● Courrier International
📅 29/05/2026 à 16:11
En Iran, le rétablissement d’Internet attise les tensions au sein du régime
Géopolitique
Un Iranien utilise son téléphone à la suite du rétablissement d’Internet, à Téhéran, le 27 mai 2026. PHOTO MAJID ASGARIPOUR/REUTERS Après trois mois d’interruption, le régime iranien a – partiellement – rétabli cette semaine l’accès à Internet sur ordre du président réformateur, Masoud Pezeshkian, mettant ainsi fin à la plus longue coupure jamais enregistrée à l’échelle de tout un pays. À lire aussi : Répression. Comment les Iraniens s’adaptent à un black-out numérique record Ajouter aux favoris Déjà interrompu lors des grandes manifestations contre la République islamique qui ont culminé début janvier, l’accès au réseau Internet international avait été de nouveau coupé le 28 février, au début des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran. La décision de Masoud Pezeshkian a ravivé les dissensions, au sein du régime, entre réformateurs et conservateurs. Même si, en réalité, la connexion reste très inégale. “Volonté du peuple” ou “message de discorde” Le gouvernement a dit avoir pris sa décision sur la base de “sondages crédibles” menés par les autorités, montrant que “le libre accès à Internet figurait parmi les principales revendications” de la population, selon un communiqué publié par le média Asr-e Iran. Un vice-président iranien a précisé que “seulement 9 % de la population” était favorable aux restrictions d’Internet. Dans le camp conservateur, le rétablissement partiel de la connexion a suscité de vives critiques. Cette décision est “étrange et contestable”, estime ainsi le journal ultraconservateur Hamshahri. Elle “perturbe le commandement unifié du pays en situation de guerre et envoie à l’ennemi un message de discorde et de pluralité de voix [au sein du régime] quant à la gestion de la crise”, indique le quotidien de la municipalité de Téhéran. À lire aussi : Moyen-Orient. Physiquement diminué, Mojtaba Khamenei a laissé les rênes de l’Iran aux généraux Ajouter aux favoris Des critiques relayées par la télévision d’État, que le gouvernement accuse de “s’opposer ouvertement aux revendications populaires et de bafouer la volonté du peuple”, qualifiant cette attitude de “préoccupante et de nature à alimenter les divisions et la discorde”. Plus largement, les “durs” du régime considèrent les réseaux sociaux – notamment Instagram et Telegram, accessibles grâce à un réseau privé virtuel (VPN) qui permet de contourner les restrictions – comme des instruments de l’ennemi, destinés à renverser le régime. Une connexion au “compte-goutte” “Des internautes ont fait part de leurs craintes de voir les luttes entre factions politiques et les attaques des radicaux contre le gouvernement continuer de restreindre fortement l’accès à Internet, compromettant tout retour à la normale”, observe pour sa part BBC Persian. Car, en réalité, le rétablissement d’Internet n’est que partiel. L’accès s’effectue “au compte-goutte, avec des restrictions, des filtres, des débits réduits et de graves perturbations”, rapporte le média d’opposition Independent Persian. Selon l’ONG NetBlocks, “le service reste fortement filtré, avec de nouvelles restrictions sur les services de messagerie et les portails d’applications par rapport à la période d’avant janvier”. “Au cours de ces trois derniers mois, nous avons été pratiquement anéantis : la coupure d’Internet a fait chuter les ventes en ligne, tandis que les prix augmentaient chaque jour. Et aujourd’hui encore, la connexion reste si limitée qu’elle ne permet même pas d’ouvrir correctement Telegram et Instagram”, déplore un internaute. À lire aussi : Reportage. À Téhéran, le retour à un semblant de normalité Ajouter aux favoris “En raison des pannes prolongées, il faudra quelques jours pour que la qualité des services s’améliore et que le trafic international reprenne, alors soyez patients”, a déclaré un vice-ministre des Communications, cité par le quotidien réformateur Shargh. Mais le rétablissement d’Internet n’a rien d’un retour à la normale. “Contrairement à l’image que les médias d’État cherchent à véhiculer, celle d’un retour au calme et d’une normalisation de la situation, les réseaux sociaux persanophones demeurent marqués par la colère, le désespoir, le deuil et un profond sentiment d’abandon”, écrit Independent Persian. “À quoi bon se reconnecter ? Les 40 000 personnes qui ont été tuées ne peuvent plus se connecter ni s’exprimer”, lance un internaute cité par le site persanophone installé à Londres, en référence au nombre des victimes des manifestations de janvier. 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