● Courrier International
📅 04/06/2026 à 15:11
Disparition de Marjane Satrapi, “une des voix fortes de la diaspora iranienne”
Géopolitique
L’artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, lors d’une séance photo à Paris en 2022. Photo JOEL SAGET/AFP L’artiste franco-iranienne Marjane Satrapi s’était fait connaître avec la bande dessinée, adaptée en film, Persepolis qui raconte son enfance en Iran sous le joug des mollahs. Elle s’est éteinte à Paris à l’âge de 56 ans. Elle est “morte de tristesse” un peu plus d’un an après le décès de “l’amour de sa vie”, son mari producteur, acteur et scénariste, Mattias Ripa, précise un communiqué de ses proches publié jeudi 4 juin. Exilée depuis plus de trente ans en France, pays dont elle avait obtenu la nationalité en 2006, l’autrice et réalisatrice, au franc-parler ravageur, laisse derrière elle une œuvre protéiforme traversée par son combat acharné contre la République islamique. À lire aussi : Entretien. Marjane Satrapi et la révolte iranienne, “entre tristesse et joie” Ajouter aux favoris Née en 1969 à Racht, sur les bords de la mer Caspienne, dans le nord de l’Iran, dans une famille d’intellectuels aux sympathies communistes, elle est envoyée, cinq ans après la chute du chah et l’avènement de la révolution islamique en 1979, à Vienne, en Autriche, raconte le journal italien Corriere Della Sera. Après un retour en Iran en 1988 où elle obtient une maîtrise de communication visuelle à l’École des beaux-arts de Téhéran, elle quitte son pays natal pour la France en 1994 où elle poursuit des études à l’École des arts décoratifs de Strasbourg, avant de s’installer à Paris où elle intègre le groupe d’auteurs de bandes dessinée (parmi eux Riad Sattouf et Joann Sfar) qui se rassemble alors à l“atelier des Vosges”, appartement où prendra corps toute la nouvelle génération dont elle fait partie. Persepolis, son œuvre majeure La lecture de Maus, le célèbre roman graphique d’Art Spiegelman consacré à la Shoah, est, pour Marjane Satrapi, une révélation. C’est cette lecture que lui inspirera Persepolis, son œuvre majeure. Une histoire particulière avec “Courrier international” En 2019, Courrier international avait choisi de s’associer à la ville de Strasbourg pour lancer le prix – éphémère – Plumes libres pour la démocratie, destiné à récompenser les meilleurs articles et dessins de presse mettant en avant la défense des valeurs démocratiques. Cette première édition avait été marrainée par Marjane Satrapi. En 2022, à l’époque du mouvement Femme, vie, liberté, Marjane Satrapi s’était rendue dans les locaux de Courrier international pour une rencontre mémorable avec la rédaction du journal. Courrier international s’associe à la douleur de ses proches et leur présente ses condoléances. Afficher la suite Avec ses planches en noir et blanc, Persepolis (éditions L’Association) raconte dans un “laconisme ironique ses expériences d’enfance et son angoisse adolescente” dans l’Iran de sa jeunesse, celui de la guerre contre l’Irak, de la répression et de la montée du sentiment religieux, ainsi que “sa quête d’identité entre les cultures iranienne et européenne”, écrit le magazine allemand Der Spiegel. Un roman autobiographique qui montre “les horreurs du régime de Téhéran”, mais dans lequel malgré tout transpirent “une joie de vivre et un humour communicatif”. Publié en quatre volumes entre 2000 et 2003, Persepolis, primé au prestigieux festival de BD d’Angoulême, fait un carton. Traduit en une vingtaine de langues, il a permis de faire “découvrir à des millions de lecteurs les luttes des Iraniens ordinaires pendant les années tumultueuses qui ont suivi la révolution islamique”, écrit The New York Times. Adapté à l’écran en 2007, le film, qu’elle coréalise, décroche le prix du jury du Festival de Cannes. Paru un an après Broderies, bande dessinée pensée comme une série d’anecdotes de femmes iraniennes, qui sera nommé dans la catégorie du meilleur album au festival d’Angoulême en 2004, un autre de ses albums, Poulet aux Prunes, lui aussi situé en Iran, obtiendra le prix du meilleur album à Angoulême en 2005 et sera également adapté au cinéma en 2011. Elle délaissera quelque peu la bande dessinée pour se consacrer davantage à la peinture