● Silicon.fr Télécom 📅 12/05/2026 à 11:50

Procès OpenAI : Satya Nadella critique une gestion "d'amateurs"

Data Science 👤 Philippe Leroy
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C’est en costume marine et cravate bleue qu’un des hommes les plus puissants de la tech mondiale a pris place à la barre, lundi 11 mai, devant le tribunal fédéral d’Oakland, en Californie. Satya Nadella, le PDG de Microsoft, était attendu comme le témoin-clé du procès qui oppose Elon Musk à Sam Altman, Greg Brockman et à OpenAI, avec Microsoft en accusé d’«aide et complicité». Des heures de son témoignage, on retiendra une formule qui restera : «It was amateur city, pour ce qui me concerne.» C’est ainsi que Satya Nadella a qualifié la gestion par le conseil d’administration d’OpenAI du licenciement express de Sam Altman, en novembre 2023. Un épisode qu’il a revisité avec une franchise rare pour un chef d’entreprise en exercice sous serment. Licenciement de Sam Altman : une décision «précipitée» Tout commence donc par cette nuit de novembre 2023 où le conseil d’OpenAI, estimant que Sam Altman n’avait pas «fait preuve d’une franchise constante» dans ses échanges avec lui, l’a évincé. Avant de le réintégrer quelques jours plus tard, sous la pression conjointe des salariés et des investisseurs. Lire aussi : OpenAI crée DeployCo, une filiale de conseil en IA Satya Nadella a déclaré avoir été «très surpris» par la décision et avoir tenté d’en comprendre les raisons, en vain. Selon le Financial Times, il a affirmé : «Chaque fois que je demandais spécifiquement pourquoi Sam avait été licencié, [le conseil] ne m’a jamais donné de réponse précise.» Pour lui, derrière cette décision «précipitée», c’est plutôt la jalousie et les problèmes de communication internes qui seraient en cause. Ilya Sutskever, cofondateur d’OpenAI et membre du conseil à l’époque, est venu confirmer cette lecture dans son témoignage de l’après-midi. D’après CNBC, il a reconnu avoir lui-même relayé des griefs contre Sam Altman auprès des administrateurs avant de faire volte-face en signant la pétition de réintégration. «J’avais le sentiment que si je ne le faisais pas, la société serait détruite. C’était un » Je vous salue Marie » », a-t-il confié à la cour, selon le Wall Street Journal. 13 milliards $ : un pari, pas une charité Mais le vrai sujet du procès est ailleurs. Elon Musk accuse Microsoft d’avoir financé la trahison de la mission caritative d’OpenAI, en injectant au total 13 milliards $ dans la structure : 1 milliard en 2019, 2 milliards en 2021, et 10 milliards en 2023. En retour, Satya Nadella a été on ne peut plus direct : «C'est parce que nous étions les seuls à prendre le risque», a-t-il rétorqué à l'avocat de Musk qui lui demandait si l'investissement avait «très, très, très bien marché» pour Microsoft. Une déposition vidéo d'un cadre de Microsoft, Michael Wetter, a précisé que le groupe a à ce jour encaissé environ 9,5 milliards de dollars de revenus grâce au partenariat avec OpenAI, selon CNBC. Pour le dirigeant de Microsoft, l'investissement n'a jamais été une donation ; contrairement à ce que soutient Musk. Il l'a dit sans détour : «Assez de charité, place aux affaires», a-t-il reconnu avoir pensé dès 2018, lorsque les factures de calcul informatique d'OpenAI commençaient à s'envoler. Le syndrome IBM : une peur existentielle Si il a témoigné avec sérénité, une série d'e-mails internes a mis en lumière ses angoisses stratégiques. En 2022, il écrivait à ses dirigeants : «Je ne veux pas être IBM et qu'OpenAI devienne Microsoft.» Allusion transparente au deal des années 1980 où IBM avait confié à un jeune Microsoft la construction d'un système d'exploitation, se faisant progressivement éclipser. Quelques mois plus tard, dans un e-mail à sa directrice financière Amy Hood cité par le Financial Times, il précisait : «En ce moment, nous sommes une fine couche au-dessus de Nvidia, et toute la propriété intellectuelle est chez OpenAI. Si nous allons dépenser autant d'argent sans maîtriser notre destin, cela n'a aucun sens.» Lire aussi : OpenAI lance sa plateforme publicitaire en libre-service Microsoft détient aujourd'hui environ 27 % du capital de la filiale commerciale d'OpenAI, valorisée autour de 135 milliards $, pour une capitalisation boursière du groupe qui flirte avec les 3 000 milliards $. Elon Musk, l'absent encombrant Face à cette démonstration de force, la stratégie de l'équipe juridique de Musk consiste à peindre Microsoft comme un actionnaire de contrôle déguisé. Elle a notamment brandi des captures d'écran d'un groupe de discussion entre Satya Nadella, Sam Altman et le directeur technique de Microsoft Kevin Scott, dans lequel les trois hommes discutaient des futurs administrateurs d'OpenAI. Une liste qui incluait notamment Sue Desmond-Hellmann, ancienne PDG de la Fondation Gates, finalement nommée au conseil en mars 2024. Satya Nadella a expliqué s'être opposé à la candidate Diane Greene, ex-dirigeante de la division cloud de Google, en raison de son ancienne appartenance à l'«écosystème concurrent».
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