4 24juin2026 Le mois de juin est le mois des fiertés. C’est l’occasion de diverses mobilisations en faveur des droits des personnes LGBTQIA+, son symbole est le drapeau arc-en-ciel. Avec cet arc-en-ciel qui nous saute aux yeux, il a été difficile de résister à la tentation d’en évoquer les couleurs.
Et, évidemment, ça donne aussi un excellent prétexte pour expliquer en quoi l’informatique a libéré les couleurs. Sommaire Le mois des fiertés, pourquoi ? Un arc-en-ciel, mais avec combien de couleurs ?
Les nuanciers : comment l’informatique a libéré les couleurs Pantone et Adobe Une collection de nuanciers Des couleurs codées et libérées Ressources, idées supplémentaires et mot de la fin Rapide bibliographie pour prolonger le voyage dans les couleurs Pour créer vos propres palettes pour LibreOffice et GIMP et Inkscape Des idées de dépêches sur le mois des fiertés Le mot de la fin Le mois des fiertés, pourquoi ? Pas récent du tout, le mois des fiertés a été instauré en 1969 à la suite des émeutes de Stonewall à New-York consécutives à une descente de la police dans un bar gay de la ville et son cortège de violences policières et d’arrestations. L’actualité fait qu’il est toujours essentiel de rappeler les droits des personnes LGBT, quelques exemples : aux USA, l’Iowa a révoqué les règles de protection des personnes transgenres en 2025.
Toujours aux USA, les personnes transgenres sont exclues de l’armée. Au Ghana, le Parlement vient de voter une loi visant à criminaliser l’existence des personnes LGBT. En France, le nombre de crimes et délits anti-LGBT est en forte hausse, une violence très marquée politiquement à droite.
Et cela va de pair avec des attentats masculinistes susceptibles d’être perpétrés par une population d’hommes de plus en plus jeunes et dangereux et qui inquiète la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Il n’est même pas nécessaire que les faits soient exacts où qu’il y ait une violence physique, une rumeur peut faire des dégâts. Il paraît utile de rappeler que l’homosexualité par exemple n’est pas contre-nature, ainsi nos amis les manchots peuvent être homosexuels et même être de bons pères de famille.
Quel est le rapport avec LinuxFR.org, outre le fait qu’il s’agit de droits humains fondamentaux qui concernent la vie privée. Travailler dans la sphère informatique n’empêche nullement de se préoccuper de ces questions. On peut citer Mary Ann Horton, qui a, notamment, été pionnière en matière de politique d’égalité d’emploi des personnes transgenres, elle a aussi participé au développement de l’éditeur de texte vi et travaillé sur UNIX et Internet.
On peut aussi rappeler Lynn Conway (1938 – 2024) qui a, entre autres, travaillé pour le DARPA (agence américaine de la Défense chargée de projets de recherche militaires) dans le domaine de l’intelligence artificielle et militera aussi pour les droits des personnes transgenres. Un arc-en-ciel, mais avec combien de couleurs ? Les couleurs du drapeau de mois des fiertés sont celles de l’arc-en-ciel, ça réunit les couleurs de tous les drapeaux des différents pays.
Il faut savoir, cependant, que l’arc-en-ciel est présent dans d’autres drapeaux. Ce sont ainsi les couleurs du drapeau de la paix, du drapeau bouddhiste ou encore du drapeau des peuples andins, le Wiphala. Comme on peut le voir sur le bandeau qui orne cette dépêche, le nombre de couleurs du drapeau des fiertés n’est pas figé.
Il en existe plusieurs variantes (EN), on trouve même sur OpenClipart une version avec les références hexadécimales des couleurs (EN). Ce qui nous mène à la question du nombre de couleurs de l’arc-en-ciel. La réponse n’est pas sept, enfin, pas vraiment.
L’arc-en-ciel apparaît quand le soleil éclaire des zones de pluie, à l’opposé du soleil. Cet évènement météorologique a intéressé, intrigué les êtres humains depuis la nuit des temps et de nombreuses civilisations l’ont relié à des symboles, divins ou autres. Pour Isaac Newton (1642 – 1727), l’arc-en-ciel compte sept couleurs : rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo et violet.
