● Courrier International
📅 11/05/2026 à 12:33
Comment le “Gen Z pout” a remplacé le duckface
Lèvres en avant et joues aspirées : le duckface qui pullulait sur les réseaux dans les années 2000 a fait son temps. Aujourd’hui, on préfère poser le regard vite et la lèvre gonflée, constate la presse étrangère. C’est le cas par exemple de l’actrice Lily-Rose Depp, ici photographiée à Los Angeles, le 2 mars 2025. Photo Jutharat Pinyodoonyachet/The New York Times Tendance. Comment le “Gen Z pout” a remplacé le duckface 11 mai 2026 “Imaginez un visage au regard vide et à la lèvre gonflée, telle une carpe sous anxiolytiques”, s’amuse The New York Times. Voilà comment on pourrait décrire le “Gen Z pout” (“moue de la génération Z”). Cette expression, qui fleurit sur les réseaux sociaux, désigne l’expression de désintérêt, voire d’ennui, qu’arborent des célébrités telles que Lily-Rose Depp, Rachel Sennott et Ariana Greenblatt. Lesquelles, “lorsqu’elles posent pour une photo, semblent tendre leurs lèvres vers l’avant avec une précision chirurgicale”, relève le journal américain. Les jumelles Ashley et Mary-Kate Olsen, vedettes des années 1990-2000, photographiées le 5 juin 2017, à New York. PHOTO NINA WESTERVELT/THE NEW YORK TIMES Où est passé le “duckface” ? s’interroge le journal néerlandais NRC. “Lèvres en avant, joues aspirées : pendant des années, cette expression a régné en maître sur Internet, surtout parmi les filles et les femmes. Idéalement, on prenait la photo d’en haut, on plaçait sa main sur sa hanche, on plissait légèrement les yeux et on avançait les lèvres en imitant un baiser exagéré.” Désormais, “il passe pour une expression forcée” et, pire, pour un truc de milléniaux – la génération née dans les vingt dernières années du siècle passé. OK, “le duckface est cringe”. Mais pourquoi adopter à la place cette expression de merlan frit ? Prendre la pose quand on nous tire le portrait est aussi vieux que le portrait lui-même, rappelle NRC. La star hollywoodienne Jayne Mansfield et son mari, Mickey Hargitay, lors de la cérémonie d’ouverture du festival international de cinéma de Berlin, en juin 1955. PHOTO DPA/AFP Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, “les visages arboraient un regard digne, sérieux. Comme s’ils posaient davantage pour eux-mêmes que pour plaire au spectateur. À l’époque dorée de Hollywood, le large sourire était la norme.” “La pose idéale varieselon les époques,mais toutes ontceci en commun :elles montrentde quelle façonnous souhaitonsêtre perçus.” Le quotidien néerlandais NRC Le duckface est emblématique du début des années 2000, “quand tout tournait autour de l’objectif d’être vu”, poursuit le journal. C’est l’époque de l’avènement des réseaux sociaux : on s’est mis à se montrer au monde entier. Les téléphones, qui étaient désormais dotés de caméras, ont permis de prendre des selfies. Résultat : pour la première fois, “on pouvait se voir soi-même avant de montrer la photo aux autres. Jamais on n’avait eu autant de contrôle sur les expressions de son propre visage.” Selfies, filtres Instagram, poses étudiées : on s’est montrés à l’envi et sous le plus beau jour possible. “Mais, paradoxalement, le jugement n’a pas été tendre, note l’article. Les femmes qui arboraient un duckface en ont pris plein la figure. On les a accusées d’être superficielles, désespérées et de chercher l’attention à tout prix.” Pour le journal néerlandais, le Gen Z pout est une réaction à ce retour de bâton. L’actrice américaine Ariana Greenblatt, à Hollywood, le 15 mars 2026. PHOTO FREDERIC J. BROWN/AFP Le signe que la nouvelle génération refuse de “subir le même sort”. “Au lieu de dire ‘Regardez-moi’, elle montre, avec sa moue, qu’elle n’en a rien à faire d’être regardée” et de plaire. Pour The Washington Post, avec le pout, on cesse de “donner aux gens ce qu’ils veulent” pour leur opposer un insolent “OK, vas-y, prends-la ta photo”. Attention, pourtant : si l’expression a l’air nonchalante, elle n’en est pas moins étudiée, ajoute NRC, constatant que, sur les réseaux, des tutoriels expliquent en détail comment l’adopter. “Là où le duckfacecherchait l’attention,le Gen Z poutfeint la lassitudepour, au fond,obtenir cette mêmeattention.” Le quotidien néerlandais NRC L’actrice et humoriste américaine Rachel Sennott au Met Gala, à New York, le 4 mai 2026. PHOTO NINA WESTERVELT/THE NEW YORK TIMES Le Washington Post avance une autre piste : le Gen Z pout est aussi symptomatique d’une époque compliquée où on est tous las, découragés et insatisfaits. A-t-on vraiment le cœur à sourire ? Pour Kelsey Weekman, autrice d’une newsletter sur la culture de la génération Z, tout cela est surtout la conséquence du temps infini qu’on passe désormais à observer son propre visage sur des écrans. “C’est ce qui nous conduit à suranalyser chaque petit détail pour en tirer une comparaison entre générations”, explique-t-elle au New York Times. Et à en faire “une microtendance générationnelle”, complète le journal américain.— Carole Lyon À lire aussi : Love, etc. La “cringe culture”, nouveau poison des rencontres À lire aussi : Vu d’Espagne. Les morts par selfie, un problème de santé publique ? À lire aussi : La question. Pourquoi envoie-t-on autant de messages vocaux ?
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