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📅 21/05/2026 à 08:39
« Pour une AI Gigafactory en France » : comment le consortium AION s'est organisé
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👤 Clément Bohic
Dans la perspective de l’appel d’offres pour les AI Gigafactories, le consortium AION est en ordre de bataille. 7 de ses membres, réunis cette semaine à Paris, ont fait passer le message. Quel est cet appel d’offres ? Foncier, budget, fournisseurs de puces, puissance ciblée… AION en dit peu pour le moment. Il faut dire que l’appel d’offres n’est pas encore publié. Le consortium l’espère « dans les prochaines semaines ou les prochains mois »… L’appel d’offres émanera de la Commission européenne. L’entreprise commune EuroHPC en a esquissé les grandes lignes dans un appel à manifestation d’intérêt lancé en avril 2025. Les « méga-usines d’IA » sont censées embarquer « plus de 100 000 puces avancées », contre 25 000 pour les plus grandes AI Factories que Bruxelles avait impulsées dans un premier temps. Qui compose le consortium AION ? AION s'était signalé peu après la publication de cet appel à manifestation d'intérêt. Scaleway faisait figure de tête de pont. 9 entreprises avaient « manifesté leur soutien » : Artefact, Bull, H Company, Hugging Face, Kyutai, SiPearl, Sopra Steria, VSORA (puces RISC-V) et VML (société de conseil). Ils sont désormais 28, au croisement des sphères publique et privée. Le groupe Iliad a rejoint, sur la liste, ses filiales Kyutai et Scaleway. Il est aussi présent à travers OpCore, opérateur de datacenters qu'il détient à parts égales avec la société d'investissement InfraVia. Côté sphère publique, Inria et GENCI en sont. Comme PariSanté Campus (cluster en santé numérique à l'origine duquel on trouve l'Inserm, Inria, l'Agence du numérique en santé, le Health Data Hub et l'Université PSL). Capgemini, EDF, Schneider Electric et Orange sont également de la partie. Bouygues l'est via sa filiale Equans (énergie et services). AION comprend un autre écosystème d'innovation en santé numérique : Future4Care, né d'un partenariat entre Sanofi, Generali, Capgemini et Orange. LightOn et Quandela ont également répondu à l'appel. Comme Crédit Agricole et la société de capital-investissement Ardian, également présente à travers sa filiale Verne, opératrice de datacenters. Dans cette « équipe France », comme l'appellent certains membres, quatre sociétés ont leurs bases hors de France : Nokia (Finlande), Multiverse Computing (Espagne), Verne (Royaume-Uni) et Hugging Face (États-Unis). Quel budget prévisionnel ? Sur la base des coûts de marché actuels, le projet pourrait représenter 10 milliards d'euros d'investissements, selon Benoît Guillochet, head of infrastructure Europe d'Ardian. Iliad s'est dit prêt à mobiliser 4 Md€. « Les rivalités économiques n'empêchent pas de faire front sur l'IA », clame l'intéressé. Vincent Luciani lui fait écho. L'ordre de grandeur de ce qui sera investi cette année aux États-Unis est de 700 milliards, rappelle le président exécutif d'Artefact. « Évidemment qu'il faut qu'on regroupe nos forces [dans l'optique de] sécuriser des volumes et des tarifs », ajoute-t-il. À défaut d'avoir des acteurs à l'échelle, ayons un projet à l'échelle pour apporter des tokens en quantité massive et au meilleur coût, promeut en substance Jérôme Berger, directeur de la stratégie d'Orange. Étienne Grass, chief AI officer de Capgemini Invent, insiste sur le prix du token comme facteur de compétitivité majeur. La semaine dernière, fait-il remarquer, la Réserve fédérale d'Atlanta a publié une estimation de la dépense moyenne en tokens des salariés américains. Dans les entreprises de plus de 250 salariés, elle avoisine 3200 $ par an. « C'est 2 % de la masse salariale », note l'intéressé, convaincu qu'on « va monter autour de 10-15 % ». Vincent Luciani confirme : avec le développement des architectures agentiques, le volume de tokens consommé par personne chez Artefact a décuplé sur les 3 derniers mois. « C'est à peu près équivalent chez beaucoup de nos clients », précise-t-il. Et d'en conclure qu'il est urgent de « sécuriser la capacité maintenant : dans quelques mois ou quelques années, on n'en aura pas ou on la paiera très cher. » Quelles attentes ? L'appel à manifestation d'intérêt suggère qu'il y aura probablement deux commandes pour les AI Gigafactories. Une de l'Europe et une de l'État hôte. AION vise, dans un premier temps, « plusieurs centaines de millions d'euros » de commande publique. Le consortium s'est aussi organisé pour fédérer la demande privée, assure Damien Lucas. Objectif : sécuriser au minimum une grande partie de la première tranche, qui sera de l'ordre de 100 MW, selon le directeur général de Scaleway. Le gigawatt « est probablement l'ambition qu'on peut avoir », sous réserve de ce que publiera la Commission européenne. Des sociétés membres d'AION en seront aussi clientes. Il en sera notamment ainsi de Bull. « Nous allons contribuer en prenant un peu d'offtake », confirme son directeur général Emmanuel Le Roux. Dit autrement : « Nous utiliserons les ressources de la Gigafactory pour déployer des cas d'usage [de] nos clients ». Quelles ressources foncières et informatiques ? En 2025, la France a mis en place une procédure spécifique dite « fast track » pour le raccordement rapide de datacenters au réseau électrique. L'une des initiatives à en bénéficier est celle d'OpCore et d'InfraVia en Seine-et-Marne, sur le site de l'ancienne centrale EDF de Montereau. Interrogé quant à l'opportunité d'y implanter l'AI Gigafactory, Damien Lucas préfère rappeler qu'il n'est « pas raisonnable de [tout] mettre sur un seul site », avant tout pour d'évidentes questions de résilience. Quant aux fournisseurs des ressources de calcul, AION reste pareillement ouvert, a fortiori en attente de l'appel d'offres. « Aujourd'hui, il n'y a aucune forme d'exclusivité. On se laisse toutes les possibilités », résume Damien Lucas. Sur ce front, SiPearl et VSORA contribueront probablement à diversifier les fournisseurs. Quandela aussi. Dans une AI Gigafactory, toute la puissance ne sera pas dédiée à l'IA, souligne Damien Lucas. Il y aura des mégawatts de HPC pour la simulation, pour les CPU (y compris pour l'inférence ; Scaleway a annoncé l'an dernier des travaux avec Fujitsu)... et pour le quantique. Pour Jérôme Berger, la présence de Quandela sous-tend, entre autres enjeux de souveraineté, celui, sur le court terme, de conserver les simulations quantiques sur GPU en Europe. Beaucoup de start-up les réalisent aujourd'hui aux États-Unis, constate-t-il. « On a deux start-up françaises qui fournissent des processeurs, fait remarquer Étienne Grass. Le rôle de la Gigafactory sera aussi de donner à ces technologies un accès massif au marché. Si on ne donne pas à nos start-up la chance de passer à l'échelle, on n'aura jamais un AMD, un Intel ou un NVIDIA en Europe et on ne sera jamais complètement souverain. » Côté datacenters, Ardian rappelle que Verne, qui avait initialement développé son parc en Europe du Nord, a désormais un projet en France « [qui] fera partie des capacités utilisables ». Des discussions sont en cours avec Mistral AI, absent remarqué du consortium AI. Illustration
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