Mais : Quand il décrit les couleurs qui apparaissent, Newton n’en distingue souvent que cinq (pas l'indigo ou le violet, pas l'orange et l'indigo). Quand il ordonne les couleurs, il en nomme sept. (Bernard Maitte, Histoire de l’arc-en-ciel) Et si, continue Bernard Maitte, le poète Dante Alighieri (entre 1265 et 1267 – 1321) et le philosophe italien Marsile Ficin (1433 – 1499) voyaient aussi sept couleurs, mais différentes, dans l’arc-en-ciel, ce n’était pas le cas d’Aristote (384 – 322 AEC), des Arabes, dont notamment le mathématicien Alhazen (vers 965 – vers 1039) auteur d’un traité d’optique, du moine Vitellion (1230 – vers 175) lui aussi auteur d’un traité d’optique, de l’astronome allemand Johannes Kepler (1571 – 1630) ou du grand rival de Newton, Robert Hooke (1635 – 1703). Il est plus que probable que ces sept couleurs auxquelles s’accrochait Newton sans les distinguer étaient plus liées à des raisons qui n’avaient rien à voir avec la physique : suivre les sept notes de la notation musicale par exemple.
Par ailleurs, le nombre sept, dans la tradition judéo-chrétienne est lié à nombre de symboliques : les sept jours de la création, les sept péchés capitaux, les sept vertus théologales et cardinales, les sept paroles du Christ en croix, etc. Sans oublier les sept jours de la semaine, on comprendra aisément pourquoi Newton a choisi de parer son arc-en-ciel de sept couleurs. On peut imaginer que s’il avait, dans un monde parallèle, lu les Annales du Disque monde de Terry Pratchett, il aurait décrété que l’arc-en-ciel comportait en fait huit couleurs, la huitième étant l’octarine qui pourrait être une « une sorte de jaune-pourpre verdâtre fluorescent » ou une « une nuance particulière de rose-violet électrique ». En hexadécimal, ce serait la couleur #CCDD00, en rgb 204, 221, 0 et 8 %, 0 %, 100 %, 13 % en CMJN.
En définitive, il y en a combien ? Selon les cultures, le nombre de couleurs varie : cinq chez les Japonais par exemple. En fait, un arc-en-ciel n’est pas composé de rayures bien nettes mais d’un dégradé du rouge au violet, donc on peut dire une seule couleur si on veut.
La vision et l’interprétation du nombre de couleurs peut ainsi dépendre de plusieurs facteurs et notamment celle de la qualité de la perception des couleurs des personnes qui regardent un arc-en-ciel. Les nuanciers : comment l’informatique a libéré les couleurs Dans son Traité des couleurs et vernis de 1773, M. Mauclerc, qui se disait marchand épicier, explique (j’ai volontairement gardé les graphies d’origine) : D’abord l’Homme a eu des Couleurs telles quelles, par l’expression des plantes puis précise que : la Chimie les a perfectionnées & rendu plus nombreuses. Et ajoute en note : Le tournefol, l’indigo font bleu ; le faffran, la gaude, la graine d’avignon font jaune, le fang-dragon, la cochenille, l’aucus, la garance, l’orfeille font rouge.
L’on tire encore de la teinture, des bois tels que du terra-merita, du bois de fernanbouc, du bois d’Inde. Dès qu’on sort des couleurs « brutes » (et même avec d’ailleurs) il devient nécessaire de pouvoir maîtriser les mélanges afin d’être sûr d’obtenir les mêmes nuances avec le même type de mélange. C’est d’ailleurs suite à des plaintes de clients de la Manufacture des Gobelins sur la qualité de la teinture des laines que le chimiste Michel-Eugène Chevreul (1786 – 1889) se penchera sur les couleurs.
