● Le Monde Diplomatique 📅 01/06/2026 à 15:54

Face à la Chine, l'Amérique a un plan

Géopolitique 👤 Evgeny Morozov
🏷️ Tags : chine
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Quand l’État stratège fusionne la défense, le capital-risque et l’intelligence artificielle Se pourrait-il que la conduite erratique du président américain masque une cohérence : une formidable reprise en main de l’économie par l’État, mais un État piloté par des banquiers d’affaires ? M. Donald Trump poursuit en effet la même stratégie que son prédécesseur : organiser la souveraineté de l’Amérique vis-à-vis de la Chine dans les secteurs critiques de la défense et de l’intelligence artificielle. Avec M. Donald Trump, on confondrait facilement les gesticulations avec le nœud de l’intrigue. Les premières — insultes, caprices douaniers, trafics de cryptomonnaies, mélodrames ministériels, cruautés calibrées pour les caméras — aimantent l’attention sur la piste de cirque. Le second s’exprime en dollars. C’est le montant du plus gros budget de défense de l’histoire des États-Unis en valeur nominale (proche, en valeur réelle, du pic annuel atteint lorsque le pays combattait Adolf Hitler) : 1 500 milliards. Pour réunir une telle somme, il faut toute l’élégance arithmétique d’un homme qui n’hésite pas à faire raquer ses propres enfants, c’est-à-dire à élaguer les services publics qui les nourrissent, les scolarisent et les soignent. Ce budget est censé financer la transformation structurelle de l’État américain, de son économie et de sa place dans l’ordre mondial. La république tombe le masque du libre marché, même si l’Agence pour les projets de recherche avancée de défense (Darpa), le fonds d’investissement de l’Agence centrale de renseignement (CIA) In-Q-Tel, les laboratoires nationaux et autres instruments de l’« État développementaliste caché », comme l’a appelé l’économiste Fred Block, existent depuis longtemps. Désormais, c’est au grand jour que Washington sélectionne des secteurs d’activité, fixe des prix, prend des participations dans des compagnies privées et conditionne son aide internationale à la loyauté politique des bénéficiaires. Le vocabulaire de la guerre froide et celui de l’après-chute du Mur ne conviennent plus. « Keynésianisme militaire » signifiait booster la demande agrégée en augmentant les dépenses de défense ; « néolibéralisme militaire » visait la même chose en passant par des prestataires privés et des chaînes logistiques dérégulées. Ce à quoi l’on assiste aujourd’hui ne relève pas d’une question de budget, mais d’affectations ; il s’agit de décider quelles compagnies peuvent se maintenir, en (…) En cliquant sur « S’inscrire », je reconnais avoir pris connaissance de la politique de confidentialité du Monde diplomatique et des droits dont je dispose sur mes données personnelles.
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