● Silicon.fr Télécom 📅 08/06/2026 à 16:33

De la « fédération EuroCloud » aux « zones d'accélération », ce qui se dessine avec le CADA

📡 Télécom & Opérateurs 👤 Clément Bohic
🏷️ Tags : réseau
Illustration
Le PUE moyen des datacenters dans l’UE doit descendre à 1,15. Et le taux d’utilisation des serveurs, atteindre 50 %. La Commission europeénne vise ces objectifs. Elle les a intégrés, sans y associer d’échéances, dans sa proposition de législation dite CADA (Cloud and AI Development Act). Le souhait d’un orchestrateur agentique européen Entre autres mesures, le texte instaure des dispositifs dits Cloud Leadership Initiative et AI Leadership Initiative. Leur idée générale est de promouvoir la recherche-innovation comme levier de passage à l’échelle. Ils s’incarnent en 8 objectifs opérationnels. Les avancées dans le datacenter – dont l’optimisation du PUE et de l’utilisation des serveurs – sont l’un d’entre eux. Les autres portent, dans les grandes lignes, sur : Piles logicielles et matérielles soutenant l’autonomie technologique de l’UE Modèles frontières (notamment dans la cybersécurité) IA physique (pour robotique, véhicules autonomes et drones, en particulier) IA industrielle (entraînement collaboratif, entre autres) Agents IA (principale cible : un orchestrateur européen) IA dans le secteur public (la santé au premier rang) Adoption régionale et locale de l’IA européenne Une connexion avec les data spaces Lire aussi : « L'administration numérique doit recruter plus d'informaticiens » Sur le volet autonomie technologique, Bruxelles évoque des middlewares d’interfaçage avec les data spaces européens. Il est aussi question de créer des fondations pour soutenir le développement de composants open source. Également en perspective, un réseau de « centres pour l’IA ». Parmi ses missions, soutenir le passage à l’échelle des cas d’usage, l’adoption locale, le transfert d’expertise entre régions, ainsi que l’émanation de start-up depuis la sphère académique et les accélérateurs. Des « zones d’accélération » pour les datacenters En écho à la procédure « fast track » que la France a mise en place, la Commission européenne propose des « zones d’accélération » pour les datacenters. Chaque État membre devra en désigner au moins une dans les 6 mois après l’entrée en vigueur du CADA. Dans ces « zones d’accélération », les procédures d’autorisation ne devront pas durer plus de 12 mois. Les opérateurs des datacenters devont pouvoir accéder à un point d’information unique. Les projets concernés seront considérés comme stratégiques dans le cadre de la future législation visant à accélérer les études d'impact environnemental (composante de l'omnibus environnement). Ils bénéficieront à ce titre de la boîte à outils associée. 5 critères pour désigner les projets de datacenters « stratégiques » Bruxelles peut aussi désigner comme stratégiques des projets de datacenters sélectionnés dans le cadre d'appels à manifestation d'intérêt et qui répondent à au moins deux des critères suivants : Améliore des fonctions essentielles du service public Inclut des fonctionnalités « très durables (sustainable) ou très innovantes » Contribue à la sécurité, la sûreté et la stabilité du réseau électrique Gère l'intégration de puces, processeurs, accélérateurs, serveurs ou ordinateurs quantiques conçus et/ou fabriqués dans l'UE Aide à combler une pénurie majeure de capacités de calcul et contribue nettement à la croissance, au développement et à la promotion de l'économie locale Le Cloud Sovereignty Framework, codifié dans le CADA... En octobre 2025, l'UE se dotait d'un cadre de référence pour évaluer la souveraineté des offres cloud dans le cadre de la commande publique. Lire aussi : Open Data : Ouverture des données SIRENE au début 2017 Le voilà transcrit pour l'essentiel dans le CADA. Avec ses 4 niveaux d'assurance que la Commission européenne pourra modifier. Au niveau 1, dit « souveraineté juridictionnelle », le fournisseur est établi dans l'UE. Même chose pour l'infrastructure et les