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📅 08/06/2026 à 10:37
Rachat de SFR : c'est signé...mais c'est pas fait
📡 Télécom & Opérateurs
👤 Philippe Leroy
Il a fallu attendre minuit passé et 48 heures de plus que prévu. Mais samedi 7 juin, le « deal du siècle » des télécoms français a finalement été signé. Bouygues Telecom, Free-Groupe iliad et Orange ont conclu un protocole d’accord avec Altice France pour le rachat de SFR, pour un montant de 20,35 milliards € . Les dernières heures ont été particulièrement tendues. Vendredi 6 juin au soir, le trio d’acheteurs publient un communiqué laconique indiquant qu’il se donnait « un délai de 48 heures pour finaliser les accords ». En coulisses, l’ambiance est plus franche. « On a failli envoyer un communiqué disant qu’on arrêtait les négociations et qu’on mettait fin au deal », confie un dirigeant du consortium au Figaro. La signature, initialement prévue le 15 mai, avait déjà été reportée une première fois au 5 juin. Lire aussi : Rachat de SFR : Bouygues Telecom, Free-Groupe iliad et Orange proposent 20 milliards La complexité juridique de l’opération explique en partie ces délais. « On parle de 4 000 pages de documentation juridique sur lesquelles ont travaillé quatre ou cinq cabinets d’avocats à temps plein », justifie une source proche du dossier au quotidien. Les négociateurs s’accrochent notamment sur les clauses d’ajustement de prix. Patrick Drahi peut ainsi espérer récupérer jusqu’à 650 millions € supplémentaires selon l’état de santé de SFR au moment du closing. À l’inverse, le consortium dispose de mécanismes pour réduire le prix si les performances de l’opérateur se dégradent. Des indemnités de rupture pouvant aller jusqu’à 2 milliards € sont inscrites dans le protocole, selon les motifs et la date d’une éventuelle sortie. Qui récupère quoi Le découpage de SFR est inédit à l’échelle européenne. Bouygues Telecom, qui finance 42 % de l'opération, réalise la meilleure opération sur le papier. Il récupère l'intégralité de SFR Business (1,2 milliard € de revenus), 5,9 millions de clients grand public, l'opérateur virtuel Prixtel et le réseau mobile dans les zones non denses. Sa part représente 52 % du chiffre d'affaires total du périmètre cédé. Free (31 % du financement) s'empare de la base clients RED by SFR, soit 6 millions d'abonnés low cost, plus 2 millions de clients supplémentaires dont les TPE sous marque SFR. Orange, le plus petit contributeur du trio avec 27 % soit 5,6 milliards €, récupère 4,9 millions de clients grand public ainsi que les opérateurs virtuels Réglo, Syma et Coriolis. Il rafle également 47 MHz de spectre supplémentaire, ce qui en fait l'opérateur disposant du plus important portefeuille de fréquences en France avec 221 MHz au total. Lire aussi : RGPD : la Cnil inflige une amende de 42 millions € à Free et Free Mobile Pendant une période transitoire d'au moins 30 mois, SFR va continuer d'exister dans un holding commun détenu à parts égales par les trois opérateurs. Cette structure assure la migration des clients et la gestion des contentieux. « Pour des raisons de concurrence, il n'y aura aucune animation commerciale », précise une dirigeante du consortium. Le vrai obstacle : Bruxelles ou Paris La signature du protocole n'est qu'une étape. L'opération doit encore obtenir le feu vert des autorités de concurrence à Paris ou à Bruxelles ; les parties ayant obtenu que le dossier ne soit examiné que par une seule juridiction. La Commission européenne n'a pas facilité ces dernières années les fusions entre opérateurs sur un même marché. Bercy surveille aussi. Le ministre Roland Lescure a prévenu dimanche sur RTL que l'exécutif serait vigilant sur « la préservation durable de l'emploi » et « l'impact sur les prix des abonnements pour les consommateurs ». Sur le premier point, le consortium s'engage à garantir un emploi à l'ensemble des 8 000 salariés repris jusqu'à début 2029. « La CFE-CGC Télécoms saisira le Conseil d’Etat si l’ARCEP ne subordonne pas la réallocation des fréquences à la relocalisation de l’emploi en France ou en Europe, comme le Code des Postes et Télécommunications lui impose. » indique le syndicat. La signature définitive est attendue au second semestre 2026. Le closing, lui, ne pourrait intervenir qu'au second semestre 2027. Quatorze ans après l'arrivée de Free Mobile, le marché français des télécoms pourrait donc passer de quatre à trois opérateurs à condition que les régulateurs laissent faire.
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