Il en ressortira, entre autres, des cercles chromatiques et une recherche sur « Un moyen de définir et de nommer les couleurs d’après une méthode précise et expérimentale », titre d’un exposé qu’il prononcera en 1861 devant l’Académie des sciences de l’Institut de France. Pantone et Adobe Les nuanciers sont un moyen de définir et de nommer les couleurs. Il en a existé, il en existe de multiples, sous des formes matérielles diverses.
Le plus connu est probablement le nuancier Pantone qui contient quelque chose comme un millier de nuances de couleurs et fait autorité sur la question et c’est, évidemment, un nuancier propriétaire. Il est principalement utilisé en imprimerie et dans le secteur du graphisme. L’une des raisons de sa popularité parmi les graphistes c’est le partenariat noué avec Adobe.
Les références Pantone étaient donc dans les logiciels Adobe : Indesign, Illustrator, Photoshop. Et puis arrive le jour de la rupture contractuelle entre les deux partenaires. En 2023, Pantone disparaît des produits Adobe.
Nicolas Taffin, co-fondateur des éditions C&F, raconte au micro de France Inter que du jour au lendemain, les utilisateurs et utilisatrices des logiciels Adobe se sont retrouvés avec des fichiers qui avaient perdu leurs couleurs. Tous les fichiers créés avec des versions plus anciennes des logiciels Adobe étaient couverts de pavés noirs en lieu et place des « vieilles » couleurs aux références Pantone. Une collection de nuanciers Les nuanciers peuvent être utilisés de diverses façons, quelques exemples.
Vendre des produits comme le nuancier de fils à tricoter de la filature Bergère de France. Le nuancier avec ses échantillons de fil à tricoter permet de voir et de toucher les laines pour les choisir plus facilement. Les noms des couleurs figurent à côté des échantillons.
Signaler les références des couleurs appliquées sur les surfaces qui vont accueillir les peintures pour pouvoir effectuer un choix définitif. Les affichettes sur ce bâtiment parisien indiquent la teinte de la peinture selon le nuancier Baumit. Pour la petite histoire, celle avec un point vert est la nuance retenue.
Pour les céramistes, savoir comment rendra un oxyde après cuisson selon la terre utilisée. Nuancier en grès de la céramiste Michèle Fischer, les rayures avec les notations « étain », « K 470 » ou encore « K 470 + étain » indiquent l’oxyde ou la combinaison d’oxydes utilisées. Des couleurs codées et libérées La gestion des couleurs en informatique peut se faire de plusieurs façons, et aucune n’est liée à une entreprise commerciale ce qui fait qu’elles sont utilisables universellement, si le matériel les supporte.
Pour commencer : le numéro de code hexadécimal utilisé pour les sites HTML. Il est composé d’une série de six lettres et chiffres. Si KcolorChooser fonctionne correctement, le rouge du premier drapeau des fiertés en haut de la page a comme numéro de code #e40303.
Au début du web, il n’y avait qu’un nombre très limité de couleurs auquel on pouvait se fier, elles ont un nom : navy, lime, etc. Il n’était pas sûr que les logiciels puissent gérer correctement les autres nuances. Depuis cette quinzaine de couleurs, incluant le blanc (#FFFFFF) et le noir (#000000) ont gardé leurs noms. Les couleurs RVB, pour rouge-vert-bleu ou RGB en version anglaise est un système de codage basé sur trois couleurs primaires qui sont donc le rouge, le vert et le bleu.
C’est le système de couleurs des écrans d’ordinateurs, d’ordiphones ou de tablette. On peut écrire le code de répartition des trois couleurs primaires sous la forme de pourcentage, mais le plus souvent sous cette forme : 225–3–3 qui est le rouge #e40303. Cette façon de coder les couleurs a des limites, notamment le RVB ne gère pas les couleurs plus saturées et le fait que, selon les écrans, l’affichage peut avoir des rendus différents.
Le système TSL (HSL en anglais) pour teinte-saturation-luminosité, c’est : un modèle colorimétrique perceptuel car il se rapproche fortement de la perception physiologique de la couleur par l’œil humain. Dans ce système, les couleurs sont toujours caractérisées par trois dimensions mais qui ont une signification tout autre que dans le modèle RVB, puisqu’elles représentent ici la teinte, la saturation et la luminosité (…). La teinte qui correspond à la perception de la couleur est mesurée sur une échelle circulaire (cercle de chromaticité de Newton) par un angle de 0° à 360°.
