● Courrier International
📅 23/05/2026 à 08:56
L’onde de choc de la guerre en Iran sur l’économie mondiale, en cartes et graphiques
Géopolitique
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The Economist Lecture 4 min. Publié le 23 mai 2026 à 10h56 Plus de deux mois après la fermeture du détroit d’Ormuz, “The Economist” a réalisé un travail infograhique sur les répercussions économiques à travers la planète. Des pénuries de carburant à la flambée du prix des pistaches, en passant par les conséquences sur les usines produisant des semi-conducteurs. Voilà plus de deux mois que le détroit d’Ormuz est presque totalement fermé à la navigation. Ni les menaces ni les velléités de négociation des Américains n’y ont rien fait, pas plus que les offres d’assistance aux navires bloqués dans le passage. C’est l’un des plus gros chocs énergétiques de l’histoire, sans aucune résolution en vue. Voici ses conséquences en détail. Pétroliers transitant par le détroit d’Ormuz, par semaine Avant la guerre, le détroit d’Ormuz voyait passer chaque mois environ 1 500 navires pétroliers. Ils ne passent plus qu’au compte-gouttes : en avril, on estime qu’ils n’ont été que 180. C’est l’équivalent de 12 % de la consommation mondiale qui manque à l’appel, selon nos estimations. Pour chaque mois supplémentaire de fermeture du détroit, c’est 2 % de la consommation annuelle de gaz naturel liquéfié qui fait défaut. À lire aussi : Énergie. Pourquoi le choc pétrolier annoncé ne s’est pas (encore) produit Détroit d’Ormuz, exportations de pétrole brut par destination, en millions de barils par jour (2025) Environ 85 % du pétrole et 90 % du gaz qui transitent en temps normal par le détroit sont destinés à l’Asie. Après la fermeture d’Ormuz, les cours du pétrole ont bondi – de plus de 70 %, même, dans certains pays. Un choc particulièrement violent là où les réserves sont basses, comme au Pakistan ou aux Philippines. À lire aussi : Économie. Guerre dans le Golfe : après le choc, l’Asie doit revoir toute sa stratégie énergétique Importations de GPL en millions de tonnes (2025) La cuisine au gaz de pétrole liquéfié est très répandue dans de nombreux pays d’Asie, or une grande partie de ce GPL est importé via le détroit d’Ormuz. En Inde, où cette part atteint 90 %, la crainte d’une pénurie s’est traduite par une fièvre d’achats. Privés de ce combustible, certains restaurants ont dû fermer. À lire aussi : Commerce. L’économie indienne fortement secouée par la guerre au Moyen-Orient Origine des importations de naphta dans une sélection d’économies d’Asie (2025) Les plastiques ont vu leur prix s’envoler avec celui du pétrole brut, dont ils sont généralement dérivés. D’autres matériaux entrant dans leur composition, notamment des produits du raffinage comme le naphta, proviennent aussi du Moyen-Orient. Plusieurs fabricants de plastique en Asie, s’estimant confrontés à un cas de force majeure, se sont affranchis de certaines obligations contractuelles. À lire aussi : Pétrole. Pourquoi le blocus du détroit d’Ormuz fait craindre une crise sanitaire au Japon Usines de semi-conducteurs, parts de marché en pourcentage (2025) L’usine qatarie de Ras Laffan, qui produit un tiers de l’hélium mondial, a dû fermer en raison des attaques de l’Iran. Cette baisse de la production est un coup particulièrement dur pour la Corée du Sud et pour Taïwan, les deux géants asiatiques des puces électroniques, qui utilisent l’hélium pour refroidir les aimants utilisés dans la fabrication des semi-conducteurs. Les États-Unis, gros producteur d’hélium, sont à l’abri de cette pénurie. Prix de l’urée, en dollars la tonne Ces quatorze pays (voir carte) importent plus de 25 % de leurs engrais du golfe Arabo-Persique. Là encore, l’Asie est rudement touchée. C’est aussi le cas de l’Afrique de l’Est. Environ 35 % des importations du Kenya et de l’Ouganda proviennent du Golfe, et c’est plus de 60 % pour le Malawi. Les agriculteurs ne pourront pas assumer la hausse des prix, et leurs récoltes vont s’en ressentir. À lire aussi : Géopolitique. Le risque de famine en Afrique aggravé par le blocage du détroit d’Ormuz Les États européens prennent des mesures pour limiter la hausse des prix pour les consommateurs. Sur les 27 pays de l’Union européenne, 19 ont mis en place des aides ou des réductions de taxes sur les carburants. À lire aussi : Économie. “Profiteurs de crise” : partout en Europe, des yeux rivés sur les prix à la pompe Prix du baril de kérosène, en dollars Le continent européen, doté de faibles capacités de raffinage, est dépendant du kérosène importé du Golfe. Un manque qu’il compense pour moitié par une hausse des importations venues des États-Unis. De 800 