“Humains uniquement, zéro bot, et européen” : W, le réseau social open source, ouvre ses portesLes trois présidences des institutions européennes ont rejoint W le jour de son lancement Par Aymeric Geoffre-Rouland Publié le 18/06/26 à 15h13 Nos réseaux : Suivez-nous Ajoutez nous à vos favoris Google Commenter 4 © W Social, Les Numériques - Ursula von der Leyen publie son premier message sur W, le jour du lancement de la bêta publique, le 17 juin 2026. La startup suédoise W Social AB a mis sa plateforme en accès libre hier, cinq mois après le lancement du réseau social européen W à Davos.Le réseau, accessible sur wsocial.eu, repose sur un triptyque qui le distingue de la quasi-totalité de ses concurrents : hébergement des données dans l'Union européenne, conformité native au Digital Services Act, et vérification obligatoire de chaque inscrit.Pour créer un compte, il faut scanner un passeport ou une carte d'identité via une application dédiée, W Identity, qui traite la vérification localement sur l'appareil. Aucune donnée biométrique ne remonte vers les serveurs.
L'inscrit peut ensuite publier sous son nom réel ou sous pseudonyme, mais sa qualité d'humain vérifié reste visible.W impose la vérification d'identité à chaque inscription, mais promet que les données personnelles restent sur l'appareil.© W SocialLe nom W est un clin d'oeil évidemment assumé à X, la lettre suivante dans l'alphabet, et la CEO Anna Zeiter (ex-vice-présidente d'eBay International, docteure en liberté d'expression) ne s'en cache pas. Une plateforme sur laquelle les données sont entièrement hébergées en Europe, la lutte contre la désinformation est une priorité, et les utilisateurs sont tous des humains vérifiés.L'AT Protocol, ou la souveraineté par l'architectureLe choix technique le plus structurant de W est aussi le moins commenté. La plateforme repose sur l'AT Protocol, le même socle ouvert et décentralisé que Bluesky.
Concrètement, un compte W peut interagir avec des comptes Bluesky, et réciproquement. Les publications ne sont pas enfermées dans un silo propriétaire. Et surtout, un internaute mécontent peut migrer ses données, ses abonnés et son historique vers une autre instance du protocole sans tout perdre.Cartographie des voix publiques européennes sur les réseaux sociaux, réalisée par W à partir de 10 000 profils.
En France, 558 personnalités restent actives exclusivement sur X.© W SocialC'est une rupture philosophique avec le modèle des plateformes américaines, où la captivité de l'audience constitue le principal actif économique. En adoptant un protocole ouvert, W renonce volontairement à cet avantage concurrentiel et fait de la portabilité des données un argument de souveraineté.Les institutions européennes ont choisi leur campLe signal politique envoyé dès les premières heures est inédit : Antonio Costa (Conseil européen), Ursula von der Leyen (Commission) et Roberta Metsola (Parlement européen) ont tous trois publié sur W le jour du lancement. Von der Leyen a résumé la proposition en cinq points : “Ergonomique, protocole AT open source, respect de la vie privée, humains uniquement, et européen” .
Quand les trois présidences des institutions européennes rejoignent une plateforme privée le jour de son ouverture, le geste dépasse la curiosité technologique.Le fil d'actualité de W au lendemain du lancement, avec, notamment, les publications d'Audrey Tang, Roberta Metsola et Ingmar Rentzhog, cofondateur de la plateforme.© W SocialAutre ralliement de poids : l'OCCRP (Organized Crime and Corruption Reporting Project), réseau mondial de journalisme d'investigation, a annoncé un partenariat stratégique avec W pour lutter contre la désinformation et l'érosion de la vie privée sur les grandes plateformes.50 000 inscrits contre 259 millionsLe rapport de force reste vertigineux : 259 millions d'inscrits Facebook/Instagram dans l'UE, 135,9 millions sur TikTok, 115,1 millions sur X. W en revendiquait 50 000 en liste d'attente. Le contexte politique joue toutefois en sa faveur : 56 eurodéputés ont récemment adressé une lettre ouverte à Ursula von der Leyen pour demander un soutien actif aux alternatives européennes à X, et les projets se multiplient sur le continent (eYou, Eurosky, Bulle, Monnett, etc.).Précision nécessaire : malgré les rumeurs, la startup ne bénéficie d'aucun financement public.
Elle est détenue par des investisseurs privés nordiques, dont We Don't Have Time (25 %).Reste une question de fond : la vérification d'identité obligatoire, fût-elle traitée localement, pose un problème démocratique légitime sur le droit au pseudonymat. Des millions de dissidents, lanceurs d'alerte et activistes en dépendent, eux aussi. Suivez toute l'actualité des Numériques sur Google Actualités et sur la chaîne WhatsApp des Numériques Envie de faire encore plus d'économies ?
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