La saturation mesure le degré de pureté d’une couleur, c’est-à-dire la quantité de gris ajoutée à la couleur. Elle est représentée par le rayon d’une section circulaire du cône et varie de 1 (couleur pure ou saturée) à 0 (niveau de gris correspondant). La luminosité représente le degré d’éclaircissement ou d’assombrissement d’une couleur.
Elle est définie selon une échelle linéaire allant de 0 (noir) à 1 (blanc) en passant par tous les niveaux de gris. (Cours Université de Paris). Et enfin, le modèle de couleurs quadrichromique CMJN pour Cyan (bleu), Magenta, Jaune, Noir qui est celui utilisé en imprimerie offset. La répartition des couleurs primaires est indiquée sous forme de pourcentage de la couleur dans les 100 % de la nuance.
Et si vous voulez vous amuser à calculer vous trouverez même un convertisseur qui vous donne les formules. Ressources, idées supplémentaires et mot de la fin Rapide bibliographie pour prolonger le voyage dans les couleurs Histoire de l’arc-en-ciel de Bernard Maitte, Seuil, 2005, dont je me suis beaucoup servi (même si ça ne se voit pas) pour cette dépêche, il existe en version papier ou EPUB mais avec des très mauvaises manières, on peut l’emprunter en version numérique à la BnF avec un pass Culture, une liste de noms de couleurs sur Wikipédia et son portail des couleurs, les Cercles chromatiques de M. E. Chevreul, reproduits au moyen de la chromocalcographie, gravure et impression en taille douce combinées par R.-H.
Digeon, 1855, téléchargeable en PDF texte-image, article en anglais sur Mauclerc de Sarah Lowengard tiré d’un ouvrage plus vaste sur la création des couleurs dans l’Europe du 18ᵉ siècle, en savoir plus sur les oxydes en céramique, explorer le monde des pigments qui colorent nos vies, un générateur de palettes de couleurs, un site espagnol plutôt complet et bien traduit. Pour créer vos propres palettes pour LibreOffice et GIMP et Inkscape Les fichiers de palette de LibreOffice sont des.soc, celle de Gimp et Inkscape sont des.gpl. Les deux types de fichiers se glissent dans le dossier palette de l’application.
Krita a un autre format de palette. Un tutoriel sur les palettes de couleur, Des palettes pour LibreOffice (EN), PaletteMaker, une extension pour créer facilement des palettes dans LibreOffice Des idées de dépêches sur le mois des fiertés Si vous voulez vous aussi écrire une dépêche sur le mois des fiertés en lien avec les thématiques de LinuxFR.org, ces quelques suggestions, de Benoît Sibaud pour commencer : Microsoft Pride (EN) dépôt github, dépôt github Refuge Restrooms (EN) qui recense et cartographie les lieux de refuge pour personnes LGBT, Gay Alternatives (EN), Celebrating Pride: LGBTQ+ Open Source Projects and Programs We Love (EN) Cela pourrait être soit des projets très ciblés, soit des projets non spécialement ciblés mais affichant clairement un soutien, soit des événements, un char de libristes, soit… Krunch quant à lui pense qu’il y a du potentiel pour écrire des articles sur des informaticien·ne·s/libristes queer célèbres comme : Mary Ann Horton, Jon Hall, Lynn Conway ou Sophie Wilson.
Le mot de la fin Cette dépêche n’aurait sans doute pas existé si la lecture du livre de Bernard Maitte n’avait pas été suggérée dans un commentaire. Mais je laisse à la chanteuse américain Dolly Parton le mot de la fin en vous souhaitant un été plein d’arc-en-ciel : Si tu veux l’arc-en-ciel, tu dois supporter la pluie. Aller plus loin Inégalités femmes-hommes LGBTQIA+ : Pourquoi Oxfam célèbre le Mois des Fiertés / Pride Month ? (3 clics)