● Courrier International
📅 04/06/2026 à 11:09
Le Liban est-il une monnaie d’échange dans les négociations entre les États-Unis et l’Iran ?
Géopolitique
De la fumée s’élève du site d’une frappe israélienne à Tyr, dans le sud du Liban, le 31 mai 2026. PHOTO KAWANT HAJU/AFP En suspendant [puis en reprenant] les pourparlers avec Washington à cause de la campagne d’Israël au Liban, Téhéran fait monter les enchères de la diplomatie postconflit tout en posant une question cruciale : l’Iran est-il en train de prendre l’avantage, ou présume-t-il de ses forces ? À lire aussi : Moyen-Orient. Trump annonce une trêve au Liban aux contours flous Ajouter aux favoris Le 1er juin, le président Donald Trump a annoncé qu’Israël et le Hezbollah avaient accepté de mettre fin à leurs attaques à la suite d’une série d’échanges téléphoniques avec le Premier ministre Benyamin Nétanyahou et des intermédiaires liés au groupe soutenu par l’Iran. Or, des heures plus tôt, l’Iran avait annoncé suspendre les négociations avec la Maison-Blanche en dénonçant les opérations militaires israéliennes au Liban et en menaçant d’ouvrir de nouveaux fronts. “Les Iraniens ont le sentiment d’être en position de force” En plus de vingt ans, jamais l’armée israélienne ne s’était enfoncée si en profondeur sur le territoire libanais. Pour Téhéran, ces opérations constituent une violation du cessez-le-feu conclu après la guerre américano-iranienne, tandis que ses détracteurs accusent l’Iran d’avoir en partie provoqué cette crise en exigeant que le Liban soit inclus dans les discussions sur une cessation des hostilités, tout en appuyant les attaques du Hezbollah qui ont déclenché la riposte israélienne. À lire aussi : Chronologie. Les grandes dates de la guerre en Iran : des premières frappes au cessez-le-feu Ajouter aux favoris Du point de vue de certains analystes, les actions de l’Iran montrent que le régime pense être sorti de la guerre dans une position plus avantageuse que beaucoup ne le croyaient. “Si les Iraniens agissent comme ils le font, c’est parce qu’ils ont le sentiment qu’ils sont en position de force”, affirme Yaakov Katz, journaliste israélo-américain, auteur de While Israel Slept (“Pendant qu’Israël dormait”, inédit en français). Selon Yaakov Katz, Téhéran pense s’être plutôt bien tiré du conflit. Le régime a survécu, son armée est intacte en dépit de pertes importantes, la question de son programme nucléaire n’est pas réglée et Washington continue de négocier avec lui. Considérant la situation sous cet angle, l’Iran croit peut-être que sur le plan diplomatique il peut aller au-delà de son programme nucléaire, et contraindre les États-Unis à prendre en compte la situation au Liban. Et c’est justement ce qui inquiète Yaakov Katz. “C’est un désastre de relier les deux”, commente-t-il. Si Washington accepte que le Liban fasse partie du cadre des négociations, assure le journaliste, Téhéran pourrait systématiquement utiliser la confrontation entre le Hezbollah et Israël comme un levier chaque fois que surviendra un litige diplomatique. “Une stratégie coordonnée” Ces appréhensions se font jour au moment où Trump tente de trouver un équilibre entre deux objectifs concurrents : il veut éviter une extension régionale de la guerre tout en ménageant un canal diplomatique avec Téhéran. Le 1er juin, des médias proches de l’Iran ont averti que Téhéran pourrait accroître la pression sur le détroit de Bab El-Mandeb, autre axe vital pour la navigation commerciale, tandis que les tensions restent élevées dans le détroit d’Ormuz. Des menaces qui ont ravivé les inquiétudes au sujet des livraisons mondiales d’énergie et des retombées économiques d’une confrontation plus générale à l’échelle régionale. Eric Mandel, fondateur du Middle East Political and Information Network, considère que la crise au Liban, les menaces sur la navigation et la suspension des pourparlers font tous partie d’une stratégie iranienne plus globale. “C’est une stratégie coordonnée qu’ils mettent en œuvre, dit-il. L’élément le plus important, c’est qu’ils cherchent à gagner du temps.” Eric Mandel estime que les Iraniens