● BFM Tech
📅 11/05/2026 à 20:21
"C'est incroyablement démoralisant": entre surveillance numérique et licenciements massifs, la transition vers l’IA provoque un profond malaise chez les salariés de Meta
Cybersécurité
En pleine réorganisation autour de l’IA, Meta a annoncé à ses salariés américains que leur activité informatique serait désormais collectée afin d’entraîner ses modèles. Entre surveillance numérique, compétition interne et vague de licenciements, le climat se tend dans les bureaux du groupe.Le futur selon Mark Zuckerberg ressemble de plus en plus à un gigantesque laboratoire. Et, visiblement, les cobayes sont déjà là. Le mois dernier, Meta a informé ses salariés américains que leur activité informatique serait désormais enregistrée. Frappes clavier, mouvements de souris, clics,... Tout est méticuleusement consigné.L’objectif? Fournir des données à ses modèles d’intelligence artificielle afin qu’ils apprennent "comment les utilisateurs accomplissent leurs tâches quotidiennes sur ordinateur". Oui, on se croirait dans un film dystopique.Une ambiance délétèreSans surprise, l'annonce a immédiatement provoqué une vague de colère en interne. Plusieurs employés ont dénoncé une intrusion massive dans leur vie professionnelle. "Cela me met très mal à l’aise. Comment peut-on se désinscrire?", aurait ainsi demandé un responsable de l’ingénierie dans un forum interne. Réponse sèche d’Andrew Bosworth, directeur technique de l’entreprise: "Il n’est pas possible de désactiver cette option sur votre ordinateur portable professionnel." Les émojis de colère, de choc ou de tristesse ont rapidement envahi les fils de conversation."Votre indifférence face aux préoccupations de vos propres employés est inquiétante", a fustigé un utilisateur dans un message interne. Ambiance...La scène résume à elle seule le moment que traverse actuellement Meta. Depuis l’irruption d'OpenAI et de ChatGPT fin 2022, Mark Zuckerberg a engagé son groupe dans une transformation radicale. Le patron de Facebook et Instagram investit des centaines de milliards de dollars dans les centres de données, les modèles de langage et une mystérieuse "superintelligence", censée devenir l’assistant personnel ultime.Mais alors que Mark Zuckerberg tente de remanier son empire des réseaux sociaux en organisation spécialisée en IA, l'adoption de cette technologie s'est avérée maladroite... voire parfois franchement désastreuse. Et ce sont les salariés qui en payent le prix.Aucune réaction de la directionEn effet, les 78.000 employés sont désormais encourager à utiliser massivement les outils d’IA maison... au point d’intégrer leur utilisation dans les évaluations de performance.Au printemps, l’entreprise a organisé des "semaines de transformation IA", selon cinq anciens ou actuels collaborateurs. Le PDG souhaitait alors apprendre à ses salariés comment utiliser des agents conversationnels et des assistants automatisés capables d’effectuer certaines tâches de manière autonome. Les designers ont été invités à apprendre la programmation assistée par IA tandis que les développeurs ont été encouragés à produire davantage de code grâce à ces outils.Selon plusieurs employés, Meta a même mis en place des tableaux de bord internes permettant de mesurer la consommation de "jetons" d’IA par les employés, une unité correspondant approximativement à 4 caractères de texte générés. Une manière, selon certains salariés, d’instaurer une forme de compétition permanente entre collègues. Résultat: des employés auraient créé tellement d’agents IA que d’autres salariés ont dû développer… des agents chargés de retrouver les premiers. Le tout, sans que la direction ne réagisse, évidemment.Big beautiful layoffEn parallèle, l’entreprise multiplie les suppressions de postes afin de financer cette transition technologique. Le groupe prévoit ainsi de réduire ses effectifs de 10%, selon Bloomberg.Le groupe a annoncé en avril le licenciement d'environ 8.000 personnes. Ces suppressions de postes