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📅 13/05/2026 à 10:55
Réglementer pour se défendre face aux États-Unis, ça ne marche pas, estime Arthur Mensch à la tête de Mistral AI
Géopolitique
👤 Stéphanie Bascou
© 01net.com. Le patron de Mistral AI, la start-up d’IA française, a profité de son audition à l’Assemblée nationale qui avait lieu mardi 12 mai en fin de journée pour tirer à boulets rouges sur la règlementation européenne du numérique, qui favorise selon lui les plus gros – les géants américains du secteur comme OpenAI ou Google. L’autonomie européenne en matière d’intelligence artificielle est-elle une réalité ? L’IA apporte-t-elle réellement des gains de productivité ? Arthur Mensch, à la tête de la société d’intelligence artificielle Mistral AI, était auditionné mardi 12 mai à l’Assemblée nationale. Sa start-up, fondée en 2023 « avec une quinzaine de personnes en France et en Angleterre, dont essentiellement des chercheurs », est l’une des seules entreprises européennes à être dans la course de l’IA. À l’origine, il s’agissait de « contrer cet oligopole » qui se formait aux États-Unis, a expliqué l’entrepreneur face à la commission d’enquête « sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique ». Aujourd’hui, les trois chatbots d’intelligence artificielle (IA) générative les plus utilisés sont ChatGPT (OpenAI), Gemini (Google) et Claude (Anthropic), tous développés par des sociétés outre-Atlantique. Et « ce qu’on a fait, c’est d’abord démontrer au monde qu’on savait entraîner des modèles de langage », a-t-il expliqué en amont. Ces modèles d’IA générative consistent à « transformer de l’énergie en intelligence, donc en génération de tokens qui sont derrière utilisés pour déléguer des tâches, pour faire de la recherche en mathématiques, pour opérer des chaînes logistiques, pour améliorer des outils, pour déployer des systèmes, embarquer dans des robots, dans des drones, etc », a poursuivi le cofondateur et directeur général de la licorne française. Cette technologie apporte-t-elle réellement « des gains de productivité très significatifs » ? La réponse est positive pour son dirigeant, qui explique s’appuyer sur les clients de la start-up, utilisateurs notamment de Le Chat, son chatbot IA. Ce même si ces gains n’ont pas encore été prouvés par des études macroéconomiques, « parce qu’en fait, on manque de recul. L’aspect délégation de tâches, “je laisse mon agent travailler pour moi pendant toute la journée”, ça ne marche que depuis six mois ». À lire aussi : Mistral lève 830 millions d’euros pour financer un gros projet en France « On ne prétend pas avoir un droit de regard sur l’utilisation in fine » de l’IA Et si le DG reconnait qu’avec l’IA, « certains métiers disparaissent presque », ces systèmes ont été conçus pour « aider les humains à être plus efficaces » tout en « les laissant dans la boucle sur les décisions importantes », a-t-il déclaré devant la commission d’enquête présidée par le député Modem Philippe Latombe. L’entreprise a actuellement « une dizaine de designers » qui réfléchissent « aux interactions avec les machines », a-t-il précisé. « L’humain a tendance à être un petit peu paresseux et donc si le truc (l’IA, NDLR) fait (travaille, NDLR) à sa place, il réfléchit de moins en moins », a concédé Arthur Mensch. Le cofondateur a également été interrogé sur l’éthique et l’utilisation de l’IA dans le secteur de la défense. Mistral AI travaille en effet avec « le ministère des Armées français », et « certains alliés de la France ». Or, elle ne prétend pas « au contraire d’autres acteurs, avoir un droit de regard sur l’utilisation in fine » de son IA, a taclé Arhtur Mensch. En mars dernier, Anthropic, la start-up américaine à l’origine de Claude, a décidé d’interdire au Pentagone de se servir de son IA générative à des fins militaires, provoquant un tollé outre-Atlantique. À lire aussi : Rejetée par Claude, l’armée américaine se tourne vers ChatGPT « On ne prétend pas avoir la légitimité pour expliquer aux armées françaises ce qu’elles peuvent faire et ce qu’elles ne peuvent pas faire de la technologie. On peut leur expliquer la fiabilité des choses », mais « qui est souverain finalement dans l’utilisation de la technologie ? C’est l’armée », a martelé le chef d’entreprise. La souveraineté a d’ailleurs été un des sujets principaux – et sans surprise – de cette audition, un terme décrit par Arthur Mensch comme des « leviers » à développer face aux États-Unis, à l’inverse de toute idée d’« isolationnisme ». Le patron de la première licorne française a notamment plaidé pour développer des data centers en France, « de la même manière qu’on a accepté de construire des mines de lithium en France, quitte à faire une mine (…). Ce qui serait dommage, c’est de faire des data centers dont l’essentiel de la valeur économique échappe complètement à la France. C’est ça le sujet. Donc quitte à prendre ces externalités-là, faisons en sorte que ça puisse être recyclé en R&D et en aspect bénéfique pour la France », a-t-il plaidé. À lire aussi : Data centers : une loi va faciliter leur installation, les associations s’inquiètent La réglementation, « ça favorise les plus gros » Mais le patron français a surtout expliqué aux parlementaires à quel point la réglementation européenne était « trop lourde ». À commencer par l’ouverture de plusieurs entités dans différents pays européens, qui a nécessité la signature « de centaines de documents » et l’ouverture de « dizaines de comptes en banque ». Ses équipes ont fait face à « tout un tas de réglementations (…) nationales, qui sont non unifiées » et « une fiscalité, évidemment, qui n’est pas unifiée (…). On se retrouve avec des situations fiscales qui sont franchement disparates entre les pays, donc ça c’est relativement catastrophique », a-t-il lancé. Or, « vous ne pouvez pas avoir de marché unifié si vous n’avez pas une forme de fiscalité unifiée, si vous n’avez pas une forme de droit social unifié », a poursuivi le patron de Mistral AI. Mais c’est surtout « l’empilement de réglementations qui sont plus ou moins cohérentes entre elles et qui nous forcent à documenter beaucoup de choses », a-t-il taclé. « Vous avez le RGPD (le règlement européen sur les données personnelles, NDLR). Vous avez toutes les lois sur le copyright et le text and data mining. Vous avez maintenant l’AI Act (le règlement européen sur l’IA, NDLR) qui n’est pas encore mis en œuvre, mais qui va l’être à partir d’août. Ça ne dit pas exactement la même chose, ça demande de la documentation qui est différente (…) » avec « 27 organes de mise en œuvre différents en Europe, qui sont plus ou moins zélés ». Et donc, « on se retrouve avec une équipe de compliance qui fait cinq personnes », souligne-t-il. À lire aussi : La proposition de Mistral pour soutenir la création européenne : faire payer l’IA L’intention est bonne, reconnait-il toutefois. Ces règles comme le DSA, le DMA ou encore l’AI Act ont été érigées pour « favoriser nos startups européennes » et « contrer les États-Unis ». Mais en pratique, « réglementer pour défendre, en général, ça ne marche pas », a-t-il taclé. Pire, « ça favorise les plus gros » comme les géants américains, plus à même de faire valoir leur point de vue via leurs très nombreux lobbyistes à Bruxelles, ville où sont décidés les règlements européens, a-t-il souligné en substance. À lire aussi : Les ONG alertent sur la docilité européenne à l’égard des géants du numérique « La réglementation vous met un overhead » tel qu’il faut être suffisamment gros pour y faire face, estime-t-il. Dit autrement : il faut pour s’y conformer employer une pléthore de juristes que les plus petits ne peuvent pas se permettre. À lire aussi : La loi sur l’IA va être « simplifiée », et ce n’est pas une bonne nouvelle pour les consommateurs européens La France, un « État vassal » ? Le DG a plaidé pour accentuer les efforts sur « la demande publique », qui devrait être « recyclée sur le territoire européen, c’est-à-dire que soit utilisée pour faire de la R&D sur le territoire européen. Ça vaut pour la défense, ça vaut pour tout le secteur public (…) Il faut être planificateur sur où est-ce que l’État dépense, mais pas planificateur sur comment les fonds sont utilisés », a-t-il ajouté. À lire aussi : « On est tous en passe de devenir des chauffeurs Deliveroo », estime l’ancien ambassadeur du Numérique pour la France Sur le chiffre d’affaires de Mistral AI, composé à 30 % en France, et à 70 % ailleurs (principalement « aux États-Unis et en Asie »), la part d’achats publics est de 20 % environ, dont 10 % française, a précisé l’homme à la tête de la première licorne française. Et pour ce dernier, le chemin à parcourir est tout tracé. « Il faut concentrer les efforts aux endroits où on est fort. Il se trouve qu’on a cette chance d’être relativement fort en intelligence artificielle. Il se trouve qu’on a cette chance d’avoir de la capacité électrique. Si on combine les deux, on peut retrouver une part de marché qui est soutenable. Et il faut absolument le faire parce que sinon », a-t-il lancé, « on va devenir un État vassal ». À lire aussi : Le juge français privé de carte bancaire et de Gmail par l’administration Trump témoigne : « Ma vie personnelle est devenue un laboratoire de la perte de souveraineté » 👉🏻 Suivez l’actualité tech en temps réel : ajoutez 01net à vos sources sur Google, et abonnez-vous à notre canal WhatsApp. Source : Audition d'Arthur Mensch à l'Assemblée nationale du 12 mai 2026 Assemblée nationaleauditionÉtats-UnisIAloisMistralMistral AIsociétésouverainetésouveraineté européenneUE Stéphanie Bascou Sur le même sujet La loi sur l’IA va être « simplifiée », et ce n’est pas une bonne nouvelle pour les consommateurs européens « Sans résilience sur les terres rares, pas de souveraineté industrielle » : Paris lance un plan national pour réduire la dépendance à la Chine E-commerce : Rakuten (ex-PriceMinister) en passe de fermer ses portes Le chiffrement ne protège ni des coupures à la technologie US, ni des lois US extraterritoriales, avertit le gendarme de la cybersécurité français Les dernières actualités Réglementer pour se défendre face aux États-Unis, ça ne marche pas, estime Arthur Mensch à la tête de Mistral AI Škoda victime d’un piratage : vos données et vos mots de passe ont peut-être été compromis Mise à jour Windows : Microsoft corrige 120 failles, dont 3 vulnérabilités qui risquent de faire des dégâts Gemini s’ajoute à Android Auto : voici les nouveaux superpouvoirs de votre tableau de bord Test JBL Go 5 : la reine des petites enceintes nomades s’améliore encore PS5, Xbox, Smart TV, jusqu’à -60% de remise grâce aux forfaits Bbox chez Bouygues Gemini débarque partout sur Android : comment Google va vous aider à automatiser votre quotidien Android 17 : Google dévoile les nouveautés de la prochaine mise à jour de votre smartphone Les tests à la une AirPods Pro 3 Google Pixel 9a Google Pixel 10 Google Pixel 10 Pro XL iPhone 17 iPhone 17 Pro iPhone 16e Samsung Galaxy S25 Samsung Galaxy S25 Ultra Samsung Galaxy A56 Samsung Galaxy A26 Samsung Galaxy A17 Starlink Xiaomi Redmi Note 14 4G Xiaomi Redmi Note 14 Pro Xiaomi 15T Pro
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