● Revue Conflits
📅 21/05/2026 à 16:25
Ni guerre ni paix : comment Xi et Trump ont inventé leur coexistence
Géopolitique
👤 Alex Wang
La rencontre entre Xi Jinping et Donald Trump, soigneusement mise en scène, a envoyé un message clair : malgré leur rivalité croissante, la Chine et les États-Unis doivent maintenir le dialogue. Marque-t-elle le début d’une « stabilité stratégique constructive » entre les deux grandes puissances ? La Chine a accueilli Trump avec tous les attributs d’une grande puissance sûre d’elle-même. La relation sino-américaine n’est plus asymétrique : elle devient progressivement une relation d’égal à égal. Malgré les tensions structurelles, les deux puissances semblent avoir reconnu qu’aucune ne peut éliminer ou soumettre totalement l’autre. Cette prise de conscience pourrait favoriser l’émergence d’un nouveau modus vivendi fondé non sur la confiance, mais sur une gestion pragmatique de la rivalité. La Chine a accueilli Donald Trump avec tous les attributs d’une grande puissance sûre d’elle-même. Les cérémonies, les rencontres officielles, le ton employé par les médias chinois et l’atmosphère générale de la visite traduisaient une confiance nouvelle. Elle voulait montrer qu’il est désormais impossible de la traiter comme une puissance secondaire. La relation sino-américaine n’est plus une relation asymétrique où les États-Unis dictent seuls les règles du jeu. Elle devient progressivement une relation d’égal à égal. L’attitude même de Donald Trump durant cette visite fut révélatrice. Habitué aux improvisations, aux déclarations spontanées et aux provocations verbales, il est apparu cette fois plus discipliné et plus mesuré. Il a soigneusement lu son discours, évitant les digressions qui caractérisent souvent sa communication politique. Cette retenue inhabituelle traduisait probablement une reconnaissance implicite du nouveau rapport de forces. Trump semblait comprendre qu’il ne s’adressait plus à une puissance émergente dépendante de l’Occident, mais à un acteur capable de contester l’hégémonie américaine. Cette rencontre intervient dans un contexte historique particulier. Depuis plusieurs années, les relations entre ces deux pays oscillent entre coopération économique, concurrence technologique et tensions géopolitiques. Guerre commerciale, sanctions économiques, rivalité dans le domaine de l’intelligence artificielle, tensions autour de Taiwan, concurrence militaire dans le Pacifique occidental : tous ces éléments témoignent d’une transformation profonde du système international. Taiwan : le cœur du problème stratégique Au cours des discussions entre Xi Jinping et Donald Trump, la question de Taiwan est apparue comme l’enjeu central de la relation sino-américaine. Xi Jinping a clairement indiqué que cette question constituait le « premier bouton de la chemise ». L’image utilisée était particulièrement significative : si le premier bouton est mal positionné, toute la suite devient désordonnée. Autrement dit, si la question taiwanaise est mal gérée, l’ensemble de la relation bilatérale risque de basculer dans la confrontation. Pendant longtemps, les États-Unis bénéficiaient d’une supériorité militaire écrasante dans le Pacifique. Désormais, la Chine possède des capacités de déni d’accès qui rendent une confrontation beaucoup plus risquée, voire impossible pour Washington. Le récent discours de Trump sur Fox News après sa visite en Chine pourrait être interprété comme un changement radical de la position américaine : « Je n’ai pas envie que quelqu’un déclare l’indépendance et, vous savez, nous sommes ensuite censés faire 15 000 kilomètres pour faire la guerre », « Nous n’avons pas envie que quelqu’un se dise « proclamons l’indépendance parce que les États-Unis nous soutiennent ». »[1] La capacité des deux puissances à gérer ce dossier déterminera en grande partie l’avenir de leurs relations. « Si le premier bouton est mal positionné, toute la suite devient désordonnée. » Xi Jinping à Donald Trump sur la question de Taiwan. Lire aussi : États-Unis / Taïwan : vers la fin de l’« ambiguïté stratégique » ? À propos de la guerre de l’Iran Lors de sa visite à Pékin, Donald Trump a clairement sollicité l’aide de la Chine afin d’utiliser son influence sur l’Iran pour favoriser la réouverture du détroit d’Ormuz, passage stratégique essentiel pour le commerce énergétique mondial. Cette demande illustrait à la fois l’importance géopolitique du dossier iranien et la reconnaissance implicite du poids croissant de Pékin au Moyen-Orient. La réponse chinoise s’est toutefois révélée prudente, mesurée et sans engagement concret. Vers un nouveau modus vivendi pour éviter le piège de Thucydide Malgré les tensions et la compétition croissante, Xi Jinping et Donald Trump semblent avoir reconnu une réalité essentielle : aucune des deux puissances ne peut éliminer ou soumettre totalement l’autre. Cette prise de conscience pourrait favoriser l’émergence d’un nouveau modus vivendi, c’est-à-dire une forme de coexistence stratégique fondée non pas sur la confiance totale, mais sur une gestion pragmatique de la rivalité. Les deux dirigeants comprennent que les conséquences d’une confrontation ouverte seraient immenses. Les économies chinoise et américaine restent profondément interconnectées. Une rupture brutale provoquerait des perturbations majeures pour le commerce mondial, les marchés financiers, les chaînes logistiques et la stabilité géopolitique internationale. Lorsque la Chine et les États-Unis coopèrent, même partiellement, l’économie mondiale bénéficie généralement d’une plus grande stabilité. À l’inverse, lorsque les tensions augmentent, les répercussions se font sentir partout : volatilité financière, ralentissement des investissements, fragmentation des chaînes d’approvisionnement et montée des incertitudes stratégiques. Cette interdépendance pousse les deux camps à rechercher un équilibre minimal. Cependant, il serait illusoire de croire que la compétition va disparaître. Les États-Unis continueront probablement à tenter de limiter l’influence chinoise dans les secteurs stratégiques. Washington ne renoncera pas facilement à son statut de première puissance mondiale. La Chine, de son côté, a progressivement abandonné toute illusion concernant les intentions américaines. Les dirigeants chinois considèrent désormais que les tentatives d’endiguement feront partie durablement de la politique américaine, quel que soit le président au pouvoir. « La Chine se prépare à une confrontation de long terme tout en maintenant ouvertes les possibilités de coopération. Cette approche pragmatique correspond à la logique d’un modus vivendi : accepter l’existence de désaccords profonds tout en évitant qu’ils ne dégénèrent en conflit majeur. » La Chine se prépare donc à une confrontation de long terme tout en maintenant ouvertes les possibilités de coopération. Dans cette perspective, plusieurs domaines de coopération restent possibles : la stabilité financière internationale, la lutte contre le changement climatique, la sécurité des chaînes d’approvisionnement, la gestion des crises sanitaires mondiales, la non-prolifération nucléaire et la régulation de certaines technologies émergentes. Lire aussi : Chine–États-Unis : gare à la fascination pour le « piège de Thucydide » ! Le véritable défi consiste donc à construire des mécanismes de dialogue capables de prévenir les crises et de limiter les risques d’escalade. Les efforts visant à établir « une stabilité stratégique constructive » répondent précisément à cette nécessité : éviter que la rivalité structurelle ne se transforme en confrontation militaire directe. La question centrale demeure : les États-Unis et la Chine sont-ils capables de construire une coexistence stratégique stable malgré leur rivalité structurelle ? La rencontre de mai 2026 n’y répond pas définitivement — mais elle indique que les deux puissances préfèrent, pour l’heure, la gestion prudente de la rivalité à l’affrontement ouvert. Lire aussi : Chine / États-Unis : le piège de Thucydide
🔗 Lire l'article original
👁️ 1 lecture