● Courrier International
📅 13/05/2026 à 16:59
À Nairobi, Emmanuel Macron séduit avec ses séquences de communication politique
Géopolitique
Le président français, Emmanuel Macron, et son homologue kényan, William Ruto, lors du sommet Africa Forward, à Nairobi, le 11 mai 2026. photo Monicah Mwangi/REUTERS Opération séduction réussie pour Emmanuel Macron après le sommet Africa Forward qui s’est tenu à Nairobi les 11 et 12 mai. La presse kényane a largement commenté, et apprécié, les coups de communication du président français en marge de cette rencontre qui réunissait une trentaine de chefs d’État et des centaines de chefs d’entreprise. À lire aussi : Géopolitique. À Nairobi, la France en quête d’une nouvelle influence en Afrique “Le sommet Africa Forward s’est peut-être achevé par des dizaines d’accords bilatéraux signés, mais les exploits de Macron loin des tapis rouges resteront gravés dans les esprits et dans les cœurs”, s’extasie The Standard dans un article détaillé sur les à-côtés de la visite de trois jours du président français dans la capitale kényane. The Daily Nation consacre notamment un article entier au jogging qu’il a partagé avec la légende kényane de la course de fond Eliud Kipchoge. “Des vidéos de Kipchoge et Macron faisant leur jogging ensemble, flanqués d’une suite de fonctionnaires de l’ambassade de France et de personnel de sécurité, sont devenues virales”, note le quotidien kényan. William Ruto “est fou” Et pour l’Élysée, qui déploie beaucoup d’énergie dans cette quête de viralité, qui dit France dit gastronomie. Aussi “le président français, Emmanuel Macron, a suscité un vif intérêt sur Internet après avoir été aperçu en train de préparer un repas traditionnel kényan avec le chef itinérant Dennis Ombachi, à Nairobi, lors d’un des moments les plus décontractés de sa visite pour le sommet Africa Forward”, s’enthousiasme The Star à propos de cette “séquence presse”, comme les services de communication du Quai d’Orsay nomment habituellement ces instants censés être spontanés. À lire aussi : Diplomatie. Avec la tournée africaine de Macron, “la France est à la recherche d’un nouveau souffle” Beaucoup a été dit sur le fait que ce sommet correspondait à une rupture dans la diplomatie africaine de la France. Notamment sur le côté inédit de l’organiser dans un pays anglophone. S’affichant volontiers avec son homologue kényan, William Ruto, qui “devait être fou pour accepter cette offre de coprésider et de coorganiser un sommet comme celui-ci”, cite The Star dans un autre article, Emmanuel Macron a permis d’effectuer un “bougé” significatif, selon la lexicographie élyséenne. La presse kényane relève en revanche assez peu un moment d’arrogance toute présidentielle que les médias français ont amplement repris. Le premier jour du sommet, en effet, le chef de l’État avait interrompu un panel d’experts pour exiger de l’assistance qu’elle se taise. “C’est un total manque de respect”, avait alors lancé, péremptoire et anglais, Emmanuel Macron. 23 milliards d’euros d’investissements Parmi les réussites assumées, il y a ces promesses d’accords bilatéraux. Africa Business Communities salue le fait que “Macron a déclaré que l’Afrique et la France devaient être considérées comme des partenaires égaux partageant des objectifs communs. Lors d’une table ronde sur les technologies et l’intelligence artificielle, il a annoncé que 23 milliards d’euros d’investissements avaient été mobilisés grâce au sommet, dont 14 milliards provenant d’entreprises françaises et 9 milliards d’investisseurs africains.” À lire aussi : Géopolitique. Le Kenya, “plan B” de la France en Afrique ? Ce sommet a également permis d’engager des discussions de fond sur le fonctionnement de l’ONU et des nécessaires réformes que doit opérer l’institution. Alors que l’Union africaine réclame de longue date un, voire deux, siège permanent au Conseil de sécurité, composé actuellement des États-Unis, de la Russie, de la Chine, du Royaume-Uni et de la France, William Ruto a profité de la présence d’Emmanuel Macron pour en faire un plaidoyer en faveur de l’Afrique. The Daily Nation souligne tout de même une hypocrisie occidentale, car “en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, la France a elle aussi été critiquée pour son inaction ou pour son soutien à des résolutions biaisées du Conseil défavorables à l’Afrique”. Lors de son allocution, Emmanuel Macron a toutefois réaffirmé que “le continent africain a besoin d’une meilleure représentation. L’Afrique a la capacité de s’appuyer sur ses forces. Nous sommes prêts à contribuer à son financement grâce à un dispositif de sécurité remanié, respectueux de la souveraineté de chaque pays. Nous pouvons continuer à œuvrer ensemble pour que l’ONU puisse progresser sur des bases plus équitables.” Hégémonie impériale Signe d’enthousiasme dans cette volonté de réforme de l’ONU, actuellement dans la tourmente des nouveaux équilibres mondiaux et des coupes franches des États-Unis auprès des agences de l’organisation, son secrétaire général, António Guterres, était présent lors de la pose de la première pierre de l’agrandissement de l’antenne africaine de l’institution, permettant de passer de 2000 à 9 000 employés. “Cet investissement de 340 millions de dollars [environ 290 millions d’euros] constitue le plus important jamais réalisé par le secrétariat de l’ONU en Afrique en quatre-vingts ans d’existence”, tient à souligner UN news, l’agence de presse de l’ONU. Un bémol à cette communication savamment orchestrée est à relever, nuance The East African, qui estime que “malgré le discours convenu du sommet sur un ‘partenariat entre égaux’, la réalité – économique, diplomatique et militaire – est tout autre, et révèle un partenariat inégal”. Le quotidien rappelle judicieusement que “le PIB nominal de la France devrait atteindre environ 3 600 milliards de dollars en 2026, ce qui en ferait la septième économie mondiale. Le PIB cumulé de l’Afrique s’élève à 2 850 milliards de dollars”. Avec ces accords bilatéraux, “l’Afrique anglophone ne fait que renforcer l’hégémonie impériale en ajoutant une autre puissance européenne à l’espace géopolitique régional”, tance le quotidien kényan. Édouard Dropsy Kenya Afrique Géopolitique Sur le même sujet Vu de Guinée. Sommet Afrique-Europe : il est temps de “sortir des grandes déclarations” Récit. De la peine capitale à la robe d’avocat : l’incroyable histoire de la Kényane Ruth Kamande Médecine. 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