises d’exiger l’accès aux données y compris lorsqu’elles sont hébergées à l’étranger ou détenues par des entreprises soumises à leur juridiction.

Dans ce contexte, la double concentration, tant sur les paiements de détail par carte, que sur les systèmes numériques associés, conduit à placer des fonctions critiques du système financier européen sous dépendance d’infrastructures soumises à des législations extraterritoriales étrangères. L’évolution récente de l’environnement géopolitique renforce ces enjeux de dépendance qui deviennent de potentiels leviers de pression ou de déstabilisation. La nouvelle administration états-unienne a en effet ravivé la perspective d’un usage agressif de la puissance technologique contre l’UE, y compris la possibilité d’« un switch numérique » capable d’affecter massivement le fonctionnement des infrastructures européennes.

L’UE doit désormais intégrer un risque crédible de rupture, volontaire ou accidentelle, de chaînes technologiques essentielles susceptibles d’affecter directement la continuité de ses fonctions économiques et régaliennes… » Équilibres internationaux et mondialisation Europe