tentent de faire traîner les négociations en longueur tout en augmentant la pression économique et géopolitique sur Washington. L’idée, explique-t-il, est de tester la volonté du gouvernement Trump à s’engager dans un conflit de longue durée, en espérant que le prix du pétrole, les perturbations du commerce maritime et l’instabilité économique finissent par leur permettre d’arracher des concessions. Il est convaincu que l’incertitude joue en faveur de l’Iran. “Je pense que ce que veut l’Iran, dans l’ensemble, c’est provoquer une récession mondiale”, confie-t-il. Le soutien au Hezbollah, un principe idéologique Danny Citrinowicz, de l’Institut pour les études de sécurité nationale israélien, et ancien chef du département iranien du renseignement de Tsahal, a une autre vision de la situation. Si Yaakov Katz et Eric Mandel observent essentiellement le comportement de Téhéran à travers le prisme des leviers et de la stratégie, Citrinowicz avance que l’idéologie reste un facteur déterminant. D’après lui, l’Iran ne considère pas son arsenal de missiles, son programme nucléaire et le Hezbollah comme des monnaies d’échange avec lesquelles il est simplement possible de marchander. Au contraire, ce sont des piliers de soutènement de la République islamique. “Ils ne peuvent pas attendre sans riposter [à l’intensification de l’offensive au Liban]. C’est leur mentalité”, affirme le chercheur. Avancée israélienne dans le sud du Liban au 30 mai 2026. Du point de vue de Téhéran, insiste-t-il, l’incapacité à répondre aux opérations israéliennes au Liban reviendrait à renoncer à un engagement stratégique aux côtés du Hezbollah et à saper des principes que le régime juge indissociables de sa survie. Une distinction qui pourrait se révéler critique alors que Washington réfléchit à ses prochaines décisions. Yaakov Katz pense que l’Iran tente d’exploiter le désir de Trump de parvenir à un accord en utilisant le Liban comme une monnaie d’échange. Eric Mandel, lui, soupçonne Téhéran de prolonger délibérément la crise pour accentuer les pressions sur les États-Unis. Selon Danny Citrinowicz, les actions de l’Iran reposent moins sur des calculs tactiques que sur des lignes rouges idéologiques infranchissables pour Téhéran. À lire aussi : La Lettre de l’éduc. La guerre en Iran, une mission divine pour les trois armées impliquées Ajouter aux favoris Tous les trois s’entendent cependant à reconnaître que le Liban n’est plus une question accessoire. Le pays est devenu un test capital pour la fragile diplomatie entre Washington et l’Iran. Si Trump contraint Israël à mettre fin à ses opérations, Téhéran pourra prétendre avoir forcé la main à Washington. S’il ce n’est pas le cas, l’Iran semble prêt à exploiter le Liban, Ormuz et d’autres fronts éventuels pour revendiquer que le cessez-le-feu est d’ores et déjà caduque. D’une façon ou d’une autre, Téhéran, s’efforçant d’influencer la prochaine phase des négociations, paraît disposé à accroître les coûts associés tant à la diplomatie qu’à la confrontation. Negar Mojtahedi Traduit par Raymond Clarinard Lire l’article original Moyen-Orient États-Unis Donald Trump Guerre Israël-Hezbollah Amériques Nos lecteurs ont lu aussi Tennis. 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Des rues de Kigali à celles de Singapour, des clubs de foot d’Argentine aux appartements de Delhi, des champs du nord de la Chine aux prairies italiennes, les citoyens s’organisent, s’entraident et cherchent des solutions pour s’adapter. Je découvre → Éditions Bamboo Tentez de remporter la BD « Invulnérable II » de Damían, Sanz & Martínez, proposé par les éditions Bamboo. Je reçois ma bande dessinée → Éditions Steinkis Tentez de remporter un exemplaire « Beyrouth malgré tout » de Sophie Guignon, Chloé Domat & Kamal Hakim aux éditions Steinkis (collection « Témoins du monde ») Je reçois ma bande dessinée → Slow Autriche [Contenu partenaire] Ici, la marche se décline de mille façons. Itinéraires gourmands, sentiers viticoles ou encore balades nocturnes sous les étoiles… Je découvre l’article →
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