Ce n’est pas au contribuable d’assumer les coûts de raccordement et de renforcements de réseau nécessaires à l’installation de datacenters. Telle est l’opinion de la Région Île-de-France. Elle désapprouve le mécanisme de financement actuel, fondé pour « une part significative » sur le TURPE (Tarif d’utilisation du réseau public d’électricité).
Cela « renchérit le coût de l’électricité pour tous et ne peut que freiner l’électrification des usages », estime-t-elle. Et d’inciter les opérateurs de datacenters à prendre en charge l’ensemble des frais en question. Le souhait d’un intéressement fiscal pour les collectivités Sur les 322 datacenters nationaux recensés à fin 2024, l’Île-de-France en accueillait 44 %, pour 65 à 70 % de la puissance installée.
C’est dans ce contexte qu’elle a élaboré une stratégie pour encadrer les nouvelles implantations. Parmi les perspectives, ouvrir une réflexion nationale autour d’un intéressement fiscal pour les régions et collectivités d’implantation. La Région entend plus globalement leur permettre de peser face à l’État, dont le rôle dans l’instruction et la priorisation des projets se renforce avec les évolutions du cadre législatif applicable aux infrastructures numériques.
En première ligne, la loi de simplification de la vie économique, adoptée en mai. Elle introduit la possibilité de qualifier certains datacenters comme projets d’intérêt national majeur. Ce qui permet d’accélérer les procédures d’instruction.
Un appel à prioriser la « valeur ajoutée territoriale » Aux collectivités locales, la Région promet aussi une aide à la négociation de contreparties - tout en « [évitant] les approches fragmentées ou concurrentielles entre territoires ». Dans cet esprit, elle prône une priorisation « fondée sur la valeur ajoutée territoriale ». Entre autres critères envisagés : retombées économiques et emploi, adéquation aux ressources disponibles, valorisation de la chaleur fatale... et compatibilité avec le schéma directeur environnemental de la Région (SDRIF-E).
Ce dernier fut adopté en septembre 2024 et approuvé définitivement en juin 2025 par décret en Conseil d'État. Il établit des principes directeurs pour les nouvelles implantations de datacenters. Celles-ci doivent, en particulier, se faire prioritairement dans les sites d'activité économiques existants.
En règle générale, pas d'extension urbaine... sauf en l'absence d'alternatives au sein d'espaces déjà urbanisés, « notamment sur des fonciers complexes, en reconversion ou issus de friches ». La stratégie constitue un levier de déclinaison opérationnelle des principes directeurs du SDRIF-E. Elle est aussi censée garantir une cohérence avec les autres documents de planification régionale.
Dont le SRDEII (schéma régional de développement économique, d'innovation et d'internationalisation) et le PRACC (plan régional d'adaptation au changement climatique). Raccordements : « premier prêt, premier servi » plutôt que « premier arrivé, premier servi » Au-delà des principes établis, la Région se dit favorable à une évolution des règles de priorisation des raccordements. RTE a lancé une consultation à ce sujet début 2026.
Aujourd'hui, on est sur une logique « premier arrivé, premier servi ». Le gestionnaire du réseau de transport d'électricité veut passer à du « premier prêt, premier servi ». L'Île-de-France soutient cette ambition, pour « limiter la patrimonialisation des capacités de raccordement, la saturation artificielle des files d'attente et l'allongement des délais pour les projets effectivement prêts à être déployés ».
Il s'agit plus globalement d'encourager une planification compatible avec les capacités du réseau électrique. Objectif : préserver les possibilités de raccordement futur pour « des projets industriels, des équipements publics essentiels et des infrastructures de mobilité ». En toile de fond, également, la « double pression foncière » que peuvent engendrer les datacenters mal localisés vis-à-vis du réseau électrique.
Les besoins de renforcements (création ou extension d'un poste source, nouvelles liaisons) mobilisent effectivement à leur tour du foncier. Un groupement public pour la mutualisation d'infrastructures La Région dit aussi vouloir renforcer son soutien aux briques technologiques de la chaîne de valeur. Elle mentionne l'attribution, fin 2024, d'une aide de 3 M€ dans le cadre de l'appel à projets « Grands lieux d'innovation ».
Le bénéficiaire : « Open AI Infrastructure Factory », qu'Eclairion déploie dans l'Essonne pour Mistral AI. Plus récemment (juin 2026), il y a eu la signature d'un partenariat avec VSORA (puces), ZML (logiciels) et Scaleway (hébergement). Autre référence sur ce sujet : le GIPC (Groupement d'infogérance publique communautaire).
La Région et Val-d'Oise Numérique sont membres fondateurs de cette structure sans capital ni but lucratif qui favorise la mutualisation d'infrastructures IT entre acteurs publics. L'Inserm et l'ARS Île-de-France font partie des adhérents. Début 2026, la Région a rejoint le réseau international Regions4, qui rassemble des collectivités d'une vingtaine de pays autour de la lutte contre le changement climatique.
Elle a engagé des discussions avec « des métropoles et régions internationales, notamment Melbourne et Phoenix », en vue d'une coalition sur les datacenters durables. Illustration générée par IA