● BFM Tech 📅 10/05/2026 à 10:01

A la recherche de "nouvelles routes" pour les données: comment les géants américains et les pays du Golfe doivent réinventer une infrastructure fragilisée par la guerre au Moyen-Orient

Géopolitique
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Les géants technologiques américains et les pays du Golfe cherchent désespérément de "nouvelles routes" pour les données (illustration) - BFM TechAprès les frappes iraniennes sur des data centers dans le Golfe et les menaces de coupure des câbles sous-marins, les géants de la tech et les États de la région accusent le coup et cherchent de nouvelles routes pour connecter la région et faire circuler les données.Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, marqué par des frappes israélo-américaines et la mort de l’ayatollah Khamenei, l’Iran aurait engagé une stratégie visant les acteurs technologiques dans l’ensemble du Golfe. Cette approche ciblerait à la fois les installations des géants américains de la tech, mais aussi, par effet domino, les accords et investissements des pays de la région.Dans ce contexte, des data centers d’Amazon ont subi des dégâts importants après des frappes de drones Shahed. Ces attaques ont contraint l’entreprise à revoir sa stratégie régionale, avec plusieurs dizaines de millions de dollars de réparations et des semaines de perturbations, notamment des interruptions de service aux Émirats arabes unis.Amazon n’est toutefois pas la seule entreprise visée. Les Gardiens de la révolution ont également menacé Apple, Google, Meta et Microsoft, accusés de soutenir des "opérations terroristes américano-israéliennes" depuis le début du conflit, ainsi que plusieurs fournisseurs d’équipements comme HP, Intel, IBM et Cisco.Certaines entreprises, comme Careem, une super-application basée à Dubaï, ont ainsi pu rétablir rapidement leurs services après une migration vers d’autres centres de données. "Personne ne va se précipiter dans un bâtiment en flammes", a résumé Gary Wojtaszek, PDG de Pure Data Centre Group , à la chaîne américaine CNBC. "Et personne n’investira de nouveaux capitaux importants tant que la situation ne sera pas stabilisée."Une "nouvelle route" des données?Mais au-delà des frappes, c’est l’ensemble des infrastructures de transport des données qui se retrouve fragilisé. Les flux des plateformes bancaires, de paiement et des grandes entreprises transitent en grande partie par des câbles sous-marins passant par la mer Rouge et le détroit d’Ormuz avant de rejoindre l’Europe. Or, le conflit fait peser une menace directe sur ces routes essentielles au fonctionnement du numérique mondial.Ces câbles, désormais exposés à un risque de coupure, notamment évoqué du côté iranien, sont pourtant vitaux. Même si les capacités réelles de Téhéran à les endommager restent incertaines, une interruption dans le Golfe persique ou l’Océan Indien entraînerait des perturbations majeures pour l’écosystème numérique mondial. Le danger, qu’il soit stratégique ou simplement préventif, pousse déjà les acteurs régionaux à anticiper des alternatives.Une photographie prise depuis la ville d'Al Jeer, dans l'émirat de Ras Al Khaimah (nord), montre un pétrolier traversant les eaux du détroit d'Ormuz le 25 février 2026. © Photo par FADEL SENNA / AFPFace à ces risques, les pays du Golfe se tournent vers de nouvelles routes, notamment via l’Irak, perçu comme une alternative terrestre crédible. Un consortium irako-émirati a ainsi lancé le projet WorldLink, un câble "hybride sous-marin et terrestre" de 700 millions de dollars reliant les Émirats arabes unis à la Turquie via l’Irak.Dans le même temps, l’Arabie saoudite et la Syrie ont annoncé le développement d’un réseau de fibre optique, signe d’une recomposition accélérée des routes mondiales de la donnée. "La plupart, sinon la totalité, des hyperscalers ont acheté de la capacité sur la route irakienne", a déclaré Martin Frank, conseiller stratégique chez IQ Networks, la société qui a construit le réseau, à Rest of World.IQ Networks développe, depuis 2010, une liaison terrestre reliant le sud de l’Irak à la Turquie puis à l’Europe, offrant ainsi une alternative aux câbles sous-marins traditionnellement utilisés. Cette route permettra, pour la première fois, une connexion terrestre continue entre le Golfe et les grands hubs européens (Francfort, Amsterdam, Londres, Marseille).Dans le sillage des pipelinesL’un des principaux atouts de cet itinéraire alternatif réside dans l’utilisation des corridors d’oléoducs et de gazoducs déjà existants. Ces infrastructures disposent de périmètres de sécurité, de routes d’accès et de dispositifs de maintenance, ce qui facilite considérablement le déploiement de la fibre optique sans avoir à creuser de nouvelles tranchées sur des terrains complexes.Par ailleurs, l’Irak a su éviter l’effondrement des anciennes routes terrestres grâce à une relative stabilité ces dernières années, offrant ainsi un environnement plus propice au développement de nouvelles infrastructures numériques.Autre avantage majeur: la rapidité. Le transit des données entre le Golfe et l’Europe via des câbles sous-marins prend en moyenne 150 millisecondes, contre environ 70 millisecondes par la voie terrestre irakienne. Un gain de latence significatif, particulièrement crucial pour des usages sensibles comme les gros ensembles de données, les transactions financières... ou encore les applications d’intelligence artificielle.Dossier : Guerre en Iran et au Moyen-OrientDIRECT. 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