● BFM Tech
📅 13/05/2026 à 20:49
Troisième semaine de procès entre Elon Musk et OpenAI: accusé d'être un manipulateur et un menteur, Sam Altman se défend et attaque son rival
Géopolitique
Entendu mardi dans le cadre du procès opposant son entreprise à Elon Musk, Sam Altman a été secoué par les attaques de l'avocat du patron de Tesla. Il a cependant profité de son audition pour riposter contre le milliardaire.Après Elon Musk la semaine dernière, c'est au tour de son ami devenu rival, Sam Altman, de se faire entendre. Alors que le procès d'OpenAI a entamé sa troisième semaine, son PDG a tenu à se défendre mardi face aux accusations du patron de Tesla.L'initiateur de ce règlement de comptes reproche aux dirigeants de la start-up derrière ChatGPT d'avoir "volé" la fondation à but non lucratif qu'ils avaient créée ensemble en 2015 pour en faire une machine à profits. Il déplore également qu'ils aient détourné ses dons de départ, soit 38 millions de dollars, pour bâtir un champion mondial privé de l'IA générative.Quatrième et dernier multimilliardaire à témoigner dans cette affaire (après Elon Musk, le PDG de Microsoft Satya Nadella et le président d'OpenAI Greg Brockman), Sam Altman a évidemment nié ces accusations et n'a pas fait de cadeau à son ancien ami.Elon Musk a causé "d'énormes dégâts" à OpenAICofondateur d'OpenAI, Elon Musk y est resté trois ans avant de claquer la porte. Entretemps, il a causé "d'énormes dégâts" à la culture de la start-up, a déclaré Sam Altman à la barre. Des dommages liés à la manière dont le patron de Tesla et de SpaceX gère ses entreprises, mais qui n'était pas compatible avec la jeune pousse. D'après son désormais ennemi juré, il aurait notamment exigé que Greg Brockman et Ilya Sutskever, autre cofondateur, de classer les chercheurs en fonction de leurs réalisations et "de faire le tri sans pitié"."Dans un laboratoire de recherche où les gens ont besoin, en quelque sorte, d'une sécurité psychologique et de temps pour approfondir une idée, cette idée selon laquelle il faut constamment montrer des résultats, et que si ceux-ci ne sont pas assez bons à court terme, on risque d’être licencié… Cela ne fonctionnait vraiment pas pour le type de recherche que nous avons mené avec succès par la suite", a déclaré Sam Altman. Le départ d'Elon Musk a ainsi "d'une certaine manière, remonté le moral" aux employés, car ils n'avaient plus "à travailler de cette façon", a-t-il ajouté.L'obsession d'Elon Musk pour le contrôle d'OpenAIC'est la raison même de ce procès: depuis le début, Elon Musk estime que lui et la vocation non lucrative d'OpenAI ont été trahis par les dirigeants de la société qui ont changé son statut. C'est pourtant ce que le milliardaire a essayé de faire avant de quitter l'entreprise, ont-ils répliqué.À l'été 2017, Elon Musk avait discuté en détails avec les cofondateurs d'un virage commercial d'OpenAI, indispensable pour lever les milliards nécessaires pour payer les ingénieurs et la puissance de calcul. Une victoire de la machine dans le jeu vidéo Dota2 venait de démontrer le potentiel, captant l'attention d'investisseurs. Une des idées du milliardaire pour y parvenir était de fusionner le laboratoire avec Tesla.À l'époque, raconte Sam Altman, Elon Musk réclame "90% des parts". "Il a adouci ensuite, mais c'était toujours une majorité" absolue, et il "refusait de s'engager par écrit" à partager le pouvoir à terme. Or l'entreprise s'est donnée pour mission de développer une IA générale (aussi intelligente que les humains, NDLR) et qui est bénéfique à tout le monde. Pour l'actuel patron d'OpenAI, il était alors clair qu'Elon Musk voulait prendre le contrôle total de la société."Ça m'a mis très mal à l'aise", s'est-il remémoré à la barre, ajoutant que de par son expérience à la tête de l'incubateur de start-up Y Combinator, il savait que "les fondateurs qui détenaient le contrôle ne le cédaient généralement pas".Sam Altman a partagé un autre moment qu'il a trouvé particulièrement troublant: lorsque les autres cofondateurs d'OpenAI ont demandé à Elon Musk ce qu'il se passerait s'il mourait alors qu'il contrôlait la jeune pousse, il aurait répondu que celle-ci devrait peut-être revenir à ses enfants.Sam Altman contraint d'admettre qu'il ne dit pas toujours la véritéL'audition de Sam Altman a surtout été marquée par son duel tendu avec l'avocat de la partie adverse, Steven Molo. "Êtes-vous totalement digne de confiance ?", a attaqué d'entrée ce dernier. Conscient de sa réputation dans la Silicon Valley, l'entrepreneur a alors répondu: "je crois que oui".S'il est admiré pour son brillant parcours d'investisseur, l'ancien ami d'Elon Musk a été débarqué par surprise de la tête d'OpenAI en novembre 2023, jugé non-transparent par son conseil d'administration. Soutenu par de nombreux employés, il avait été réintégré cinq jours plus tard, mais les témoignages l'accusant d'avoir instauré une "culture toxique du mensonge" sont toujours présents.Appelée à témoigner, l'ancienne directrice technique de la start-up, Mira Murati, a affirmé à la barre que Sam Altman lui avait donné une fausse information concernant les normes de sécurité d'un nouveau modèle d'IA. Plus précisément, il aurait