C’était pressenti, c’est désormais officiel : la Commission européenne veut soumettre AWS et Azure au DMA. On en est au stade de l’avis préliminaire. Amazon et Microsoft peuvent donc exercer leurs droits de défense.
Si leurs clouds respectifs ont jusque-là échappé à la désignation en tant que « services de plate-forme essentiels », c’est qu’ils n’atteignaient pas l’un des seuils quantitatifs définis dans le DMA. En l’occurrence, au moins 45 millions d’utilisateurs finaux actifs par mois établis ou situés dans l’UE. Lire aussi : Claude Platform on AWS, une intégration commerciale… en attendant Azure Le règlement autorise cependant la Commission à mener une enquête de marché pour déterminer si un service qui n’atteint pas ce seuil constitue tout de même un « point d’accès majeur permettant aux entreprises utilisatrices d’atteindre leurs utilisateurs finaux ».
Si tel est le cas, elle peut le désigner comme service de plate-forme essentiel sous deux autres conditions. D’une part, que l’entreprise qui le propose ait un « poids important » sur le marché européen. Soit par son chiffre d’affaires (au moins 7,5 Md€ sur les trois derniers exercices), soit par sa capitalisation boursière ou sa juste valeur marchande équivalente (au moins 75 Md€).
De l’autre, qu’elle jouisse d’une « position solide et durable », au sens où elle aurait atteint les deux seuils de poids sur chacun de ses trois derniers exercices. Une enquête DMA lancée fin 2025… chiffres à l’appui La Commission européenne avait ouvert des enquêtes sur AWS et Azure en novembre 2025. Les grandes lignes de son raisonnement étaient tracées.
En ce qui concerne le poids sur le marché intérieur, elle avait souligné que la juste valeur marchande d’AWS dépassait les 75 Md€, sachant que la capitalisation boursière du groupe Amazon avoisinait les 2700 Md$. Même réflexion pour Azure, Microsoft valant alors près de 4 Md$. Sur le fondement de données Statista, la Commission avait rappelé qu'AWS détenait 29 % du marché mondial du cloud d'infrastructure.
Et qu'Azure en captait 20 %. Pour le marché européen, elle avait mobilisé, entre autres, des chiffres de l'Autorité de la concurrence française et de son homologue britannique, repris les uns et les autres par l'OCDE. Parmi eux : 46 % de part de marché pour AWS en France en 2021, contre 17 % pour Azure.
AWS, indispensable ? Les pannes en témoignent Pour AWS comme Azure, Bruxelles avait pointé des effets d'échelle : les coûts de développement et de maintenance des services apparaissaient peu dépendant du nombre d'utilisateurs, en plus de pouvoir être reportés sur d'autres services, y compris non cloud. Autre point commun : une structure conglomérale et un degré d'intégration verticale permettant des subventionnements croisés.
La Commission évoquait aussi les effets de verrouillage, renforcés par l'écosystème de logiciels et services tiers. Une remarque fut spécifique à AWS : l'échelle et la magnitude des pannes confirme que ses services sont indispensables aux entreprises pour atteindre leurs clients. Quand à Azure, il bénéficie, à travers Windows et Office 365, d'effets de réseau indirects et d'avantages en matière de collectes de données.
Les outils et partenariats IA ont pesé dans la balance La Commission n'a pas encore publié son avis préliminaire. L'annonce qu'elle en fait liste néanmoins quelques arguments qui ont motivé sa décision. Lire aussi : AWS lance S3 Files et rapproche stockage objet et système de fichiers Au-delà du chiffre d'affaires important et des effets de verrouillage, elle évoque des capacités opérationnelles et des investissements qui « semblent avoir largement dépassé » ceux des concurrents.
Elle mentionne aussi des « bases d'utilisateurs vastes et bien établies ». Tout en affirmant que le portefeuille d'outils et de partenariats dans le domaine de l'IA est devenu un « facteur décisif » dans la passation de marchés. Illustration générée par IA