● Revue Conflits 📅 13/06/2026 à 02:18

Géoéconomie : Les armes économiques reprennent du service

Géopolitique 👤 Revue Conflits
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Terres rares, puces, sanctions, dollar : la semaine confirme la bascule. L’économie n’est plus l’arrière-plan de la puissance. Elle en est l’instrument. Terres rares : une trêve qui tient sur des mots Le sommet sino-américain de mai 2026 n’a rien engagé de ferme. Pékin « répondra aux préoccupations » américaines sur les pénuries d’yttrium, de scandium et d’indium. Pas de calendrier. Pas de mécanisme de vérification. Pas de définition. Le recul est net face au langage de Busan, en octobre 2025, qui évoquait l’élimination des contrôles. La suspension des restrictions chinoises d’octobre court jusqu’en novembre 2026. C’est une pause, pas un désarmement. La dépendance, elle, reste structurelle. La Chine assure environ 91 % de la séparation et du raffinage mondial des terres rares, et 60 % de l’extraction des terres rares à aimants. Le verrou n’est pas dans le sol. Il est dans le procédé. Sources : Discovery Alert · IEA · Andersen Institute L’Occident verrouille l’amont minier La riposte se joue sur la propriété des actifs. En mai 2026, Canberra a ordonné à des investisseurs chinois de céder leurs parts dans Northern Minerals : six actionnaires sommés de vendre sous deux semaines. La logique est nouvelle. La participation en amont devient enjeu de sécurité nationale, plus affaire commerciale. Washington finance dans le même sens. L’EXIM américaine a émis près de 4 milliards de dollars de lettres d’intention sur la chaîne des terres rares ; de nouvelles capacités d’aimants entrent en service à l’été 2026. Mais les délais industriels restent longs. Le déplacement réel de la production chinoise demeure modeste. La résilience se décrète vite. Elle se construit lentement. Sources : Discovery Alert / Mining.com · CSIS Puces : Washington monétise l’accès chinois Bascule majeure dans la guerre des semi-conducteurs. Le Bureau of Industry and Security examine désormais au cas par cas les licences d’exportation des Nvidia H200 et AMD MI325X vers la Chine, après l’annonce de Donald Trump du 8 décembre 2025. Le prix de passage : une taxe de 25 % sur ces puces, reversée au gouvernement américain. Le plafond autorise jusqu’à 900 000 équivalents-H200 vers la Chine, sous condition de rester sous la moitié des ventes américaines du même modèle. L’instrument est inédit : l’arme géoéconomique devient ligne de recette budgétaire. Le contrôle des exportations n’interdit plus. Il facture. Sources : BIS · ArentFox Schiff · IAPS Sanctions : l’offensive « Economic Fury » s’étend L’OFAC et le Département d’État maintiennent la pression sur l’Iran pendant les négociations sur le cessez-le-feu et la réouverture du détroit d’Ormuz. Le 27 mai, sanction de la Persian Gulf Strait Authority, utilisée par les Gardiens de la révolution pour taxer le trafic commercial. Côté russe, l’OFAC a prolongé d’une trentaine de jours la licence générale 131 liée à la cession de Lukoil International, jusqu’au 27 juin 2026. L’ampleur du dispositif se lit dans les chiffres. Au Royaume-Uni, les avoirs gelés sont passés de 24,4 à 37 milliards de livres entre 2023-24 et 2024-25. La sanction n’est plus un signal. C’est une administration. Sources : Steptoe (1 juin) · Mondaq Dé-dollarisation : ambition affichée, gradualisme réel Sous présidence indienne, les BRICS avancent par l’infrastructure plus que par la rupture. Les documents officiels ne présentent pas la dé-dollarisation comme une cassure soudaine, mais comme un volet de résilience financière et de réforme institutionnelle. Levier concret : la Nouvelle Banque de développement vise 30 % de ses prêts en monnaies locales d’ici 2026. Les contradictions du bloc persistent. Le dollar conserve la liquidité et la profondeur de son marché de dette souveraine ; le yuan reste bridé par le contrôle des capitaux. L’accord commercial Inde–États-Unis de février 2026, suivi quelques semaines plus tard de la reprise des achats de pétrole russe hors dollar, dit tout des tensions internes. On ne sort pas du dollar par décret. On le contourne, à la marge. Sources : BRICS Council · Wiley / Global Policy · Techi Le contournement, angle mort du système Démonstration que l’arme des sanctions reste poreuse. Pyongyang aurait exporté environ 1,5 million de tonnes de charbon en 2025, en violation des sanctions onusiennes. Selon les services sud-coréens, les importations de pétrole raffiné depuis la Chine et la Russie auraient dépassé sept fois le plafond de 500 000 barils fixé par l’ONU. La méthode est connue : charbon et minerais écoulés via des navires sous fausse identité, souvent maquillés en cargaisons russes. La géoéconomie a ses tranchées. Elle a aussi ses passages. Sources : Steptoe (8 juin)
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