permettront à l'entreprise de "compenser les autres investissements que nous réalisons", a déclaré Janelle Gale, directrice des ressources humaines de Meta, dans un message interne. "Je sais que cela plonge tout le monde dans l'incertitude pendant près d'un mois, ce qui est extrêmement perturbant", a-t-elle ajouté. Et une nouvelle vague de licenciements est prévue pour le 20 mai, selon 11 employés actuels et anciens de Meta.Dans les bureaux de la Silicon Valley, l’ambiance se dégrade rapidement. Certains salariés expliquent ne plus voir d’avenir dans l’entreprise. D’autres chercheraient activement à être licenciés afin de bénéficier des indemnités de départ. "C’est incroyablement démoralisant", écrit un employé chargé des études utilisateurs dans un message interne consulté par le New York Times.L’ironie de la situation n’échappe à personne chez Meta. Les employés doivent désormais entraîner des outils susceptibles, demain, d’automatiser une partie de leur travail.Dans ce climat anxiogène, les mèmes nihilistes circulent désormais en interne. Certains employés partagent des guides de licenciement. D’autres ont lancé des comptes à rebours avant les licenciements du 20 mai. L’un d’eux affiche même le slogan "Big Beautiful Layoff", clin d’œil grinçant à une formule popularisée par Donald Trump avec la "Big Beautiful Bill", une loi budgétaire adoptée en 2025.D'autant que Meta a laissé entendre que d'autres changements pourraient avoir lieu. "Nous ne savons pas vraiment quelle sera la taille optimale de l'entreprise à l'avenir", a déclaré Susan Li, la directrice financière, lors d'une conférence téléphonique avec les investisseurs. "Je pense que la situation évolue rapidement, notamment en raison des progrès fulgurants des capacités de l'IA." De quoi redonner espoir aux employés... ou pas.Crise dans la techPour Leo Boussioux, spécialiste des systèmes d’information à l’Université de Washington, cette crise illustre un bouleversement plus large du secteur technologique. "L'IA peut potentiellement faire de chacun un meilleur programmeur et lui permettre d’accomplir bien plus de choses avec moins de ressources, mais elle intensifie aussi le quotidien des travailleurs", explique-t-il. "Il n’existe pas encore de modèle préétabli pour l’intégration de l’IA au travail."Chez Microsoft, Block ou Coinbase, les restructurations liées à l’IA se multiplient également. Mais peu d’entreprises semblent aller aussi loin que Meta dans la collecte de données internes pour entraîner leurs modèles.Face aux critiques, Meta assure que les données récoltées sont "strictement contrôlées" et qu’elles ne servent ni à surveiller les performances individuelles ni à évaluer les employés. Lors d’une réunion interne à laquelle a eu accès le New York Times, Mark Zuckerberg a affirmé que son entreprise ne collectait aucune donnée sur les employés à des fins de "surveillance, de suivi des performances ou quoi que ce soit de ce genre". Ces données serviraient plutôt à entraîner l'IA sur la manière dont les personnes compétentes utilisent les ordinateurs pour accomplir des tâches, a-t-il précisé. Tout va bien alors...Reste qu’au sein du groupe, beaucoup ont le sentiment de participer malgré eux à une expérience grandeur nature. Une expérience où l’intelligence artificielle observe désormais chaque clic, chaque hésitation et chaque mouvement de souris.Les plus lusUne Française rapatriée du MV Hondius testée positive à l'hantavirus"Un légitime questionnement": le procureur de Caen explique pourquoi un violeur, remis en liberté, va vivre près de chez sa victime"Je vois mon gamin mourir": le témoignage poignant du père de Matthéo, 9 ans, roué de coups lors d'un tournoi de footRunning: Macron et Kipchoge partagent un footing improbable au KenyaIl s'appelle Mr Turbino, il est sans moteur et ne perturbe pas la vie marine: le concours Lépine récompense un aspirateur sous-marin de déchets et de microplastiques
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