Le laboratoire américain d'intelligence artificielle s'attache l'expertise du dirigeant d'Orange pour adapter ses produits aux marchés européens et africains. Anthropic, le laboratoire américain à l'origine du modèle d'intelligence artificielle Claude, vient de franchir une nouvelle étape dans sa stratégie d'expansion sur le Vieux Continent. L'entreprise a recruté Steve Jarrett, directeur de l'intelligence artificielle d'Orange depuis 2019, pour piloter l'adaptation de ses produits aux marchés européens et africains.
Le dirigeant américain rejoindra officiellement le créateur de Claude le 25 août prochain et sera basé à Paris. Un recrutement stratégique pour l’Europe et l’Afrique Steve Jarrett sera chargé, dans un premier temps, d’adapter les produits d’Anthropic aux marchés européens et africains. Cette mission s’inscrit dans un contexte où les modèles d’intelligence artificielle doivent répondre à des réalités économiques, culturelles et linguistiques très diverses.
La connaissance du terrain et des attentes spécifiques des grands comptes européens et africains devient ainsi un avantage concurrentiel décisif pour les laboratoires internationaux. L'annonce de ce recrutement intervient quelques semaines après l'ouverture en mai 2026 du sixième bureau européen d'Anthropic, à Milan, et alors que la société prévoit de tripler ses effectifs internationaux avant son introduction en Bourse. Anthropic confirme ainsi sa volonté de renforcer sa présence sur le continent européen, en s'appuyant sur des profils capables de transformer des technologies prometteuses en valeur économique mesurable.
Chez Orange, Steve Jarrett n’a pas seulement supervisé des projets d’intelligence artificielle, mais a conduit une transformation industrielle à grande échelle. Les initiatives Data et IA du groupe ont généré plus de 300 millions d’euros de valeur en 2025, avec un objectif de 600 millions d’euros de gains annuels à l’horizon 2028. Plus de 90% des 130 000 collaborateurs du groupe utilisent désormais les outils internes d’intelligence artificielle.
Le périmètre de Steve Jarrett chez Orange dépassait largement les seuls modèles de langage. Il pilotait la stratégie Data & AI, les partenariats technologiques avec OpenAI, Google et Amazon, les migrations vers le cloud, les projets de souveraineté numérique ainsi que les programmes de formation. Orange revendique le développement des premiers modèles vocaux capables de reconnaître avec précision plusieurs langues africaines, notamment le wolof, le swahili, le bambara ou le lingala, afin d’améliorer l’accès aux services numériques.
L’opérateur met également en avant la première solution européenne d’agents souverains reposant sur LangChain, la construction d’un jumeau numérique du réseau avec Amazon, une relation directe avec OpenAI, l’une des plus importantes migrations de données d’un opérateur télécom vers Google Cloud Platform ainsi qu’un partenariat avec Coursera pour former gratuitement plusieurs milliers d’Africains aux métiers de la donnée et de l’intelligence artificielle. Paris, nouveau centre de décision pour l’IA américaine Le choix de Paris pour installer Steve Jarrett n’est pas anodin. La capitale française s’impose progressivement comme un point d’ancrage pour les laboratoires américains.
Elle concentre à la fois des centres de recherche de premier plan, un écosystème dense de startups, de grands groupes engagés dans leur transformation numérique et un vivier de dirigeants ayant déjà conduit des déploiements industriels de l’IA. Paris n’est plus seulement un réservoir d’ingénieurs et devient un centre de décision pour les stratégies européennes des acteurs américains. Depuis trois ans, la compétition portait principalement sur les chercheurs en intelligence artificielle, les ingénieurs spécialisés dans les modèles fondamentaux ou les experts des infrastructures de calcul.
Une nouvelle catégorie de profils devient désormais stratégique : les dirigeants capables de transformer des technologies prometteuses en valeur économique mesurable. Une évolution de la stratégie internationale d’Anthropic Longtemps, les grands laboratoires américains ont développé leurs modèles aux Etats-Unis avant d’en assurer la commercialisation depuis quelques bureaux européens. Cette logique atteint aujourd’hui ses limites : les entreprises européennes attendent davantage qu’un simple accès aux modèles les plus performants, et demandent des garanties sur la gouvernance des données, la conformité au règlement européen sur l’intelligence artificielle, l’intégration avec leurs systèmes d’information et la maîtrise des risques.
Pour Anthropic, la conquête de l’Europe ne dépend plus uniquement de la qualité de Claude, mais également de sa capacité à comprendre les réalités opérationnelles des entreprises européennes, mission désormais confiée à Steve Jarrett.