Le long d’une autoroute, à Téhéran, une carte de l’Iran avec des photos de personnes tuées pendant les quelque quatre mois de guerre, le 17 juin 2026. Photo ATTA KENARE/AFP “L’opinion générale qui s’est imposée est que les États-Unis et Israël ont perdu”, écrit un chercheur spécialiste du Levant à Foreign Policy, après l’annonce d’un accord-cadre entre les États-Unis et l’Iran visant à mettre fin à la guerre qui a embrasé le Moyen-Orient pendant près de quatre mois. Oui, ni Washington ni Tel-Aviv “n’ont atteint les objectifs politiques invoqués pour justifier la guerre”.

L’un s’est “retrouvé embourbé dans un conflit coûteux”, et l’autre “n’est pas parvenu à éliminer la menace iranienne dans l’ordre régional d’après-guerre”. Pour les pays du Golfe, la guerre a “concrétisé certaines de leurs plus grandes craintes”, tandis que le régime iranien, lui, a, non seulement “survécu” mais s’est “endurci”. À lire aussi : Opinion.

Le président Trump a perdu la guerre en Iran : l’éditorial du “New York Times” Ajouter aux favoris Cependant “se focaliser sur les pertes américaines et israéliennes occulte le fait que presque tous les belligérants ont perdu”. Non, cette guerre “n’a pas engendré de vainqueur incontestable ni un ordre régional plus stable”, soutient Foreign Policy. Au contraire, “elle a accéléré la fragmentation, exacerbé l’insécurité et imposé des coûts à toutes les puissances régionales”.

Et peut-être même ouvert une “nouvelle ère de désordre mondial”. “Une victoire à la Pyrrhus” pour Téhéran “Il n’y a pas de gagnants dans cette guerre”, abonde Dania Thafer, la responsable d’un groupe de réflexion sur le Golfe, dans The Washington Post. “Les États-Unis n’ont pas atteint leurs objectifs, tandis que l’Iran a assuré sa survie sans pour autant modifier l’ordre régional à son avantage.” Et puis, la République islamique a-t-elle vraiment gagné ? Si victoire il y a, elle est “plus à la Pyrrhus qu’il n’y paraît”, estime un chercheur israélien dans un autre article du Foreign Policy. Certes, elle n’a pas perdu, mais c’est la marque d’un “État affaibli qui a conservé suffisamment de pouvoir de nuisance pour empêcher ses ennemis de dicter unilatéralement leurs conditions”.

À lire aussi : Vu du Liban. Guerre en Iran : les multiples leçons d’un fiasco annoncé Ajouter aux favoris Cela ne fait que “repousser l’échéance”. “Le prochain défi de la République islamique sera de convaincre ses citoyens qu’après tous ces bains de sang et ces sacrifices […], on peut faire confiance au même système qui a plongé l’Iran dans le désastre pour le reconstruire”, et cela “pourrait s’avérer plus difficile que de survivre à la guerre”. Ce qui fait dire à The Economist : si “la guerre a renforcé la République islamique, la paix pourrait la diviser”.

Les peuples, “les plus grandes victimes des guerres” De manière subtile, Gideon Rachman souligne dans le Financial Times que l’un des signes de “l’absence de vainqueur incontestable dans cette guerre”, c’est “le mécontentement des tenants de la ligne dure de tous bords” – qu’il s’agisse des faucons américains, israéliens et même iraniens. De manière fondamentale, la guerre contre l’Iran a montré une “vérité profonde sur la nature des conflits contemporains”, écrit un chercheur syrien dans le quotidien panarabe Al-Araby Al-Jadid. “Dans un monde où la possibilité d’une occupation directe et d’une restructuration par la force des sociétés s’est amoindrie, il devient de plus en plus difficile pour les grandes puissances de traduire leur supériorité militaire en victoires politiques”, écrit-il. “De plus, la question du vainqueur et du vaincu peut être trompeuse en soi, surtout si on limite notre réflexion et notre analyse aux États et aux régimes, et qu’on ignore les tragédies des peuples ; qui sont les plus grandes victimes des guerres et des conflits.” À lire aussi : Vu d’Espagne. L’accord de paix avec l’Iran ne règle aucun des problèmes du Moyen-Orient Ajouter aux favoris États-Unis, Iran, Israël, Hezbollah, Hamas : cette guerre “est véritablement la guerre du Moyen-Orient que tout le monde a perdue”, écrivait le 9 juin le célèbre chroniqueur Thomas Friedman dans un article publié dans The New York Times, avant même l’annonce de l’accord entre Washington et Téhéran.

Julien Abiramia Moyen-Orient Nos lecteurs ont lu aussi Décryptage. Guerre contre l’Iran : l’accord est “général et vague” et loin d’avoir la portée de celui de 2015 Climat. Chaleurs extrêmes et nuits tropicales : une nouvelle canicule s’abat sur l’Europe Article réservé aux abonnésBillet.

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