et réalisera par la suite des films abordant des thèmes nouveaux comme La Bande des Jotas (2013), The Voices (2014), Radioactive (2019) ou Paradis Paris (2024), sans jamais s’éloigner vraiment de ses racines. “Beaucoup s’étonnent que mes récits se déroulent encore en Perse. Mais où voulez-vous que je les place, ma mémoire génétique se situe là-bas”, dira Marjane Satrapi au quotidien suisse Le Temps. “La seule façon de changer le monde” En plus de vingt ans, Marjane Satrapi “est devenue une des voix fortes de la diaspora iranienne”, écrit Le Temps. Il suffit de voir l’onde de choc de la nouvelle de son décès sur les médias iraniens en exil comme IranWire qui a relayé l’information ou Radio Farda qui, comme d’autres, lui a consacré un portrait. Comme l’écrit le site Iran International, chaîne iranienne hostile au régime iranien, Marjane Satrapi a participé ces dernières années à de nombreuses manifestations contre la République islamique en France. Notamment au moment où émergeait le mouvement Femme, vie, liberté, né après la mort en détention en 2022 de Mahsa Amini, une jeune Kurde iranienne arrêtée pour avoir mal ajusté son voile. Un mouvement de contestation du régime en soutien duquel elle a dirigé l’œuvre graphique et artistique Femme, Vie, Liberté – après s’être éloignée de la bande dessinée pendant des années. À l’époque, elle se rendait dans les locaux de Courrier international pour s’exprimer sur le climat politique en Iran. Elle réalisait également un clip de soutien avec des personnalités artistiques françaises sur la chanson Baraye de Shervine Hajipour, devenue l’hymne de la contestation. En 2025, un an après avoir été élue à l’Académie des beaux-arts, Marjane Satrapi refuse la Légion d’honneur pour dénoncer “l’attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l’Iran”, reprochant aux autorités françaises de refuser d’octroyer des visas à de “jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes” pendant que des enfants “d’oligarques iraniens se baladent à Paris comme à Saint-Tropez sans que cela ne pose aucun problème”, rappelle le site iranien en exil Radio Zamaneh. Voir aussi : Vidéo. “Femme, vie, liberté” : Bahareh Akrami raconte la révolution iranienne en bande dessinée Ajouter aux favoris En 2023, elle confiait au quotidien espagnol El País : “J’ai vendu des millions d’exemplaires et j’ignore combien de centaines de conférences j’ai données. Ai-je changé quoi que ce soit ? Qui sait. Ai-je éveillé la curiosité des gens ? Oui. J’ai apporté ma petite contribution. Une toute petite contribution, mais c’est la seule façon de changer le monde.” Courrier international Moyen-Orient Cinéma Bandes dessinées (BD) Europe Iran Révolution iranienne La France vue de l’étranger Sur le même sujet Culture. Marjane Satrapi : “La culture est un vocabulaire mondial” Écouter l’article Ajouter aux favoris Trois planches inédites de Marjane Satrapi. Choses vues Écouter l’article Ajouter aux favoris Vidéo. Marjane Satrapi : l’Iran vit “la première révolution féministe du monde suivie par les hommes” Ajouter aux favoris Vidéo. “Femme, vie, liberté” : Bahareh Akrami raconte la révolution iranienne en bande dessinée Ajouter aux favoris Nos services HORS-SÉRIE Que faire quand la température atteint les 50 °C ? Quand la mer monte inexorablement ? Que faire au quotidien dans un monde bouleversé par le dérèglement climatique ? Des rues de Kigali à celles de Singapour, des clubs de foot d’Argentine aux appartements de Delhi, des champs du nord de la Chine aux prairies italiennes, les citoyens s’organisent, s’entraident et cherchent des solutions pour s’adapter. Je découvre → Éditions Bamboo Tentez de remporter la BD « Invulnérable II » de Damían, Sanz & Martínez, proposé par les éditions Bamboo. Je reçois ma bande dessinée → Éditions Steinkis Tentez de remporter un exemplaire « Beyrouth malgré tout » de Sophie Guignon, Chloé Domat & Kamal Hakim aux éditions Steinkis (collection « Témoins du monde ») Je reçois ma bande dessinée → Slow Autriche [Contenu partenaire] Ici, la marche se décline de mille façons. Itinéraires gourmands, sentiers viticoles ou encore balades nocturnes sous les étoiles… Je découvre l’article →
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