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📅 11/06/2026 à 07:03
Le premier câble internet transatlantique remonte des abysses pour être recyclé
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👤 Alexandre Nardo
Le premier câble internet transatlantique remonte des abysses pour être recyclé Par Alexandre Nardo Publié le 11/06/26 à 09h03 Nos réseaux : Suivez-nous Ajoutez nous à vos favoris Google Commenter 5 © Image générée par Gemini - Le premier câble internet transatlantique remonte des abysses pour être recyclé Sous nos écrans, plus de 99 % du trafic mondial de données circule dans des câbles posés au fond des océans. La plupart des internautes ignorent leur existence jusqu'au jour où l'un d'eux se rompt. L'un de ces fils, longtemps oublié dans l'Atlantique, occupe pourtant une place à part dans l'histoire des réseaux.Un faisceau de lumière sous l'AtlantiqueL'histoire commence le 14 décembre 1988. Ce jour-là, AT&T, British Telecom et France Télécom mettent en service le TAT-8, premier câble transocéanique à abandonner le cuivre coaxial au profit de la fibre optique. La technologie convertit les données en impulsions lumineuses, ce qui autorise des débits bien supérieurs, des distances plus longues et moins d'interférences. Depuis New York, l'écrivain Isaac Asimov salue par visioconférence un voyage inaugural à travers la mer sur un faisceau de lumière.© Shutterstock / VL-PhotoProLes performances semblent dérisoires aujourd'hui, mais elles étaient révolutionnaires. Chaque paire de fibres transportait 280 Mbit/s, soit environ 40 000 conversations téléphoniques simultanées. Le câble s'appuyait sur des régénérateurs espacés de 40 à 50 kilomètres, qui réduisaient de 75 % les besoins en matériel par rapport aux encombrants amplificateurs analogiques du cuivre. Reliant les États-Unis, le Royaume-Uni et la France sur près de 6 000 kilomètres, il a posé l'architecture de référence de presque tous les câbles sous-marins qui ont suivi.Le câble qui a aidé à lancer le WebAu-delà de la prouesse technique, le TAT-8 a joué un rôle de passeur pour l'internet naissant. Dès 1989, IBM finance une liaison haut débit via sa capacité pour relier l'université Cornell au CERN. Ce lien fournit à Tim Berners-Lee la connexion au réseau NSFNET dont il avait besoin pour ses premières démonstrations du World Wide Web, dix mois plus tard. Le câble a aussi contribué à imposer le protocole TCP/IP comme norme à travers l'Europe.Son succès a dépassé toutes les prévisions. Ses concepteurs estimaient sa capacité suffisante pour une décennie : elle a été saturée en dix-huit mois. Cette montée en charge fulgurante a révélé que la demande mondiale de données croissait bien plus vite que prévu, et confirmé le potentiel colossal de la fibre. Les câbles modernes transportent désormais des centaines de térabits par seconde, mais tous descendent, d'une certaine manière, de ce premier pionnier.Une relique retirée du service depuis 2002Le TAT-8 n'a pas traversé les décennies sans accroc. Victime d'une panne jugée trop coûteuse à réparer, il a été mis hors service en 2002, après avoir été dépassé en capacité. Pendant plus de vingt ans, le câble est resté inerte sur le plancher océanique, simple relique d'une époque où la fibre faisait encore figure de science-fiction.© Image générée avec Gemini.Sa remontée s'inscrit dans un contexte plus large. À l'échelle de la planète, près de deux millions de kilomètres de câbles retirés du service reposent encore au fond des mers. Les satellites, malgré leurs progrès, restent loin derrière la fibre en capacité comme en fiabilité : ils supportent mal les intempéries, se réparent difficilement et doivent être remplacés tous les cinq ans environ. Les câbles, eux, demeurent l'épine dorsale d'une économie numérique qui voit transiter chaque jour des transactions financières estimées à 15 000 milliards de dollars.Une pêche d'un autre âge à 8 000 mètres de fondL'opération de récupération est menée par Subsea Environmental Services, l'une des deux ou trois seules entreprises au monde spécialisées dans ce métier, à bord du Maasvliet, un navire diesel-électrique sorti de cale sèche début 2025. Pour accrocher le câble, l'équipage déploie depuis l'étrave un grappin plat surnommé « flatfish », qu'il laisse descendre jusqu'au fond, parfois par 8 000 mètres de profondeur, avant de le traîner lentement le long de la route répertoriée. Localiser la ligne suppose de consulter des journaux de pose détaillés où figurent chaque épissure, chaque répéteur et chaque réparation.La manœuvre reste tributaire de la météo. La mission a déjà dû dévier sa trajectoire à cause d'une saison cyclonique précoce, les tempêtes Dexter et Erin obligeant le navire à ramener moins de câble que prévu. Le travail le plus délicat se déroule dans la cale. Contrairement aux anciens câbles coaxiaux, la fibre optique ne peut pas être enroulée par des machines : les contraintes de flexion briseraient le verre en éclats microscopiques et tranchants. Le câble est donc lové à la main, par rotations de trente minutes pour limiter l'épuisement et le mal de mer. En août 2025, l'équipage avait tout de même hissé 1 012 kilomètres de ligne, débarqués au port de Leixões, près de Porto.Le cuivre d'hier pour les réseaux de demainPourquoi déployer tant d'efforts pour un câble hors service ? La réponse tient surtout en un mot : cuivre. Malgré la fibre, le TAT-8 reste riche en métal de très haute qualité dans ses composants d'alimentation et sa structure. Or l'Agence internationale de l'énergie anticipe une baisse possible de 30 % de l'offre mondiale de cuivre d'ici une décennie si de nouvelles sources ne suivent pas la demande. Récupéré en très longues sections déjà étirées, ce métal trouve facilement preneur. Les matériaux partent vers Mertech Marine, en Afrique du Sud, où une usine sépare mécaniquement l'acier des armures, le cuivre des conducteurs et le polyéthylène des gaines. Le cuivre repart vers les fabricants, l'acier devient des clôtures, le plastique se mue en granulés. Le procédé, purement mécanique, évite la fusion et ses émissions toxiques.L'opération soulève toutefois une question écologique. Avec le temps, certains câbles se couvrent de vie marine et jouent les récifs artificiels ; les arracher endommage des habitats fragiles. Les chercheurs rappellent que le retrait total n'est pas toujours la meilleure option : une fibre hors d'usage peut aussi être reconvertie en capteur. Grâce à la détection acoustique distribuée, elle devient alors un instrument capable de repérer séismes, tsunamis et migrations de baleines sur des milliers de kilomètres. Le TAT-8, lui, finira recyclé, mais le couloir qu'il libère au fond de l'eau accueillera bientôt un successeur, prêt à nourrir un internet toujours plus gourmand en données. Suivez toute l'actualité des Numériques sur Google Actualités et sur la chaîne WhatsApp des Numériques Envie de faire encore plus d'économies ? Découvrez nos codes promo sélectionnés pour vous.
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