Le commissaire européen au Commerce Maros Sefcovic (à droite) a rencontré à Bruxelles son homologue chinois Wang Wentao le 29 juin 2026. PHOTOS PEDRO PARDO, ANNABELLE GORDON/AFP Ce n’est plus un trou, c’est un gouffre : à hauteur de 360 milliards d’euros en 2025, le déficit commercial de l’UE avec la Chine ne cesse de se creuser. Résultat, “les tensions commerciales [entre les deux blocs] continuent de s’intensifier”, remarque le quotidien singapourien Lianhe Zaobao, très lu par les cercles dirigeants chinois.
C’est pourquoi “les deux parties ont fixé une date butoir en octobre prochain pour tenter de résoudre leurs profonds différends commerciaux”. À lire aussi : Automobile. Près de 100 000 emplois supprimés chez Volkswagen, un plan de licenciements historique Ajouter aux favoris C’est le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, qui a fait cette révélation à l’issue d’une rencontre à Bruxelles, lundi 29 juin, avec son homologue chinois Wang Wentao.
Pour autant, le responsable slovaque se veut réaliste : “Tout ne sera pas résolu, tout ne sera pas corrigé, mais nous pensons que, d’ici octobre, nos équipes ont suffisamment de temps pour obtenir des résultats concrets.” Cette initiative, détaille l’agence financière américaine Bloomberg, s’inscrit “dans le cadre des efforts renouvelés de l’Europe pour lutter contre les pratiques commerciales chinoises, que les dirigeants jugent néfastes pour l’économie du continent”. Pour Bruxelles, ce déficit commercial croissant est dû en effet à l’afflux de produits chinois subventionnés sur le marché européen. Insoutenable statu quo Cité par le Lianhe Zaobao, Maros Sefcovic souligne que ce déséquilibre commercial est “insoutenable et que le maintien du statu quo n’est en aucun cas une option viable”.
D’où l’idée, validée durant cette rencontre à Bruxelles, de “créer une plateforme commune pour surveiller les flux commerciaux et identifier toute augmentation soudaine”. Selon Bloomberg, les responsables européens devraient aussi examiner les contrôles chinois à l’exportation, qui ont restreint l’accès de l’Europe aux approvisionnements essentiels. À lire aussi : Économie.
Pièce à pièce, le yuan s’installe dans les échanges internationaux Ajouter aux favoris “Cette initiative témoigne de la volonté de l’Europe de lutter contre les pratiques commerciales déloyales”, confirme le Lianhe Zaobao, qui tempère : “Toutefois, l’UE est confrontée à un dilemme : toute mesure punitive contre Pékin entraînerait inévitablement des représailles, compromettant l’accès des entreprises européennes au marché chinois.” À Pékin, justement, l’agence Xinhua détaille les quatre domaines sur lesquels va porter la concertation euro-chinoise des trois prochains mois : la balance commerciale et l’équilibre des investissements, le contrôle des exportations, les droits de propriété intellectuelle et la réforme de l’OMC. Mais en Chine, des voix critiquent la position européenne, à l’instar de la page d’informations internationales Yingma kan Shijie, hébergée sur la plateforme 163.com. Si l’article se félicite de la création d’“un canal régulier de communication” facilitant la médiation en cas de différends commerciaux, il dénonce une certaine “contradiction européenne” : “Alors même que les deux parties négociaient [lundi 29 juin] pour apaiser les tensions, Ursula von der Leyen a pris des mesures drastiques, mettant en œuvre une série de nouvelles politiques commerciales ciblées et une multitude de mesures restrictives.” “Point de gel” L’article fait référence à deux nouvelles réglementations qui doivent entrer en vigueur ce mercredi 1er juillet.
D’une part, l’UE double ses droits de douane sur les importations d’acier, qui vont être portés à 50 %, et réduit de près de moitié les quotas d’importation exonérés de droits de douane – ce qui vise surtout l’acier chinois. À lire aussi : Économie. En Chine, “le désir de consommer a chuté à un niveau historiquement bas” Ajouter aux favoris D’autre part, elle supprime l’exemption de droits de douane pour les marchandises d’une valeur inférieure à 150 euros, imposant des droits de douane sur tous les produits importés de faible valeur – une mesure “visant à limiter les exportations chinoises du commerce électronique transfrontalier vers l’UE”.
Pour Yingma kan Shijie, la balle est dans le camp de Bruxelles : “La possibilité de mettre fin aux frictions commerciales entre la Chine et l’UE dépendra en fin de compte de la volonté de l’UE de défendre les principes fondamentaux du libre-échange.” De son côté, le média Yuyuan Tantian, affilié à la très officielle Télévision centrale de Chine (CCTV), a publié un article sur la plateforme Weibo pour avertir que si l’UE transformait ces négociations en “une simple posture”, Pékin serait “parfaitement prête à assumer un point de gel de ses relations économiques et commerciales avec l’Europe”. La fenêtre de négociation jusqu’en octobre s’annonce donc particulièrement étroite. Daniel Bastard Europe Chine Asie Nos lecteurs ont lu aussi Une du jour.
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