soutenu que le service juridique d'OpenAI avait déterminé que ce modèle n'avait pas besoin d'être examiné par le comité de sécurité de déploiement de la société. Mira Murati aurait par la suite découvert des versions contradictoires des faits entre le service juridique et lui.Début avril, un portrait-enquête du magazine New Yorker a en outre consolidé l'image de manipulateur accolée à l'entrepreneur de 41 ans et posé la question: "peut-on lui confier l'avenir de l'IA et de l'humanité ?" Son domicile de San Francisco a depuis été visé par un cocktail Molotov.Décidé à appuyer là où ça fait mal, Steven Molo n'a pas lâché l'affaire. "Dites-vous toujours la vérité ?", a relancé l'avocat. "Je crois que je suis une personne sincère", a répliqué Sam Altman. "Ce n'était pas ma question", a alors pressé le premier. "Je suis sûr qu'il m'est arrivé, à un moment de ma vie, de ne pas le faire", a fini par admettre le patron d'OpenAI, après avoir marqué une pause.Un patron davantage préoccupé par ses propres intérêtsL'objectif de Steven Molo était aussi de dépeindre Sam Altman comme une personne davantage préoccupée par ses propres objectifs que par la mission de l'organisation à but non lucratif qu'était OpenAI. Il a ainsi montré un courriel datant de 2017 et dans lequel Greg Brockman et Ilya Sutskever, lui demandaient pourquoi il souhaitait tant devenir directeur général de l'entreprise. Ils s'interrogeaient en effet sur un éventuel lien avec ses ambitions politiques. Le principal concerné a reconnu à la barre qu'il avait envisagé de se présenter au poste de gouverneur de Californie.L'avocat du camp Musk voulait également présenter Sam Altman comme une personne cherchant à s'enrichir personnellement grâce à des opérations d'initiés entre les entreprises dans lesquelles il détient des parts. Il a exposé une liste des investissements personnels de l'entrepreneur dans plusieurs sociétés susceptibles de tirer profit de leur association avec la start-up derrière ChatGPT.Parmi elles figuraient Helio Energy, qui est spécialisée dans la fusion nucléaire et a conclu des accords avec Microsoft et OpenAI, ainsi que Cerebras, un fabricant de puces en partenariat avec la jeune pousse. À noter que Sam Altman est accusé de conflit d'intérêts par des procureurs républicains pour ces parts indirectes dans sa propre entreprise.Sam Altman a tenté d'apaiser les critiques d'Elon MuskElon Musk a quitté OpenAI en 2018, mais ce n'est pas pour autant qu'il a coupé les ponts avec Sam Altman. Ou plutôt, il lui est arrivé de le contacter pour... l'attaquer. Le patron de Tesla lui a par exemple envoyé un message fin 2022 pour se plaindre des 10 milliards de dollars que Microsoft s'apprêtait à investir dans le laboratoire.Pour rappel, Elon Musk accuse le géant de l'informatique d'avoir aidé et encouragé l'entreprise à abandonner sa mission non lucrative. En réponse à son SMS, Sam Altman lui a proposé des parts dans OpenAI. Il l'a même fait à plusieurs reprises d'après Steven Molo. L'avocat a laissé entendre que le père de ChatGPT avait agi ainsi pour tenter d'apaiser les critiques de son rival concernant le partenariat avec Microsoft.Quelques semaines plus tard, en février 2023, c'est Sam Altman qui a écrit à Elon Musk. "Je ne pense pas qu'OpenAI aurait vu le jour sans vous", lui a-t-il confié. À la barre, l'entrepreneur de 41 ans a justifié ce message par la volonté de faire cesser les attaques publiques de son ancien ami, mû par la "jalousie" au moment de l'explosion de ChatGPT. "J'ai changé de point de vue sur l'importance d'Elon", a-t-il affirmé.Avant ce contre-interrogatoire pesant, Sam Altman s'était défendu, guidé par son avocat, contre l'accusation d'avoir "volé une organisation caritative", le leitmotiv de Musk. Près d'un milliard d'utilisateurs réguliers de ChatGPT et une entreprise valorisée à 850 milliards de dollars : "cela ne correspond pas à ma conception de ce que signifie détourner une organisation philanthropique", a-t-il déclaré. "Je suis très fier du travail accompli (...) et du soutien dont bénéficie" la fondation d'origine, grâce au succès d'OpenAI, a-t-il ajouté.Avec ce procès, Elon Musk espère obtenir le retour d'OpenAI à son statut de fondation, ce qui l'obligerait à renoncer à ses investisseurs privés, comme Microsoft, Amazon ou Softbank, essentiels dans la course mondiale à l'IA. Mais le sort de la start-up n'est pas encore scellé, le jury étant censé débuter ses délibérations après les plaidoiries jeudi.Les plus lusDonald Trump publie un dessin montrant le Venezuela comme "51e Etat" américain"Plus de 34 euros net supplémentaires par mois": le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou annonce que le SMIC va augmenter de 2,4% à partir du 1er juinPrésidentielle 2027: Marine Le Pen affirme qu'elle "sera candidate" en cas de condamnation à une peine avec sursis"Les Français peuvent voyager comme ils le souhaitent": malgré les craintes de propagation de l'hantavirus, le ministre des Transports exclut (pour le moment) toute restriction ainsi que le port du masque obligatoire16 ans après Knysna, on tient peut-être enfin le nom de la taupe (mais il n'est même pas au courant)
🔗 Lire l'article original
👁️ 2 lectures