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📅 27/05/2026 à 12:55
« Taïwan : une démocratie face à la Chine » - 4 questions à Jean-Pierre Cabestan - IRIS
Géopolitique
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Éditos de Pascal Boniface 27 mai 2026 « Taïwan : une démocratie face à la Chine » – 4 questions à Jean-Pierre Cabestan « Taïwan : une démocratie face à la Chine » – 4 questions à Jean-Pierre Cabestan 5 min. de lecture Citer Partager Imprimeren PDF Ajouter aux favoris Pascal Boniface Directeur de l’IRIS Jean-Pierre Cabestan est sinologue, spécialiste du droit et des institutions du monde chinois contemporain, de la Chine populaire comme de Taïwan. Il répond à mes questions à l’occasion de la parution de l’ouvrage « Taïwan : une démocratie face à la Chine » aux éditions Le Cavalier bleu. Il y a pour vous une citoyenneté et une nation taïwanaise… Oui, il n’y a aucun doute qu’il y existe une citoyenneté taïwanaise. Environ les deux tiers des Taïwanais se déclarent avant tout taïwanais, tandis qu’un petit tiers continue d’afficher une identité mixte, à la fois taïwanaise et chinoise. Cette minorité notable ne devrait pas disparaître car la question de l’identité dépasse la citoyenneté et inclut une dimension culturelle : de fait, à Taïwan, la culture et la langue chinoises dominent ; tout au plus 7% de la population de Taïwan n’est pas Han (2,5% d’Austronésiens et 4,5% d’immigrés d’Asie du Sud-Est). La question de la nation taïwanaise est plus compliquée : le nom officiel de l’île reste la République de Chine (RDC) et, pour des raisons à la fois intérieures et extérieures (l’opposition de Pékin et la réticence de Washington) ce nom, de même que l’enveloppe constitutionnelle qui lui est attachée, ont peu de chances de changer. Néanmoins, comme la RDC se réduit pour l’essentiel à Taïwan, un nationalisme à la fois « RDC » et taïwanais a pris corps. Ce nationalisme n’est pas forcément hostile à la République populaire de Chine (RPC), mais il se considère comme distinct du nationalisme ou plutôt du patriotisme chinois, promu par le Parti communiste chinois (PCC). En d’autres termes, quoique mal reconnu, l’État « RDC à Taïwan » a donné naissance à une nation à la fois chinoise et taïwanaise. Washington est-il un allié fiable pour Taiwan ? Tout d’abord, depuis leur normalisation avec la Chine populaire en 1979, les États-Unis ne sont plus liés par une alliance avec Taïwan. Le Taiwan Relations Act (TRA) d’avril 1979 contraint Washington à fournir des armes défensives à la « population de Taïwan ». Il oblige aussi le gouvernement américain à considérer toute atteinte au statu quo et à la paix dans le détroit comme un sujet de « grave préoccupation ». Mais, depuis près de 50 ans, ce dernier a adopté une posture d’ambiguïté stratégique, refusant de dire à Pékin comme à Taipei comment il réagira en cas d’attaque militaire chinoise contre l’île. La question des ventes d’armes américaines à Taïwan est revenue au cœur de l’actualité à la faveur de la visite de Donald Trump en Chine les 13-15 mai 2026. En 1982, Pékin et Washington avaient signé un troisième communiqué (après celui de Shanghai en 1972 et celui de la normalisation fin 1978) dans lequel cette dernière promettait de réduire progressivement ses ventes d’armes à Taïwan, en fonction du niveau de détente dans le détroit. Pour des raisons évidentes – la montée des tensions entre Pékin et Taipei –, ce communiqué a été oublié par les Américains, mais évidemment pas par les Chinois. L’objectif du PCC reste le désarmement de Taïwan, afin d’accroître ses chances de lui imposer une unification selon ses propres conditions. Or, peu avant l’adoption de ce communiqué, l’administration Reagan avait secrètement donné à Taipei « six assurances », dont l’une était justement la promesse de ne pas consulter Pékin sur la question des ventes d’armes. Or, lors de ses entretiens avec Xi Jinping et de ses interviews avec les médias qui ont suivi, Donald Trump a remis en cause cet engagement, peut-être dans le cadre d’une transaction dans laquelle le gouvernement chinois se garderait de fournir des armes à l’Iran en échange d’une réduction des ventes américaines à Taïwan. Le paradoxe est que c’est l’administration Trump I qui, en 2020, a ajouté les « six assurances », devenues publiques, aux quatre textes (les 3 communiqués et le TRA) qui structurent, côté américain, les relations avec la RPC. Par ailleurs, depuis 1979, la position des États-Unis est de ne pas « encourager l’indépendance de Taïwan ». Or, là aussi, Donald Trump semble être allé plus loin : s’il ne s’est pas « opposé » ouvertement à cette indépendance, comme l’aurait souhaité Xi Jinping, il a mis sur le même pied Pékin et Taipei, demandant à chaque capitale de « se calmer » (cool down), ignorant que c’est la première qui menace la seconde avec des gesticulations militaires quotidiennes dans le détroit, et non l’inverse. D’où l’inquiétude du gouvernement taïwanais, face à un espace stratégique et sécuritaire qui se réduit. À noter toutefois que le Kuomintang (KMT, Parti nationaliste), le principal parti taïwanais d’opposition, a été moins critique à l’égard de Donald Trump. La guerre ou le blocus : vous envisager une stratégie de mise en quarantaine de Taïwan par la Chine… Oui, c’est un scénario qui est beaucoup discuté à Taïwan et aux États-Unis, et qui a l’avantage pour Pékin de rester dans ce qu’on appelle la stratégie des « zones grises », c’est-à-dire en deçà du seuil de la guerre, tout en élevant le niveau de la menace contre Taïwan. Mais dans un avenir prévisible, je ne pense pas que Xi Jinping aille jusque-là, ayant notamment obtenu de Donald Trump des garanties supplémentaires et espérant un retour du KMT au pouvoir en 2028, retour qui, au demeurant, reste loin d’être garanti. Ni Réunification ni indépendance, le statu quo est votre scénario à la fois préféré et le plus probable… Oui. Pékin sait pertinemment que même si le KMT revient au pouvoir, toute unification reste aussi improbable qu’une réunification entre les deux Corées. L’avantage du KMT est qu’il reconnaît le principe de la Chine unique, notion ô combien ambiguë, Pékin estimant que la Chine unique c’est évidemment la RPC, et le KMT, c’est la RDC. Le Parti démocrate progressiste, quant à lui, pense que la RDC se réduit à Taïwan et que la RDC et la RPC ne sont pas subordonnées l’une à l’autre, ce qui a le don de courroucer Pékin. Donc, que peuvent négocier le KMT et le PCC ? Un accord de fin d’hostilité ? Peut-être, mais qui va le signer, et au nom de quel gouvernement ? Si le KMT revient au pouvoir, une relation plus détendue avec Pékin est probable ; et cette détente peut servir les intérêts de Washington. Mais aller plus loin semble à la fois risqué, car cela provoquerait un mouvement de résistance à Taïwan, même si improbable, du fait de la volonté des États-Unis de conserver un contrôle sur la première chaîne d’îles qui entoure la Chine, dont, comme Okinawa et les Philippines, Taïwan fait partie. Asie Équilibres internationaux et mondialisation
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