● Journal du Net
📅 12/05/2026 à 14:53
Pourquoi les licornes françaises déménagent-elles aux Etats-Unis ?
Cybersécurité
👤 Raphael Hazan
24% des licornes françaises ont déménagé leur siège social outre-Atlantique. Innovation, IA, taille du marché, IPO, réglementation… Les raisons qui expliquent ce choix sont multiples. L’Amérique, l’Amérique, elles veulent l’avoir… et elles y posent leurs valises. Selon une étude publiée en mars 2026 par la société d’investissement Mighty Nine, neuf licornes de la French tech ont transféré leur siège social aux Etats-Unis. Cela représente 24% des start-up françaises valorisées au moins un milliard de dollars, soit le pourcentage le plus élevé en Europe. Voici la liste des neuf entreprises en question : Jellysmack, 360Learning, Front, Loft Orbital, Algolia, Poolside AI, Dataiku, Hugging Face et Aircall. Interrogée sur les motivations qui l'ont amenée à s'installer aux Etats-Unis, cette dernière refuse la qualification d'entreprise américaine :"Notre siège social est à New York mais on reste une entreprise française qui a décidé de s'attaquer au marché américain. Il ne faut pas se focaliser que sur notre siège social. La moitié de notre chiffre d'affaires est réalisée en Europe. Nous sommes plutôt une entreprise franco-américaine", indique Fred Viet, chief revenue officer d'Aircall. "C’est le plus grand marché du monde. Pour devenir un acteur global du SaaS, les Etats-Unis sont incontournables. Les entreprises américaines innovent très rapidement. On observe comment les early adopters innovent, et on cherche à importer ces innovations en Europe avant les autres", poursuit le dirigeant. "Le marché américain est légèrement moins contraint sur le plan réglementaire et l’accès aux talents y est plus simple", ajoute-t-il. Vague de l'IA et tremplin pour l'IPO Ce serait donc pour être au cœur de l’action et vivre pleinement le rêve américain que des licornes comme Aircall changent de nationalité, du moins sur le papier. "Ce sont tout simplement des entrepreneurs qui se posent une question simple : où est mon marché et où sont mes clients ? C’est du pragmatisme business", analyse de son côté Olivier Martret, partner chez Serena. Par ailleurs, la vague de l’intelligence artificielle a également renforcé l'attractivité des Etats-Unis : "Si tu construis une entreprise autour de solutions d’IA, il est préférable d’évoluer dans un écosystème qui te nourrit au quotidien et de se retrouver au cœur de la dynamique". C’était déjà le cas auparavant, mais avec l’IA, les Etats-Unis s’imposent plus que jamais comme "the place to be". Taille du marché, innovation, IA… Ce sont certes de bonnes raisons mais pourquoi choisir de changer son siège social plutôt que de se contenter d'une "simple" internationalisation en implantant une petite équipe sur place ? Deux arguments semblent se détacher. "Le premier sales de la boîte, son premier représentant, c'est son CEO. C'est pour cela que le siège de la structure peut déménager aux Etats-Unis avec son CEO mais qu'une bonne partie des équipes reste en France. Certaines licornes font le choix de cette formule hybride pour avoir le meilleur des deux mondes", explique Olivier Martret. Déménager pour mieux incarner, mais aussi pour préparer une éventuelle introduction en bourse. Car selon nos interlocuteurs, il semble plus facile d'envisager une IPO aux Etats-Unis si on est déjà considéré comme une entreprise américaine :"En prenant en compte ce paramètre, il semble difficilement imaginable qu'on rapatrie notre siège social en France", confie Fred Viet. Quid de la souveraineté ? Et la souveraineté dans tout ça ? Terme devenu central dans le discours des start-up françaises ces dernières années, elle ne semble pas peser bien lourd face aux impératifs business. "Elle ne doit pas aller à l’encontre des enjeux business. En tant qu’investisseur, nous préférons que nos entreprises restent françaises ou européennes, mais nous n'irons jamais contre leurs intérêts économiques. S’il existe de bonnes raisons de s’installer aux Etats-Unis, nous les soutiendrons", indique Olivier Martret. Enfin, il convient de noter que le rôle de certains incubateurs ne devrait pas freiner cet exode dans les années à venir. "Certains, comme Y Combinator ou The Bridge, encouragent fortement une présence aux Etats-Unis. De son côté, Hexa a ouvert une maison à San Francisco pour se positionner au cœur de l’IA. Ces structures apprécient que leurs start-up soient connectées au marché américain". La ruée vers l’Ouest ne semble donc pas prête de s’arrêter.
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