dollars (690 euros) la tonne avant la guerre, le kérosène est passé à 1 500 dollars (1 290 euros), poussant les compagnies aériennes à augmenter leurs tarifs et à modifier leurs calendriers de vols. Mais l’Agence internationale de l’énergie avertit que l’Europe pourrait subir d’importantes pénuries de kérosène à partir de juin, ce qui pourrait entraîner une vague plus importante encore d’annulations. À lire aussi : Économie. Face au spectre d’une pénurie de kérosène, les compagnies aériennes affinent leur stratégie Prix de l’essence à la pompe aux États-Unis, en dollars par gallon La demande d’exportations américaines de pétrole brut et de ses dérivés raffinés est en augmentation, ce qui contribue aussi à tirer vers le haut les prix à la pompe aux États-Unis. Le gallon d’essence (3,78 litres) avoisine aujourd’hui les 4,60 dollars (4 euros), contre à peine plus de 3 dollars (2,60 euros) en février. Et l’été, qui voit de nombreux Américains prendre la route, ne devrait pas améliorer les choses. Selon les prévisions, si le détroit ne rouvre pas, le gallon pourrait dépasser les 5 dollars – du jamais-vu depuis 2022. À lire aussi : Économie. La guerre en Iran coûte des “sommes colossales” aux contribuables américains Aluminium, surprix régional, en milliers de dollars la tonne Environ 20 % de l’aluminium utilisé par les États-Unis provient du golfe Arabo-Persique – une matière première dont le prix a bondi de 13 % depuis le début de la guerre. Le secteur automobile américain est particulièrement mis en difficulté. Comparé à d’autres secteurs de l’économie des États-Unis, il subit des taxes à l’importation bien plus élevées : le gouvernement Trump a mis en place des droits de douane de 50 % sur les importations d’aluminium. Ford prévoit cette année un doublement des coûts de ses matières premières. Le prix de la pistache s’emballe aussi, alors qu’un cinquième de la production mondiale vient d’Iran. Les cours étaient déjà élevés depuis la vogue du chocolat de Dubaï. Mais avec la perturbation de l’approvisionnement, ils ont atteint en mars 4,57 dollars (environ 4 euros) la livre, du jamais-vu depuis huit ans. À lire aussi : Commerce. Le marché de la pistache, très en vogue, percuté par la guerre dans le Golfe Donald Trump a beau annoncer un jour sur deux un accord imminent, un retour durable à la paix ne semble pas pour demain. Et quand bien même les belligérants parviendraient à s’entendre, les dégâts causés à l’économie mondiale par la fermeture du détroit sont profonds. Il faudra des mois pour que la production, le raffinage et le transport du pétrole reviennent à la normale. Aussi le choc ressenti aujourd’hui n’est-il probablement qu’un début. Traduit par Julie Marcot Lire l’article original Semi-conducteurs Cours du pétrole Infographie Géopolitique Détroit d’Ormuz Déchets plastiques Source de l’article The Economist (Londres) Grande institution de la presse britannique, The Economist, fondé en 1843 par un chapelier écossais, est la bible de tous ceux qui s’intéressent à l’actualité internationale. Ouvertement libéral, il défend généralement le libre-échange, la mondialisation, l’immigration et le libéralisme culturel. Il est imprimé dans six pays, et 85 % de ses ventes se font à l’extérieur du Royaume-Uni. Aucun des articles n’est signé : une tradition de longue date que l’hebdomadaire soutient par l’idée que “la personnalité et la voix collective comptent plus que l’identité individuelle des journalistes”. Sur le site de The Economist, outre les principaux articles du journal, on trouve d’excellents dossiers thématiques et géographiques faits par The Economist Intelligence Unit, ainsi que des contenus multimédias, des blogs et le calendrier des conférences organisées par le journal à travers le monde. En prime : la mise à jour régulière des principaux cours de la Bourse. La couverture du magazine peut varier selon les éditions (Royaume-Uni, Europe, Amérique du Nord, Asie), mais le contenu est le même ; au Royaume-Uni, cependant, quelques pages supplémentaires traitent de l’actualité nationale.The Economist appartient pour 43,4 % à la famille italienne Agnelli, le reste du capital étant réparti entre de grandes familles britanniques (Cadbury, Rothschild, Schroders…) et des membres de la rédaction. Lire la suite Sur le même sujet Analyse. L’Asie centrale, nouveau carrefour énergétique face au blocus du détroit d’Ormuz Analyse. L’Iran finira-t-il par fléchir sous le poids du blocus américain ? Économie. Ces nouvelles routes commerciales qui contournent le détroit d’Ormuz Carte. Le blocage du détroit d’Ormuz, une chance à saisir pour la Syrie
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