actifs, y compris ceux des sous-traitants... sauf si l'organe public acheteur ne l'exige pas. Les données clients restent dans l'UE... à moins, là aussi, d'une contre-indication de l'acquéreur. Le support technique est opérationnel est éventuellement externalisé, mais avec les mesures adéquates de traçabilité, de sécurité et de gouvernance. En cas d'exposition au contrôle d'un pays tiers ou d'une entité juridique d'un pays tiers, le fournisseur doit garantir qu'il ne communique pas les failles de sécurité aux autorités « avant d'avoir eu connaissance de leur exploitation »... Au niveau 2 (« souveraineté des données »), il ne peut y avoir d'exception à la localisation des actifs dans l'UE. Le fournisseur doit par ailleurs disposer d'un visa de sécurité de niveau substantiel (préférentiellement sur la base d'un schéma de certification européen... lorsqu'il y en aura un de disponible pour les services cloud). Il doit aussi assurer que les données que génèrent les services ne servent pas à entraîner des IA « opérées par des pays tiers ou par des entités basées dans des pays tiers ». Une éventuelle exposition à un contrôle de pays tiers ne doit pas l'empêcher de fournir son service. Ni le pousser à divulguer les données de ses clients. Ni à appliquer des sanctions, embargos ou mesures comparables sauf si c'est légal en vertu du droit de l'UE ou d'un État membre. ... sans référence au niveau de sécurité High+ Au niveau 3 (« résilience numérique »), le personnel d'exploitation doit être citoyen de l'UE. Et l'assistance technique et opérationnelle, être réalisée exclusivement sur place par des résidents de l'UE. Fournisseur et sous-traitants ne sont pas soumis au contrôle d'un pays tiers... sauf si la Commission européenne l'autorise. Elle le peut moyennant trois conditions : Existence d'une décision d'adéquation avec ce pays tiers Absence de conflit avec le règlement européen encadrant les accès internationaux des autorités publiques aux données à caractère non personnel Pas d'obligation pour le fournisseur de dégrader son service ou d'application sanctions, embargos ou mesures comparables sauf si légal Au niveau 4 (« souveraineté numérique complète »), pas de dérogation possible sur la résidence des données clients. Quant au visa de sécurité, il doit être de niveau élevé. Pas de mention d'un quelconque High+, auquel avait par exemple appelé le MEDEF. Achats publics : l'UE en centrale ou en grossiste Tel que proposé, le CADA donne un an aux États membres et aux entités de l'UE pour associer à certaines activités du secteur public - notamment celles qui « contribuent au maintien de l'ordre public » - les niveaux d'assurance requis. Bruxelles prévoit une dérogation si aucune offre référencée dans le futur catalogue de services cloud de l'UE ne répond à une demande et qu'il n'existe pas d'alternative raisonnable. Le CADA invite les acheteurs à inclure des critères non tarifaires, mais ne va pas plus loin. Il sanctuarise en revanche le système européen de passation interinstitutionnelle de marchés, dans une déclinaison adaptée aux services cloud/datacenter, aux logiciels et aux systèmes d'IA. À travers lui, la Commission européenne peut agir en tant que centrale ou grossiste pour les entités de l'UE, les autorités contractantes d'États membres et des organisations partenaires. Lire aussi : Télégrammes : CADA-CNIL, Swiftkey-ML, FBI-Nutanix, IoT-OTT Vers une « fédération EuroCloud » pour mutualiser des services Au-delà de la commande publique, le CADA aborde la mutualisation des services du secteur public. Il crée une plate-forme d'échange et d'orchestration accessible sur la base du volontariat. Nom envisagé : la fédération EuroCloud. Quelques dispositions sont spécifiques à l'open source. L'une d'entre elles établit un réseau d'OSPO du secteur public. Une autre crée un catalogue de solutions sur le portail Interoperable Europe. UE et États membres sont plus globalement encouragés à utiliser des standards et des composants ouverts. Illustration générée par IA
← Retour