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📅 04/06/2026 à 09:39
Souveraineté technologique : l'Europe joue son va-tout
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👤 Philippe Leroy
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Il aura fallu attendre plusieurs reports et un contexte géopolitique en ébullition pour que Bruxelles franchisse enfin le pas. Le 3 juin, la Commission européenne a présenté son « paquet souveraineté technologique », un ensemble inédit de mesures législatives et stratégiques couvrant quatre fronts : les semi-conducteurs, le cloud et l’IA, les logiciels libres, et l’énergie nécessaire à l’infrastructure numérique. Pour fixer le cadre des mesures, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, a rappelé quelques données connues de tous mais qui mesurent la dépendance massive de l’UE. Plus de de 80 % de ses produits, services et infrastructures numériques sont fournis par des fournisseurs. Un constat accablant, aggravé par une prise de conscience tardive mais soudainement urgente. Car ce sont sans doute les sanctions américaines contre des juges de la Cour pénale internationale, privés en quelques heures de leurs cartes bancaires, conjuguées à l’imprévisibilité croissante de Washington, qui ont eu raison des dernières résistances des États membres les plus atlantistes. Un Chips Act 2.0 aux ambitions XXL Premier volet du paquet, le règlement sur les semi-conducteurs version 2 prolonge et réoriente le plan initial adopté en septembre 2023. Lire aussi : Procès OpenAI : Sam Altman renvoie Elon Musk à ses contradictions La commissaire Henna Virkkunen en a dressé le bilan d’étape : 52 milliards d’euros d’investissements, 5 lignes pilotes pour faciliter le passage du laboratoire à l’usine, un réseau de centres de compétences dans les États membres et en Norvège. Des résultats jugés insuffisants, loin de l’objectif de représenter 20 % de la production mondiale de puces à l’horizon 2030. Le Chips Act 2 mise désormais sur les puces dédiées à l’IA. Selon Henna Virkkunen, les composants liés à l’IA devraient représenter plus de 70 % du marché total des semi-conducteurs d’ici 2030. Le texte prévoit notamment l’accélération des procédures d’autorisation, la stimulation de la demande de puces européennes et le renforcement des capacités de production. Les détails financiers, eux, restent à préciser. Cloud et IA : 200 milliards et un cadre à quatre niveaux Pièce maîtresse de l’édifice, la loi sur le développement du cloud et de l’intelligence artificielle entend rééquilibrer un marché aujourd’hui contrôlé à plus de 70 % par Amazon, Microsoft et Google. L'objectif affiché de ce "Cloud and AI Development Act" est de tripler la capacité européenne en centres de données d'ici à 2030 et couvrir l'intégralité des besoins d'ici à 2035. La facture, estimée à 200 milliards €, doit essentiellement être mobilisée dans le secteur privé. Le cœur politique du texte réside dans une échelle de souveraineté à quatre niveaux, applicable à l'ensemble du secteur public. Au bas de l'échelle, les données des administrations doivent simplement être stockées en Europe. Au niveau suivant, toute possibilité pour un pays tiers d'accéder aux données ou d'interrompre le service doit être exclue. Les prestataires devront ensuite, selon les niveaux, être détenus et contrôlés par des entités européennes. Une exigence qui exclut de facto les acteurs américains tant que le Cloud Act reste en vigueur. Au sommet de l'échelle, réservé à la défense et aux fonctions régaliennes, le contrôle doit s'étendre à l'intégralité de la chaîne logicielle. La Commission se réserve par ailleurs un rôle de centrale d'achat cloud pour les institutions et les États membres, et introduit des critères non tarifaires dans les marchés publics sensibles qui pourraient mécaniquement écarter les géants américains des contrats les plus stratégiques. L'open source, levier de reconquête Troisième pilier du paquet, la stratégie européenne pour l'open source entend faire de la communauté des développeurs libres un atout industriel. L'Europe dispose d'un contingent de 3 millions de contributeurs à des projets open source. Lire aussi : RGPD : LinkedIn dans le collimateur de Noyb Pourtant, selon une étude récente, l'UE dépensait 400 millions € dans ce domaine, dont environ 330 millions profitant à des entreprises américaines, soit une part de marché de 83 %. Bruxelles entend inverser la tendance en accélérant la création d'alternatives ouvertes dans des secteurs clés ( cloud, IA, cybersécurité ) et en encourageant les administrations publiques à y recourir davantage. Paradoxalement, c'est Donald Trump qui aura été le meilleur allié de ce paquet. Pendant des années, les appels à l'autonomie numérique européenne se heurtaient au veto des capitales les plus atlantistes. L'imprévisibilité de Washington a changé la donne. Bruxelles a pris soin de ne pas rédiger un texte ouvertement antiaméricain. Henna Virkkunen insiste sur le fait que la souveraineté technologique n'est pas un code pour le protectionnisme. Il n'empêche. Avant d'entrer en vigueur, l'ensemble du paquet devra être négocié par le Parlement européen et le Conseil, pour un processus d'au moins un an. Photo : © DR .
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