● Courrier International 📅 12/05/2026 à 18:18

Aux Philippines, course-poursuite au Sénat entre la police et son ancien chef

Géopolitique
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Le sénateur philippin Ronald Dela Rosa répond aux médias au Sénat à Manille, le 12 mai 2026. JAM STA ROSA/AFP Pour échapper à un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), le sénateur Ronald “Bato” Dela Rosa a trouvé refuge dans les bureaux du Sénat à Manille, lundi 11 mai. Il compte sur la protection de la chambre haute des Philippines pour éviter d’être envoyé vers La Haye aux Pays-Bas, siège de la Cour. Ancien chef de la police des Philippines, Ronald “Bato” Dela Rosa est poursuivi pour son implication dans la guerre contre la drogue menée notamment sous la présidence de Rodrigo Duterte (2016-2022). Âgé de 81 ans, ce dernier a été arrêté en mars 2025 et est en attente d’un procès pour crimes contre l’humanité devant la CPI. Cette dernière considère Ronald Dela Rosa comme ‘coauteur’ des crimes commis dans le cadre de ce qu’elle définit comme “un plan pour ‘neutraliser’”, en allant parfois jusqu’au “meurtre”, des supposés criminels associés à l’usage, la vente ou la production de drogue. À lire aussi : Asie. L’ex-président philippin Rodrigo Duterte comparaît devant la justice internationale Selon un décompte officiel des autorités philippines, plus de 6 200 personnes auraient ainsi été tuées, un bilan que les organisations de protection des droits humains contestent. Selon leurs enquêtes, jusqu’à 30 000 personnes auraient été victimes de cette politique brutale. Course-poursuite virale “Dela Rosa est considéré comme l’architecte de la guerre contre la drogue qui a démarré quand Rodrigo Duterte était maire de la ville de Davao dans le sud du pays et s’est poursuivie après son élection à la tête du pays en 2016”, rappelle Nikkei Asia. Après son départ de la police, Dela Rosa a été élu sénateur. Depuis novembre dernier, date à laquelle des rumeurs de l’existence d’un mandat d’arrêt de la CPI avaient circulé, il n’était pas réapparu au Sénat. Mais, le 11 mai, c’est quelques heures avant que la Cour ne confirme publiquement l’existence du mandat d’arrêt qu’il est arrivé dans les bureaux de la Chambre haute. Voir aussi : Vidéo. Philippines : pourquoi l’ex-président Rodrigo Duterte fait-il face à la justice internationale ? Son retour au Sénat relève d’une stratégie, car, comme raconte Rappler, “il est venu pour soutenir l’élection de son allié, le sénateur Alan Peter Cayetano à la présidence de la Chambre haute”. Un atout pour Dela Rosa, Cayetano ayant immédiatement indiqué que le sénateur était sous la protection du Sénat et qu’il n’autorisait pas son arrestation à l’intérieur de l’institution. The Diplomat le cite notamment : “Nous autoriserons une arrestation à condition que l’ordre émane d’une juridiction philippine.” D’ailleurs, le sénateur a échappé aux forces de police venues l’arrêter au Sénat au terme d’une course-poursuite diffusée sur la vidéo du circuit intérieur de surveillance et largement diffusée par les médias philippins, notamment par le Philippine Daily Inquirer. L’intérêt de Sara Duterte The Guardian évoque un “chaos, point d’orgue d’une journée dramatique” dans la vie politique philippine. En effet, quelques heures avant cette course-poursuite, la Chambre basse avait voté en faveur de la destitution de la vice-présidente, Sara Duterte, fille de l’ancien président. Signe d’un nouveau chapitre dans le combat qui oppose Sara Duterte au président, Ferdinand Marcos Jr. Autrefois alliés, ils avaient mené une campagne commune lors des élections présidentielles de 2022. Leurs relations se sont toutefois rapidement détériorées. À lire aussi : Idées. Le droit international est-il mort ? La nomination de Cayetano à la présidence du Sénat est donc non seulement un moyen de protéger Dela Rosa d’une arrestation, mais est également utile pour Sara Duterte. C’est en effet au Sénat que le sort de la vice-présidente sera décidé. Si elle est destituée, elle ne pourra pas se présenter à l’élection présidentielle de 2028. Au cœur de ce brouhaha et de ces manœuvres politiques, les proches des victimes de la guerre contre la drogue tentent de faire entendre leurs voix. À l’instar de Llore Pasco, qui a perdu ses deux fils durant la guerre contre la drogue, citée dans le Philippines Daily Inquirer : “Tout comme Duterte, Bato mérite d’être emprisonné et de rendre des comptes. Il a joué un rôle majeur dans la mise en œuvre de la guerre sanglante contre la drogue menée par Duterte.” L’association Rise up, rassemblant les familles et les défenseurs des droits de l’homme militant pour la justice à l’égard des victimes de la guerre contre la drogue, appelle le Sénat à “respecter les obligations des Philippines conformément à leurs engagements internationaux et autoriser la remise de Bato Dela Rosa à la CPI”. À lire aussi : Philippines. Duterte et la CPI : “La route vers la justice est encore longue” La police philippine annonce être prête à mettre en œuvre le mandat d’arrêt contre Ronald Dela Rosa, soit sous la forme d’une extradition ordonnée par une cour philippine, soit dans le cadre d’une coopération avec Interpol à la demande de la CPI. Ronald Dela Rosa a plaidé sa cause auprès du président philippin et a déclaré, lors d’un échange avec les journalistes venus le rencontrer au Sénat, rapporté par Phil Star : “J’espère qu’il [le président] ne m’enverra pas à La Haye. N’importe quelle cour ici me conviendrait.” Courrier international Rodrigo Duterte Société Consommation de drogue Cour pénale internationale Asie Sur le même sujet Politique. Marcos vs Duterte : le combat des chefs occulte les préoccupations des Philippins Philippines. Rodrigo Duterte est de retour dans son fief, et il n’a pas changé Une du jour. Aux Philippines, le combat des chefs vire aux menaces de mort CPI. À La Haye, l’étonnant ballet des portraits grandeur nature de l’ex-président philippin Duterte Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? 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